REGARDS SUR ...  

L'ENSEIGNEMENT BILINGUE FRANCOPHONE EN ÉGYPTE

Par Jean-Pierre Vidal, attaché de coopération éducative, Centre français de culture et de coopération, Le Caire

Face à une population scolaire égyptienne estimée à quelque 1,7 millions d’élèves encadrés pour l’apprentissage du français LV2 par peu ou prou 10 000 enseignants, 45 000 élèves sont inscrits dans les 72 écoles dites « bilingues » (cette appellation regroupe les établissements proposant le français en LV1 ou en enseignement renforcé). Les cours sont assurés par environ 2 000 enseignants, dont une cinquantaine de Français.

Élément phare d’un autre pan du bilinguisme en Égypte, le Lycée français du Caire, relevant de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, scolarise, quant à lui, plus de 1 600 élèves, parmi lesquels 47 % sont de nationalité française et 32,5 % Égyptiens. Les établissements conventionnés avec la Mission laïque française (Lycée français d’Alexandrie, Lycée international Balzac, Section française de Misr International Language Schools, École française de Charm el Cheikh) ainsi que l’école française d’Hurghada complètent l’offre d’enseignement français en Égypte, avec un total supérieur à 1 000 élèves, égyptiens pour une large part.

La caractéristique essentielle du paysage bilingue égypto-français est donc son extrême diversité. Les types d’établissements diffèrent (écoles expérimentales, lycées Al Horreya, écoles d’investissement, écoles confessionnelles), les apports pédagogiques novateurs sont très divers de l'un à l’autre. Il va sans dire que les résultats des opérations menées en partenariat avec chacun sont étudiés attentivement par les institutions égyptiennes qui y voient un laboratoire où tester les innovations.

C’est avant tout dans la formation des enseignants que se situe l’apport de l’expertise française : formation initiale avec l’Institut universitaire de formation des professeurs, formation continue, intégrée dans le plan d’action proposé par le Centre français de culture et de coopération (CFCC), compléments de formation à l’enseignement des mathématiques et des sciences en français, évaluation du niveau de langue des enseignants de français de certains établissements (à leur demande).

Outre le volet « formation », l’action de la coopération française au profit des établissements bilingues se concrétise dans l’apport d’ingénierie de montage de sections françaises, dans la mise à disposition de matériel pédagogique et d’ouvrages de référence, dans l’offre d’expositions, scientifiques ou culturelles, dans l’organisation de concours (« Allons en France ») ou l’octroi de bourses (« Rencontres internationales de Jeunes ») accordées aux meilleurs élèves ou étudiants. Les manifestations organisées autour de la journée internationale de la Francophonie sont également l’occasion de promouvoir une pratique décomplexée de la langue française.

Enfin, les cours de langue du CFCC et le Département d’enseignement de l’arabe contemporain (DEAC) proposent une approche originale du bilinguisme : la découverte simultanée par des tandems d’apprenants des deux langues et des deux cultures.

Le Nil n’était pas un fleuve tranquille, et ses crues étaient bienfaitrices… Ainsi en va-t-il de l’évolution du bilinguisme en République arabe d'Égypte. La mosaïque d’actions à destination de publics très divers aux attentes variées dégage l’impression d’une recherche protéiforme, en perpétuelle évolution, toujours prometteuse.


ÉTAT DES LIEUX

Par l'équipe du CFCC - Secteur éducatif : Nathalie Samy, Samir El Garhi, Salwa Aggag, Dominique Blay, Amina Sabeur, Véronique Dupuis

Cadre général

Le soutien aux écoles dites bilingues, qui s’intitulent elles même « écoles françaises » (elles existent pour certaines depuis plus d’un siècle et demi) continue d’être le socle de notre coopération éducative avec l’Égypte, et ce pour plusieurs raisons :

1) La France marque légitimement sa reconnaissance à un système qui, contre vents et marées (par exemple, les nationalisations de 1956, les crises de vocation dans les écoles religieuses), a continué à nous manifester son attachement en revendiquant notre modèle éducatif.

