Favoriser l'entrepreneuriat par l’éducation : une priorité internationale

L'éducation peut-elle favoriser l'esprit d’entreprise? Selon le CEDEFOP, les étudiants qui bénéficient, durant leur scolarité, d’une action de sensibilisation à l’entrepreneuriat ont plus de probabilité de créer, plus tard, leur société : quatre à cinq fois plus que le reste de la population.

En 2013 le plan Entrepreneuriat 2020 « Raviver l’esprit d’entreprise en Europe » présentait l'éducation à l’entrepreneuriat comme « l’un des investissements les plus rentables » face à un contexte de crise économique et un taux élevé de chômage parmi les jeunes. En France les actions en faveur de l’entrepreneuriat se succèdent depuis quelques années : les « pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat » (PEPITE) et les 12 mesures « école-entreprises » annoncées en décembre 2015, comme la création d’un MOOC pour améliorer l’accueil des élèves de troisième en stage ou l’introduction d’un temps obligatoire en entreprise dans la formation initiale des chefs d’établissement.

L'éducation à l'entrepreneuriat vise à promouvoir deux savoirs complémentaires : l’esprit d’initiative (ou d’entreprendre) potentiellement dissocié d'une intention entrepreneuriale et l’esprit d’entreprise, davantage lié à un projet d’entrepreneuriat.
Dans cet article nous portons un regard sur l'état de cet enseignement dans les niveaux primaire et secondaire. Après quelques ressources délimitant le périmètre de l'éducation à l'entrepreneuriat, nous présentons une sélection de rapports et d'initiatives dans le domaine.

Sitographie arrêtée le 15 juillet 2016.

Le périmètre

Entrepreneurship 360
Cette initiative conjointe de l'OCDE et de la Commission européenne propose aux enseignants désireux de promouvoir l'entrepreneuriat dans leur établissement des outils d'autoévaluation et une plateforme d'échange entre pairs. La publication “Entrepreneurship in education. What, Why, When and How" (2015) réaffirme l’importance de cultiver l’esprit d’entreprendre à tous âges et présente un ensemble de méthodes pédagogiques comme la théorie de l’effectuation (le principe « qu’un projet démarre avec l’entrepreneur et non avec l’idée »[1]) ou le développement d’un plan d’affaires. Le rapport propose également une intéressante mise en perspective de l'éducation à l'entrepreneuriat avec d'autres pédagogies (résolution des problèmes, pédagogie de projet etc.) : l'accent est davantage mis sur la saisie des opportunités, l'expérimentation et l’interaction avec le monde réel, ainsi que la confrontation au risque.

The Model of Entrepreneurship education
En Estonie, pays particulièrement dynamique en termes d’éducation à l’entrepreneuriat, la chambre de commerce a travaillé sur un portrait de «l’entrepreneur » à travers les âges. L'esprit d'entreprendre passerait par une première phase de prise de conscience : un enfant qui « ose rêver et partager ses rêves », sait initier des jeux ou se concentrer pendant une demi-heure. L’entrepreneur en herbe rentrerait ensuite dans une phase d’intérêt, en développant des habilités en termes de gestion du temps, de l'argent mais également de l'information, pour découvrir et appliquer progressivement des compétences proprement entrepreneuriales (la pensée créative, la prise d’initiative etc.).

 

Sélection d'études

Global Entrepreneurship Monitor Study
Le Global Entrepreneurship Monitor Study est une évaluation annuelle de l’activité et des attitudes entrepreneuriales, ainsi que des facteurs favorisant un écosystème d'entreprise. Issue d’un partenariat, en 1999, entre la London School of Economics et le Babson College aux États-Unis, l'étude offre un regard sur plus de cent pays. Le dernier rapport (2015/2016) propose un classement en termes de pratiques d'éducation à l'entrepreneuriat au sein de l'école : Portugal, Philippines, Pays-Bas et Estonie figurent parmi les pays les plus dynamiques.

L'éducation à l'entrepreneuriat à l'école en Europe
Cette nouvelle édition du rapport Eurydice, publiée en 2016, fait état de l'éducation à l'entrepreneuriat en Europe; de nouveaux thèmes ont été ajoutés à l'édition précédente (2012), notamment les modalités de financement – avec le constat d'un manque généralisé de moyens alloués à cet enseignement - et les pratiques en termes de formation des enseignants. Parmi les 33 systèmes éducatifs étudiés, les onze pays qui ont élaboré une stratégie spécifique pour l'éducation à l'entrepreneuriat se concentrent en Europe du Nord et dans les Balkans.
Si l'intégration dans le curricula reste inégale, le principal obstacle serait une faible définition et évaluation des résultats d'apprentissage. En termes de formation initiale et continue des enseignants seulement un pays (l'Estonie) forme tous les futurs enseignants à l'entrepreneuriat ; la Lettonie et le Danemark forment la majorité des enseignants dans l’éducation de base.

