L’accès ouvert en sciences humaines et sociales : évolutions récentes

Le point de départ de notre article est un précédent article publié par la Revue internationale d'éducation de Sèvres, « L’accès libre et gratuit à l’information scientifique », en septembre 2009 [1]. Si la majorité des ressources signalées en 2009 restent d’actualité, il nous semble pertinent, en 2015, de proposer un tour d’horizon actualisé sur les initiatives en cours.
Le premier constat est une évolution de la terminologie : préférer le terme « ouvert » à « libre » permet d’inscrire l’accès à l’information dans le périmètre plus large de l’éducation ouverte (open education) : l’accès aux publications, les données ouvertes, les ressources éducatives libres.

L’accès ouvert, notamment en sciences humaines et sociales, suscite encore un débat d’envergure : en juillet 2012, la Commission européenne publiait une recommandation [2] en faveur « d’un accès à la recherche financée sur fonds publics ouvert, gratuit et immédiat ». L’ouverture, la gratuité et un embargo réduit pour la publication en texte intégral (6 à 12 mois) sont des points très controversés qui touchent à des enjeux forts : le modèle économique des revues (et leur existence), la validation par les pairs, la visibilité des auteurs et de leurs institutions, l’accessibilité de la recherche publique. S’il n’était pas possible, dans cet article, de rendre compte de toute la complexité de ces questions, nous renvoyons vers deux articles récents publiés sur l’Observatoire des médias : « Les revues de sciences humaines et sociales : une économie fragile » qui traitent en détail les différentes positions sur le sujet [3].

Le présent article aborde l’open access sous l’angle plus pratique de la recherche de ressources libres : nous proposons quelques sites d’information, suivis par une sélection non exhaustive d’archives ouvertes et de portails de revues. Nous terminons par quelques initiatives qui illustrent le dynamisme du secteur.

Sitographie arrêtée au 10 février 2015

S’informer sur l’accès ouvert

SPARC : Scholarly Publishing and Academic Resources Coalition
SPARC est un réseau international d’environ 800 acteurs d’Amérique du Nord, d'Europe, du Japon, de Chine et d'Australie, qui souhaite promouvoir une communication scientifique plus accessible. Afin de mieux refléter la diversité de nuances dans l’ouverture de l’information, la structure prône le dépassement de la logique « accès ouvert ou restreint » en faveur du questionnement sur le « degré d’ouverture ». Pour ce faire, elle a élaboré une grille méthodologique d’accompagnement de politiques éditoriales, sur la base des critères suivants : droits de lecture, droits de réutilisation, droits de propriété, droits de re-publication sur d’autres supports (par l’auteur ou l’éditeur), degré de réutilisation « par la machine » (machine readibility), c'est-à-dire des articles en texte intégral, accompagnés de métadonnées, citations et données issues de la recherche, dans des formats réutilisables par API [4] ou d’autres protocoles.

INIST (Institut de l’information scientifique et technique)
L’INIST enrichit depuis plusieurs années un site consacré à la problématique du libre accès. La rubrique d’actualités permet de suivre les évolutions dans le domaine : les derniers articles, par exemple, évoquent la naissance des premières « méga-revues » en sciences humaines et sociales. Cette nouveauté du monde éditorial est caractérisée par une diffusion exclusivement en ligne, avec un périmètre multidisciplinaire, des contenus enrichis (séquences multimédia, jeux de données) dont l’évaluation par les pairs est « allégée » ou intervient après publication.

Commission européenne : une évaluation de l’open access
La publication “Proportion of Open Access Papers Published in Peer-Reviewed Journals at the European and World Levels”, financée par la Commission européenne, se présente comme « l’évaluation à plus grande échelle, à ce jour, de l’accès ouvert [5] ». Sur la période 1996-2013, plus de la moitié des articles de recherche serait aujourd’hui disponible pour un téléchargement en ligne, mais l’accès aux documents plus récents (1-2 ans) est moins aisé. Sur les années récentes (2008-2013), le taux moyen d’ouverture des publications serait de 54 %, le Brésil et les Pays-Bas étant en tête (avec respectivement 76 et 74 %).

Trouver des ressources - Les archives ouvertes

OpenDOAR (Directory of Open Access Repositories)
OpenDOAR est un répertoire de 2 600 archives ouvertes dans le monde, soumis à des contrôles de qualité réguliers. Le site regroupe des archives de trois types : disciplinaires, centrales et institutionnelles (rattachées à un établissement). En sciences de l’éducation on trouve 167 archives, dont la majorité est en langue anglaise et espagnole (5 archives françaises [6])

HAL-SHS : Hyper articles en ligne - Sciences humaines et sociales
Initialement conçu comme l’archive institutionnelle du CNRS, HAL est devenu l’interface nationale de dépôt et de diffusion d’articles scientifiques de recherche et de thèses. HAL-SHS est sa déclinaison en sciences humaines et sociales et contient environ 20 000 documents, dont 3 500 en éducation. Les dernières nouveautés du portail sont la création de pages personnalisées pour les chercheurs, avec la possibilité d’intégrer un curriculum et l’émergence des épi-revues, définies comme une « sur-couche » des archives ouvertes. Le comité de rédaction d’une épi-revue effectue une veille ou une recherche sur ce qui est déposé dans l’archive ouverte et propose aux auteurs d’intégrer leurs articles dans l’épi-revue (voir l’expérience Episciences-Maths, portée par l’Institut Fourier).

OAIster
OAIster est une initiative de l’Université du Michigan (2002), désormais partenaire de l’Online Computer Library Center (OCLC). La collecte des informations se fait automatiquement dans toutes les archives ouvertes, par le protocole d’échange OAI-PMH. Cela représente l’une des plus grandes bases au niveau mondial : 30 millions de notices, provenant de plus de 1 500 organisations.