2) Nous nous devons de continuer d’accompagner l’éducation des élites qui, traditionnellement, sont formées dans ces écoles et lycées (nombre de ministres, de hauts fonctionnaires, de cadres de l’armée égyptiens ont suivi leurs études secondaires dans ce type d’établissements).

3) La formation de ces élèves est un investissement pour une alternative à un enseignement supérieur public dont la qualité se dégrade : ce seront les futurs étudiants de l’Université française d’Égypte, et ils continuent de former la totalité des promotions des filières françaises d’excellence des universités égyptiennes (science politique, gestion, droit, égyptologie, etc ...).

4) La France est ainsi particulièrement réactive à la demande d’une population de cadres moyens et supérieurs qui, face à un système éducatif aujourd’hui en crise, se tourne pour l’éducation de leurs enfants vers des écoles égyptiennes bilingues ou étrangères, et dans lesquelles, au-delà des matières, c’est le contenu formateur, de la synthèse, du débat et de l’ouverture qui est recherché. En cela, notre label est apprécié et va jusqu’à une demande de mise en place du baccalauréat français (Collèges religieux de la Sainte Famille, la mère de Dieu, Sacré-Coeur de Ghramra, mais aussi établissements laïques comme les lycées Al Horreya).

Pour autant, la continuité ne doit pas être confondue avec l’immobilisme et les situations ont évolué :
Nous sommes passés d’une politique de substitution (mise à disposition par la France de personnels dans les établissements) à une politique de soutien (appui pédagogique, formation, mise à disposition de matériels), qui encourage nos partenaires à prendre eux-mêmes en charge leurs nécessaires évolutions.
Celles-ci sont liées aux changements sociaux (ce n’est plus le même milieu social qui fréquente les écoles et la francophonie des parents aujourd’hui n’est plus comparable à ce qu’elle était il y a trente ou cinquante ans) ; les frais d'écolage sont moindres et nous devons en particulier appuyer d’importantes évolutions dans les mentalités pour faire en sorte que le français soit considéré aujourd’hui, et ce sans déchoir, comme une langue étrangère.

Pour faire face à la concurrence des autres systèmes (américains, allemands, écoles d’investissement) nous sommes conduits à mettre l’accent sur l’excellence des prestations proposées par ces établissements. La première déclinaison de cette excellence est sans nul doute la qualité de l’enseignement dispensé. Il convenait donc de faire porter une grande partie de nos efforts sur la formation des enseignants, formation initiale avec la création de l’Institut universitaire de formation des professeurs (IUFP), et formation continue avec le programme Formédia.

À terme, notre soutien devra prendre des formes différenciées avec des projets de courtes ou moyennes durées dont les évaluations seront le préalable à la continuité (exemple : mise en place du baccalauréat français ou approche de l’enseignement de la langue française avec des stratégies empruntées au français langue étrangère) et ce, dans un véritable esprit de partenariat, avec des cofinancements et l’implication de personnels mis à disposition par l’administration des établissements.

Un paysage diversifié

La caractéristique essentielle du paysage bilingue égypto-français est sa diversité. Les types d’établissements sont de statuts différents (écoles expérimentales, lycées Al Horreya, écoles d’investissement, écoles confessionnelles).
Les 72 écoles dites « bilingues » enseignent le français renforcé à 45 000 élèves. Les cours sont assurés par environ 2 000 enseignants, dont une cinquantaine de Français.

Élément phare d’un autre pan du bilinguisme en Égypte, le Lycée français du Caire scolarise, quant à lui, plus de 1 600 élèves, parmi lesquels 47 % sont de nationalité française et 32,5 % Égyptiens. Il faut y ajouter le lycée d’Alexandrie, les petites écoles françaises de Charm el cheik et Ourghada et les quatre établissements à cursus français qui poursuivent le même objectif.

Enfin, pour mémoire, et comme composante non négligeable du paysage francophone éducatif égyptien, on évalue à quelque 1,7 millions le nombre d’élèves, encadrés par peu ou prou 10 000 enseignants, qui étudient le français en deuxième langue vivante.

Les apports pédagogiques mis en œuvre dans les écoles bilingues sont suivis de près par les autorités égyptiennes qui, au besoin, s’en inspirent pour le dispositif éducatif public. Elles y voient un laboratoire où tester les innovations reprises ensuite à plus grande échelle ; l’exemple le plus parlant est sans conteste celui de La main à la pâte, enseignement des sciences s’appuyant sur une méthodologie expérimentale, tout d’abord diffusée dans les écoles bilingues (enseignement expérimental des sciences en français) pour être reprise ensuite dans les écoles publiques (enseignement expérimental des sciences en arabe).

Un système en évolution

Depuis une dizaine d’années, les établissements changent, évoluent, tentent de s’adapter à la demande du marché. Deux raisons peuvent être avancées, permettant d’expliquer cette évolution du dispositif. D’une part, les établissements sont soumis à la rude concurrence de systèmes préparant à des diplômes anglais ou américains, réputés plus faciles. D’autre part, on assiste depuis les années 2003 à un réel engouement pour l’enseignement « à la française », certes exigeant mais aux qualités pédagogiques avérées.
La conjonction de la concurrence et de la demande incite donc de plus en plus d’écoles à se tourner vers l’enseignement des programmes français, allant pour certains jusqu’à ouvrir une section française à côté de leur section nationale.

Un protocole d’accord vient d’être signé avec le ministère égyptien de l’Éducation, officialisant l’existence de ces sections françaises dans les établissements privés. L’enseignement y est assuré en français [l’histoire et la géographie de la France, le français, les mathématiques et les sciences] et en arabe [l’histoire et la géographie de l’Égypte, l’arabe, la religion], dès la maternelle, par des enseignants français et égyptiens. À partir de la classe de seconde, les élèves font le choix entre la section française, avec toutes les matières des programmes officiels français, pour préparer le baccalauréat ou la section nationale conduisant au thanaweya amma (diplôme égyptien de fin d’études secondaires, équivalent du baccalauréat).

Il est évident que dans ces sections, on peut réellement parler de bilinguisme ; les élèves sont aussi à l’aise dans une langue que dans l’autre, même si l’une sert davantage à la vie quotidienne et l’autre à la scolarisation. Les élèves choisissant ces sections sont de plus en plus nombreux ; à la rentrée 2006, on peut estimer leur nombre à 250 dans les écoles égyptiennes confessionnelles et à 1 400 dans les écoles privées non confessionnelles.
À l’issue de leur scolarité secondaire, ces élèves maîtrisent donc trois langues (arabe, anglais et français) et sont fortement sollicités pour intégrer les universités internationales, privées, qui, pour les familles qui ont les moyens financiers, et en dehors des sections prestigieuses de quelques grandes universités publiques (médecine, polytechnique, à l’Université du Caire par exemple), sont aujourd’hui devenues un choix obligé.

Un soutien français constant et multiforme

Les établissements bilingues reçoivent un soutien fort du CFCC dans différents domaines, identifiés en liaison avec les chefs d’établissements en début d’année, et qui constitue le « plan de formation » :

- pour des actions de formation proposées en lien direct avec les demandes formulées par les responsables pédagogiques de ces établissements (les axes forts du plan de formation concernent l’apprentissage de l’oral, l’usage du français en tant que langue de scolarisation dans les classes de cycle I, la formation des enseignants de maternelle et de petit primaire et l’animation des bibliothèques centres de documentation (BCD).

Le soutien aux activités de rayonnement de la langue constitue un autre vecteur important de l’action de l’Ambassade en faveur des établissements bilingues ; un réseau d’établissements est constitué autour de projets phares, tels la journée de la francophonie ou les différents festivals de théâtre depuis la maternelle jusqu’au lycée, ces diverses actions visant toutes la promotion de la langue et de la culture françaises. Pour citer quelques chiffres, le festival de théâtre « les Bout’Choux » a rassemblé plus de 700 participants, pendant que 250 élèves de lycées étaient réunis pour le festival correspondant à leur niveau ; la journée de la francophonie a rassemblé plus de 350 élèves et étudiants ; la dernière Foire du Livre du Caire a vu près de 400 élèves réunis lors des divers ateliers de conte, de poésie et de bande dessinée qui leur étaient proposés. L’éventail des actions, leur diversité, leur complémentarité ont pour objectif de mettre l’ensemble des apprenants en prise directe sur une culture française vivante qu’ils contribuent à promouvoir.

Nous appuyons les établissements dans l’utilisation des nouvelles technologies, celles des ressources en ligne, et plus largement la modernisation de leur enseignement pour répondre aux attentes des élèves et leur permettre de s’insérer harmonieusement dans le tissu économique et social du XXIe siècle. Tous ces établissements, quelle que soit l’option retenue pour dynamiser leurs pratiques pédagogiques, participent activement à la promotion de la francophonie.
Le CFCC apporte un soutien important à ces établissements pour l’enseignement des mathématiques et des sciences en français. Les mathématiques et les sciences occupent dans le dispositif éducatif égyptien une place prépondérante (plus encore peut-être que chez son homologue français). En particulier, les secteurs universitaires les plus prestigieux sont à forte dominante scientifique. Le choix des mathématiques et des sciences en français dans les établissements bilingues permet en outre d’utiliser le français comme langue d’enseignement et comme langue de spécialité et d’apporter une expertise française, entre autre d’ordre méthodologique, dans ce domaine :
- de renforcer le français comme langue de communication, de culture et de savoir ouvrant l’accès à tous les pays francophones ;
- d’avoir un support privilégié de la pratique du français grâce à la part hebdomadaire consacrée aux mathématiques et aux sciences tout au long du cursus scolaire.

D’autre part, comme les programmes français accordent une grande importance au développement des activités pratiques, le ministère de l’Éducation égyptien, ayant le souci de rénover un enseignement de mode transmissif, a décidé d’introduire ce type d’activités dans le cursus scolaire égyptien. L’enseignement des mathématiques en français a donc joué un rôle novateur, d’aide à la réforme des méthodes éducatives ; il en a été de même pour les sciences, au travers de la généralisation de la méthodologie de La main à la pâte.

La formation d’enseignants bilingues : l’Institut universitaire de formation des professeurs

L’Institut universitaire de formation des professeurs (IUFP) est né en 2004 dans le but d’assurer une formation initiale de qualité aux professeurs égyptiens qui enseignent le français ou des disciplines non linguistiques – les sciences et les mathématiques – en français. Jusqu’à présent, ce rôle était dévolu en Égypte aux seules facultés de pédagogie. Dans les faits, la plupart des enseignants des écoles de langue étaient recrutés sur leurs seules compétences linguistiques et disciplinaires. L’IUFP, créé grâce à un accord entre l’Université d’Hélouan, l’IUFM de Paris et le CFCC est une structure originale, qui, outre des enseignements théoriques, propose aussi une formation pratique.

Une formation initiale par alternance
Pour permettre aux étudiants titulaires d’une licence de Lettres, Mathématiques ou Sciences d’acquérir les compétences professionnelles nécessaires à une bonne intégration dans les établissements éducatifs, le cursus proposé par l’IUFP comporte, d’une part des cours dispensés par des universitaires d’Hélouan et, d’autre part, un stage en établissement scolaire, sous la responsabilité d’un conseiller-tuteur. Il s’agit donc d’une formation par alternance : les étudiants ont trois jours de cours par semaine et deux jours de stage accompagné en établissement. Il leur est donc ainsi permis de consolider leurs connaissances dans la discipline qu’ils enseigneront, mais aussi de se perfectionner en langue française, de mettre à niveau leurs compétences en technologies de l’information et de la communication (tous passent le C2i, Certificat Informatique et Internet), et surtout de réfléchir sur les techniques de classe et les processus mis en œuvre dans l’enseignement.
Dans la phase actuelle, qui est encore une phase d’expérimentation, l’IUFP est une formation initiale, destinée à de jeunes diplômés désireux d’un complément de formation. La formation propose donc un total de 700 à 750 heures sur vingt-six semaines.

Une formation diplômante
Grâce au triple partenariat – CFCC, Université d’Hélouan, IUFM de Paris – les stagiaires de l’IUFP ont la possibilité de suivre cette formation en Égypte, d’aller pour les meilleurs d’entre eux suivre un stage comportant des observations de classes françaises à l’IUFM de Paris, et surtout d’obtenir un diplôme national, reconnu par le ministère égyptien de l’Éducation et de l’Enseignement, qui leur donne le droit d’enseigner dans les établissements publics égyptiens. Ce diplôme permet aussi, sous certaines conditions, à certains d’entre eux de poursuivre des études en tant que chercheurs. Il est complété par une attestation, cosignée par le CFCC et l’IUFM de Paris, qui permet aux titulaires d’améliorer leurs chances d’embauche dans les écoles francophones, voire dans les nouveaux établissements à cursus français (même si telle n’est pas la vocation première de l’IUFP).

Les deux promotions qui sont sorties de l’IUFP ont bénéficié de bonnes conditions d’embauche, voire de promotions au sein de leur établissement quand ils étaient déjà engagés.

Perspectives
L’évaluation des trois premières années de formation est prévue pour la fin de l’année universitaire 2006-2007 et devrait apporter des chiffres précis de ces effets positifs de la formation sur la carrière des stagiaires de l’IUFP.

En septembre 2007 s’ouvrira donc une nouvelle phase pour l’IUFP : le protocole initial devrait être renouvelé, avec des modifications notables, qui permettront de donner à l’IUFP une importance nouvelle dans le paysage de la formation d’enseignants en Égypte. Pour répondre aux besoins de formation continue, la création de deux autres branches est envisagée.
Il est en effet prévu de renforcer l’IUFP avec deux autres filières : formation continue tout d’abord, parce que la formation des enseignants ne peut pas se limiter à la formation initiale : il est nécessaire que les enseignants aient la possibilité d’approfondir et d’élargir leurs connaissances, de prendre régulièrement de la distance par rapport à leurs méthodes d’enseignement et de renouveler leurs pratiques. Par ailleurs, une branche formation de formateurs sera proposée à ceux qui sont eux-mêmes chargés de l’encadrement des jeunes enseignants, et qui pourront même, à terme, s’investir dans l’IUFP. Ces deux nouvelles filières, destinées à des enseignants en activité depuis plusieurs années, proposeront des horaires adaptés. Elles obéiront aux mêmes principes que la formation initiale déjà mise en place : l’accent mis sur la formation pratique, sur le renforcement des connaissances disciplinaires et linguistiques, et sur la collaboration avec l’Université d’Hélouan et le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement qui garantit la visibilité de la formation et le caractère officiel des diplômes ou certificats délivrés.

Les débouchés pour les élèves des écoles bilingues : le pôle universitaire francophone

Plusieurs dispositifs de formation ont été mis en place au cours de ces quinze dernières années et ont été regroupés en 2005 au sein du pôle universitaire francophone (PUF) afin de donner une meilleure visibilité aux possibilités d’études franco-égyptiennes dans un contexte accru de concurrence, caractérisé par le développement des universités privées.

Ce pôle regroupe les six filières francophones (droit international des affaires, économie et sciences politiques, gestion et commerce international, journalisme et agro-alimentaire) ainsi que l’Université française d’Égypte, l’Université Senghor et les sections universitaires francophones. Les enseignements se font en français et en arabe, parfois aussi en anglais.

L’Université française d’Égypte
Ouverte aux étudiants égyptiens en septembre 2002, cette université privée égyptienne en compte aujourd’hui trois cents soixante dix-neuf répartis en trois facultés :
- une faculté des langues appliquées en partenariat avec l’Université de Paris-III-Sorbonne-Nouvelle. 99 étudiants y sont inscrits ;
- une faculté de gestion en partenariat avec l’Université de Nantes, qui délivre un double diplôme : licence égyptienne et maîtrise de gestion de l’Université de Nantes. 180 étudiants y sont inscrits ;
- et une faculté d’ingénierie, ouverte en septembre 2003, en partenariat avec un ensemble d’écoles françaises d’ingénieurs. Cent étudiants y sont inscrits.

L’Institut de droit des affaires internationales
L’Institut de droit des affaires internationales (IDAI) a été créé en 1988 au sein de la faculté de droit de l’Université du Caire. Il s'appuie sur un partenariat prestigieux avec les universités de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Paris-II-Panthéon-Assas et Paris-Dauphine.
À la rentrée 2006, l’IDAI comptait deux cent quatre-vingts étudiants. Les diplômés n'éprouvent aucune difficulté à trouver des stages, puis des emplois dans tous les métiers du droit, au conseil d’État, au parquet administratif et au corps des avocats du gouvernement.

La filière d’économie et de science politique
La filière francophone de la Faculté d’économie et de science politique de l’université du Caire (FESP) a été créée en 1994 sur la base d’une convention signée avec l’Ambassade de France et l’Institut d'études politiques de Paris. Elle rassemble cent quatre-vingt-neuf étudiants qui préparent en quatre ans une licence égyptienne d’économie ou de science politique.
Vingt diplômés de la FESP ont ainsi réussi le concours de la diplomatie égyptienne, obtenant à trois reprises la place de major. De nombreux étudiants de la FESP ont été lauréats du concours des bourses « Eiffel » ou boursiers de l’Agence universitaire de la Francophonie.

Le département de gestion et de commerce international
Le département de gestion et de commerce international (DGCI) a été créé en 1993 au sein de la faculté de commerce de l’Université d’Aïn Shams. Il s’appuie sur un partenariat français prestigieux comprenant les instituts d’administration des entreprises de Paris et de Poitiers ainsi que l’Université de Paris-Dauphine.
À la rentrée 2005, le DGCI comptait 226 étudiants inscrits en licence égyptienne et master 1 de sciences de gestion (IAE de Poitiers) en co-diplômation. L’offre de formation est complétée par un MBA international (IAE Paris et Université Paris Dauphine) qui compte dix-neuf étudiants.

La filière agroalimentaire
La filière francophone des sciences et technologie du lait a été créée en 2003. Elle a développé des partenariats avec différents acteurs institutionnels, universitaires français et égyptiens, notamment dans le cadre de coopération décentralisée avec les régions Midi-Pyrénées et PACA. Vingt-sept étudiants sont inscrits dans cette formation.

La filière de journalisme
La filière de journalisme de l’Université du Caire assure la formation professionnelle d’étudiants francophones (quinze par an en moyenne) qui trouvent des débouchés professionnels dans la presse écrite et audiovisuelle égyptienne.
La formation comprend des missions organisées sous convention avec le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes et l’Institut français de presse de l’Université Panthéon - Assas.

L’Université Senghor
Le Diplôme d’Études Professionnelles Approfondies est décliné en six spécialités réparties dans quatre départements, axés sur la gestion et la santé.
Afin de favoriser des partenariats nord-sud et sud-sud pour ouvrir l’Université Senghor aux niveaux national, régional et international, plusieurs conventions ont été signées en 2005 avec des universités égyptiennes et des universités et entreprises d’Europe, d’Afrique et du Canada.

Les sections universitaires francophones
Les sections diffèrent des filières dans la mesure où elles ne bénéficient pas du soutien du CFCC. Pour autant, l’enseignement y comporte des modules de spécialité en langue française et des cours de français dispensés par des professeurs du Centre Culture Français.

C’est principalement au sein de l’Université d’Alexandrie que se développent ces sections :
- la section francophone de la faculté de droit créée en 2000 comporte cinq cent étudiants.
- la section francophone de la faculté de médecine qui compte 110 professeurs francophones a démarré cette année avec vingt étudiants. Un partenariat est envisagé avec des universités françaises de la région PACA et Midi-Pyrénées.

On citera également la section francophone de droit de l’Université d’Ain Chams au Caire avec ses deux cent vingt étudiants.