Entrepreneurship education and training programs around the world: dimensions for success
Ce rapport de la Banque mondiale (2014) présente différentes pratiques dans l’éducation et la formation à l’entrepreneuriat et illustre neuf cas d’étude dans l’enseignement secondaire, comme le kit pédagogique « Know your Business » déployé en Syrie sur un financement de l’Organisation internationale du travail. Les auteurs proposent également un panorama de la littérature en termes d'évaluation des programmes d'entrepreneuriat : la recherche semble suggérer que l’intégration de la créativité et des compétences entrepreneuriales dans les méthodes d’enseignement permet d’obtenir des résultats d’apprentissage en termes d’esprit d’entreprise.

Danish Foundation for Entrepreneurship
La Danish Foundation for Enrepreneurship mène un travail important de recherche dans l’éducation à l’entrepreneuriat, dans un pays où 15% des élèves et des jeunes participent à un programme de ce type et les enseignants disposent d'un réseau professionnel dédié. Les évaluations d'impact de la fondation semblent démontrer que l’utilisation de l’entrepreneuriat comme méthode pédagogique aurait des effets positifs sur la relation des élèves avec l'école, les enseignants et leurs camarades.

 

Sélection d'initiatives

Junior Achievement
Ce mouvement né en 1919 aux Etats-Unis, afin de promouvoir l’attitude entrepreneuriale des jeunes, se déploie aujourd’hui à échelle mondiale (dans 120 pays). Il prône une familiarisation dès le plus jeune âge avec le monde de l'entreprise, l'apprentissage par le jeu et la mise en situation, comme le célèbre programme des « mini-entreprises[2] » – une initiative qui, seulement au Royaume-Uni, a touché 3,8 millions de personnes âgés de 4 à 25 ans depuis sa création.
Parmi l'actualité plus récente on peut évoquer la coordination d’European Entrepreneurship Education NETwork, un projet de recensement de bonnes pratiques en faveur de l'entrepreneuriat  comme la création, en Norvège, d'un cadre légal pour les mini-entreprises et la formation de 70 agents des autorités fiscales pour accompagner les écoles. On peut également citer le concours européen Company of the Year : la jeune entreprise qui représente la France cette année est une activité de conception et de vente d'outils pédagogiques basés sur l'éducation sensorielle et kinesthésique de l'enfant (http://gene-z.fr)

Me & MyCity
Créé en 2009, ce projet finlandais d'enseignement de l'esprit d'entreprise a été l’un des six projets lauréats du Sommet mondial de l'innovation pour l'éducation  2014 (WISE). Cet environnement d’apprentissage propose une ville miniature, avec des entreprises, un système bancaire,  dans lequel des élèves de primaire apprennent à interagir en tant que salariés, citoyens et consommateurs.  Le projet touche à ce jour environ 70% des élèves de sixième en Finlande et devrait bientôt être déployé en Suède.  Une étude de l'université de Vaasa sur l’utilisation de « Me & MyCity », dans 46 écoles d'Helsinki, met en évidence des progrès importants dans l’acquisition de connaissances financières (+17%).

Youth Start Project
Le projet Youth Start est un projet d'expérimentation de politiques publiques en termes d'éducation à l'entrepreneuriat, subventionné à hauteur de 2 millions d'euros dans le cadre du programme Erasmus+. Coordonné par la plateforme portugaise d'éducation à l'entrepreneuriat (www.peep.pt) le projet réunit des partenaires et ministères de quatre pays (Danemark, Autriche, Portugal et Slovénie) et cible 4000 élèves du primaire (8-11 ans) et 14000 du secondaire (13-17 ans).
Une  évaluation simultanée des compétences entrepreneuriales est prévue dans les quatre pays, afin d’établir des recommandations destinées aux décideurs éducatifs.

 

Federica Minichiello
Centre de ressources et d'ingénierie documentaires du CIEP

 


[1] Voir les travaux de la chercheuse Saras Sarasvathy: www.effectuation.org

[2]  Programme de création d’entreprise par les élèves, sur une année ou un semestre (source : Entreprendre pour apprendre)