Le processus de décision dans les systèmes éducatifs, n° 32

n° 32, mars 2003

L'exemple de l'Argentine, de la Hongrie, du Japon, de l'Espagne et de la France

Comment la politique éducative se construit-elle ? Comme toujours quand se croisent et se heurtent les intérêts publics et privés, la question suscite, dans les pays démocratiques, une forte demande d'information et, de plus en plus souvent, une volonté de participation. Mais la complexité des facteurs qui interviennent dans l'évolution des systèmes éducatifs est telle que le sens et la justification des décisions prises manquent souvent de lisibilité aux yeux de l'opinion publique : d'où les sentiments de défiance, voire d'incompréhension, qui peuvent s'exprimer lors de leur mise en place.

Les réformes en éducation fluctuent en effet selon l'histoire et le contexte de chaque pays : mutations de la société liées à des changements politiques et/ou à l'évolution des mentalités et des pratiques sociales, renouvellement des connaissances et des théories scientifiques, transformations économiques et technologiques sont autant de phénomènes déclencheurs.

En Espagne et en Hongrie, où avait dominé pendant longtemps un parti unique, la rupture politique avec le régime antérieur a entraîné des bouleversements importants illustrant à la fois la volonté de changement et les difficultés à le mettre en œuvre. En Hongrie, la notion même d'une définition réglementaire des contenus d'enseignement a, dans le contexte d'ouverture et de libéralisation du système éducatif, pris une dimension polémique et suscité des décisions chaotiques. En Espagne, la direction d'un établissement scolaire a hésité entre participation de la communauté éducative et gestion professionnalisée. Au Japon, la remise en cause actuelle de certains principes constitutionnels tels que l'égalité des chances semble portée par un regain du sentiment nationaliste qui dépasse largement le cadre de l'éducation et est sous-tendu par les difficultés économiques du pays.

Cependant, déterminer le substrat idéologique d'une décision ne suffit pas pour comprendre la démarche dans laquelle elle s'inscrit. On ne peut pas isoler l'acte des conditions de sa mise en place.

La construction d'une politique éducative relève d'un processus d'ensemble, en amont et en aval de la prise de décision, dans un jeu continuel de prise en compte de contraintes multiples et de négociation avec différents acteurs. La rénovation du système éducatif argentin en est un exemple éclairant : ce pays, caractérisé par une grande hétérogénéité d'États, a en effet mis en place un système fortement décentralisé tout en préservant, dans un souci d'équité, un pilotage par le ministère national.

A partir d'exemples français, ce dossier de la Revue internationale d'éducation Sèvres se clôt sur une analyse du fonctionnement beaucoup plus pragmatique, sur le modèle de la méthode essais erreurs, que rationnel et scientifique des prises de décision.

Au-delà des spécificités nationales, on peut constater certaines convergences dans les situations examinées : la question de l'équilibre à trouver entre le centre et la périphérie ; celle de la régulation nationale et de l'égalité des chances ; celle du rôle des experts et de la collectivité. Chaque pays cherche à les résoudre dans une démarche qui relève plus souvent du tâtonnement que du projet à long terme.

La complexité du processus de décision en éducation n'a rien pour surprendre si l'on considère l'importance des enjeux véhiculés par les systèmes éducatifs : identité nationale, transmission culturelle, progrès économiques... La prise en compte de ces données rend primordiale, même sur la base objective d'évaluations externes en amont, la part de la concertation tout au long du processus.

Martine Safra, Odile Luginbühl

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Le processus de décision dans les systèmes éducatifs (n° 32, mars 2003)



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