Les départements de français des universités égyptiennes
Plus de dix mille étudiants étudient le français au sein des départements de Lettres, langue et pédagogie. Ces études ouvrent vers des carrières d’enseignants, de traducteurs et vers les métiers du tourisme.
Au terme de quatre ans d’étude, les étudiants obtiennent une licence et peuvent éventuellement poursuivre des études supérieures en s’engageant dans des recherches d’ordre littéraires ou linguistiques.


FLIC-FLAC, PIÈCE DE THÉÂTRE BILINGUE

Entretien avec Eimad Abdel Aziz, professeur d’arabe au DEAC et metteur en scène

Comment s’écrivent tes pièces de théâtre ?
Je pars de rien mais tout est venant : je médite, j'observe, la femme imaginaire qui me hante m'inspire, cette présence féminine absurde me fait sortir de l'ordinaire, me pousse vers un monde qui n'existe pas, elle me fait déguster et écrire le non sens, des bribes d'histoires, elle n'aime pas les règles classiques du théâtre, c'est la petite fille d’Alfred Jarry "raconter des choses compréhensibles ne sert qu'à alourdir l'esprit et à fausser la mémoire tandis que l'absurde fait travailler l'esprit et exerce la mémoire".
Ça part de rien. Dans "FLIC-FLAC" c'était la pluie ; pourquoi la pluie en particulier ? Mon inspiratrice ne sait pas trop, peut-être parce que quand elle était dans mes bras l'autre jour, il pleuvait, ou peut-être encore parce qu’un jour elle avait demandé à des étudiants, lors d'un cours d'expression orale il y a 5, 6 ans de traduire en arabe une citation "Être heureux c'est aussi bien supporter la pluie" !
C'était donc la pluie, la pluie culturelle, transculturelle, France-Égypte, joie, tristesse, cirque, fréquent, rare …
Puis par petits bouts de papier, pinard, clope, stylos de couleur, toute seule elle crache des écriteaux, boule de neige, ça part dans tous les sens, un monde à part, deux langues qui se frottent, en miroir elles font l'amour, elles s'engueulent, elles échangent …

Ce sont des pièces de théâtre bilingues. C’est-à-dire ?
Pour moi, c’est un mariage entre deux langues, deux cultures, le bilinguisme nécessite à mon avis le va-et-vient, le point de rencontre, la différence qui crée une richesse, c'est le couple qui fait bon ménage malgré la différence, le concept, l'harmonie, l'accord et le désaccord, c'est aller vers l'autre, pour créer la rencontre pas forcément à mi-chemin, c'est le théâtre qui casse les règles classiques … plus de séparation entre scène, acteur, public, c’est un théâtre ouvert qui suggère et qui ne raconte pas.
La représentation, c'est un moment partagé avec les autres comédiens et le public, ce n'est jamais pareil d'une représentation à une autre, c'est artisanal. Plus de souffleur, plus de trois coups, c'est un théâtre dans le théâtre, les acteurs amateurs sont à leur aise, l'équipe peu à peu est soudée, on retrouve nos répliques, il ne s'agit pas de personnages, pas de rôles, un comédien est plusieurs, les plusieurs sont un comédien, les spectateurs jouent le jeu …

Quels sont les rapports qui s’établissent entre les deux langues ?
J’essaie de montrer que les rapports ne sont pas simples, qu’apprendre une langue, c’est différent de la vivre et que la vivre, ce n’est pas que l’apprendre. L’arabe et le français s’éloignent, se rapprochent, s’entrechoquent … Choquent aussi, quand les mots vrais, ceux de la rue, apparaissent … Et puis on joue. Les mots changent de sens quand ils changent de bouche. Quand ils passent de l’un à l’autre, est-ce qu’il y a vraiment dialogue ?
Je ne cherche pas à faire passer de message. Ça vient comme ça. Par exemple, dans la scène de Joël et Olivier :
- Qu’est-ce que tu regardes ? Le rideau ?
- Il monte !
- Non, il descend.
- … C’est comme les jupes des femmes. Des fois ça monte et des fois ça descend !
- Tiens, il fait noir !
À ce moment-là, on peut penser à la question du voile. Ou ne pas y penser. C’est comme on veut.