Trouver des ressources - Les revues

DOAJ (Directory of Open Access Journals)
Né d’une initiative de l’Université de Lund, en Suède, DOAJ est un répertoire de revues scientifiques ouvertes, qui agrège aujourd’hui plus de 10 000 périodiques, de 136 pays, dont 646 en sciences de l’éducation.

OpenEdition
Le Centre pour l’édition électronique ouverte (CLEO) est l’unité de gestion, en France, d’OpenEdition, une initiative publique à but non lucratif portée par le CNRS, l’Université de Provence, l’EHESS et l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, qui a reçu en 2012 le label Équipement d’excellence - Investissements d’avenir pour son projet de construction d’une « bibliothèque internationale pour l’édition en libre accès et les humanités numériques ». OpenEdition fédère quatre initiatives complémentaires : les revues de Revues.org, le calendrier d’annonces scientifiques Calenda, les carnets de recherche d’Hypothèses et les livres d’OpenEdition Books. La plateforme Revues.org compte environ 400 revues adhérentes, dont 95 % des articles sont accessibles en texte intégral.

Cairn.info
Cairn.info est d’abord une plate-forme d’accès payant, sur abonnement ou à l’article, née d’une initiative de quatre maisons d’édition (Belin, De Boeck, La Découverte et Erès). Toutefois, deux tiers des articles sont accessibles en texte intégral. La barrière mobile moyenne de publication (plus de 3 ans) reste supérieure aux préconisations européennes.

Un moteur de recherche fédérateur

Isidore
Isidore est une réalisation de la très grande infrastructure de recherche Huma-Num (CNRS, Aix-Marseille Université, Campus Condorcet). Il s’agit d’un moteur de recherche en sciences humaines et sociales, qui permet un accès unique à plus de trois millions de ressources provenant de sites comme Erudit, Persée [7], Revues.org, Thèses, Cairn, HAL etc. Isidore peut être intégré à d’autres interfaces, afin de compléter la recherche par des réponses venant d’autres grands catalogues bibliographiques, comme celui de la Bibliothèque nationale France (BNF). La nouvelle version beta s’ouvre au traitement de corpus dans d’autres langues (anglais et espagnol).

Actualités et perspectives

L’expérience de Knowledge Unlatched
L’organisation à but non lucratif Knowledge Unlatched, basée au Royaume-Uni, a mené en 2014 un projet pilote sur un consortium réunissant bibliothèques, éditeurs, auteurs, lecteurs et investisseurs, visant le test d’un nouveau modèle de diffusion « ouverte » des publications scientifiques. L’expérience consistait à réunir des bibliothèques afin de mutualiser l’achat : le prix (dégressif) était fixé d’avance par les éditeurs participants, qui acceptaient de publier dans une licence ouverte une collection de 28 nouveaux titres, sans embargo, à condition que 200 bibliothèques adhèrent au projet. 297 bibliothèques ont répondu favorablement.

Gates Foundation
La Fondation Bill et Melinda Gates a annoncé, le 1er janvier 2015, un changement dans sa politique d’accès ouvert. Tous les projets de recherche financés par la fondation, ainsi que les données sous-jacentes, devront être immédiatement publiés. Une période de transition de 2 ans est autorisée, mais aucun embargo ne sera plus permis après le 1er janvier 2017. La fondation évoque la possibilité de prendre en charge « des frais raisonnables exigés par l’éditeur, pour effectuer la publication ».

OpenAIRE2020
OpenAire est une initiative européenne, née en 2011, qui souhaite appuyer le dépôt en accès libre décidé par la Commission européenne et le Conseil européen de la recherche. Le volet OpenAire2020 a démarré en janvier 2015 et vise la diffusion des résultats des recherches issues du programme européen pour la recherche et l’innovation, Horizon 2020. Coordonné par l’université d’Athènes, OpenAire2020 dispose d’un budget d’environ 13 millions d’euros et intègre notamment la composante « Research Data Pilot » : l’accès et la réutilisation des données de la recherche.

Open Access Button
Cette initiative développée par un groupe d’étudiants et chercheurs permet, à partir d’un document souhaité, de chercher sur le web une version « ouverte » et, le cas échéant, d’envoyer automatiquement un message à l’auteur ou l’éditeur pour plaider en faveur de l’accès libre de la ressource.

 

Federica Minichiello
Centre de ressources et d'ingénierie documentaires du CIEP

 

[1]  Voir Nétange H., « L’accès libre et gratuit à l’information scientifique », Revue internationale d’éducation de Sèvres [en ligne], n° 51, septembre 2009, mis en ligne le 1er septembre 2012.
 
[2]  Recommandation de la Commission du 17 juillet 2012 relative à l'accès aux informations scientifiques et à leur conservation, n° C(2012) 4890.
 
[3]  Voir Pérès J., « Les revues de sciences humaines et sociales (1) et (2) : une économie fragile », décembre 2014, publié sur le site de l’Observatoire des médias ACRIMED
 
[4]  API : Application Programming Interface. Interface de programmation par laquelle un logiciel offre des services à d’autres logiciels (source: Wikipédia)
 
[5]   Il est important de signaler que l’étude, réalisée par la société Sciencemetrix, n’a pas encore fait l’objet d’une évaluation par les pairs.
 
[6]  L’archive ouverte « EduTice » sur les TICE, l’archive ouverte de l’INSEP sur l’éducation physique, « GET Savoirs partagés » de l’Institut Mines – Télécom (ressources pédagogiques en TICE), HAL et HAL SHS (voir infra).
 
[7]  Le consortium interuniversitaire canadien Érudit est la principale plateforme de revues francophones en Amérique du Nord . Persée est un programme français de publication et de numérisation de revues scientifiques en SHS, à l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche.