L'enseignement du code à l'école

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Les plaidoyers en faveur de l'enseignement du « code » à l’école se succèdent depuis quelques mois. En juillet 2014, les commissaires européens Androula Vassiliou et Neelie Kroes ont invité les ministres à « veiller à ce que les jeunes puissent déchiffrer le code », présentant les compétences en programmation comme « une solution au chômage des jeunes et au déficit de qualifications dans les TIC », estimé à 900 000 professionnels d’ici 2020 [1]. À l’occasion du lancement de la plate-forme européenne eu.code.org, des acteurs de l’industrie privée, impliqués dans l'initiative européenne « Grande coalition pour l'emploi numérique » ont publié une lettre ouverte aux ministres de l’éducation pour soutenir l’introduction de la programmation dans les curricula et l’implication des entreprises dans la formation des enseignants.
Si une certaine ambiguïté persiste dans la terminologie employée (littératie numérique, informatique, programmation, « code »), un consensus semble se dessiner autour des finalités visées : faire évoluer l’apprentissage numérique d’une simple utilisation de logiciels bureautiques à la compréhension des processus de fonctionnement d’un ordinateur et favoriser le développement de compétences transversales, comme la capacité d’analyse et de résolution de problèmes, dès le plus jeune âge.

La première partie de cet article présente trois exemples d’introduction du « code » dans les curricula, qui illustrent les différents stades d’une réflexion en cours dans la majorité des pays industrialisés. Nous nous concentrons plus précisément sur le cas de l'Angleterre, pour évoquer l’enjeu de la formation des enseignants aux nouveaux programmes. Nous terminons par une sélection d'outils d'enseignement du « code » adaptés aux enfants.


Sitographie arrêtée le 15 octobre 2014.

Les programmes scolaires

La réflexion en cours en France
Un rapport de l'Académie des sciences soulignait, en mai 2013, la nécessité d'introduire l'informatique dès l'école primaire et d'inclure cet enseignement dans la formation initiale des professeurs des écoles. Le Conseil supérieur des programmes a reçu, fin 2013, des orientations pour un programme d'informatique à l'école et a inclus les langages informatiques dans le projet de révision des programmes en fonction du « socle commun de connaissances, compétences et culture ». Récemment, le Conseil national du numérique a également préconisé la mise en place d'un nouveau baccalauréat « humanités numériques » ainsi que la création d'un certificat d'aptitude à l'enseignement en informatique (Rapport « Jules Ferry 3.0. Bâtir une école créative et juste dans un monde numérique », 2014).

L'approche « par motivation » en Italie : Programma il futuro
L’initiative « Programma il futuro », lancée en septembre 2014, vise en particulier les élèves du primaire. L’objectif est d’introduire l’enseignement du code dès l’année scolaire 2014-2015 et l’objectif visé est de 40 % d’écoles concernées d’ici 2016. L’offre pédagogique est réduite et s'appuie sur les contenus de la plateforme américaine code.org  : une séance « découverte » d’une heure et un cours d’initiation en dix leçons. La participation au programme devrait reposer sur le volontariat : un enseignant « référent » est chargé d’inscrire l’école dans le programme et de promouvoir ce dernier auprès de collègues et d’élèves.

L'introduction dans le curriculum en Angleterre
Le Royaume-Uni s'affiche comme le premier pays du G20 à avoir introduit l'informatique dans les programmes scolaires. Le « code » est devenu une matière à part entière, dans les écoles publiques anglaises, depuis septembre 2014. Le programme a été élaboré avec des enseignants et des experts issus de la British Computer Society  et de la Royal Academy of Engineering, en partenariat avec des entreprises privées (Microsoft, Google, etc.). Les enfants âgés de 5 à 7 ans vont apprendre la pensée algorithmique et l’écriture de petits programmes informatiques et, dès 7 ans, le fonctionnement d’un réseau informatique. Les enfants plus âgés découvrent des langages de programmation.

D'autres pays pourraient être cités également : la Corée du Sud devrait annoncer un plan d'action pour introduire le code au secondaire dès 2015 et, dans le primaire, en 2017. La Finlande a déjà prévu d'inclure cet enseignement dans les programmes scolaires à partir de 2016. L'Estonie et Israël, précurseurs, proposent des cours de programmation, notamment dans le secondaire, depuis 2011. Des actions similaires sont à l'étude dans de nombreux pays industrialisés et émergents.

La formation des enseignants

Un aspect crucial de l'introduction de l'informatique à l'école est la nécessité de former le corps enseignant : on parle à la fois d'évolution du programme de formation initiale, de recrutement de formateurs ad hoc, de formation continue proposée aux enseignants sur un critère de « motivation », etc. Le cas de l'Angleterre permet de donner des exemples réels de ressources (matérielles et pédagogiques) mises à disposition des enseignants et d’illustrer les relations qui se tissent avec les entreprises privées.

Computing at School
Le gouvernement britannique a appuyé le développement d'un enseignement « d’excellence » dans les sciences informatiques avec notamment, la création d'un réseau de 400 «master teachers » d’ici 2015. L’association Computing at School coordonne ce programme et collabore avec la société Codeacademy pour développer la plate-forme pédagogique utilisée dans les écoles ; le site de l’association propose de nombreuses ressources pour aider les enseignants non spécialisés à se familiariser avec le nouveau curriculum.

L'appel à projets aux entreprises
Le gouvernement a annoncé, en février 2014, une enveloppe budgétaire de 500 000 livres sterling pour cofinancer des projets de formation d'enseignants portés par des structures « tierces » comme les sociétés Google et Microsoft. Google s'est associée à l'association « Code Club », spécialisée dans l’animation d’ateliers extrascolaires en informatique, ainsi que dans le programme de formation des enseignants « Code Club Pro », notamment dans le primaire. L'objectif est de former 20 000 enseignants du primaire d'ici 2016. La société Microsoft a lancé le « First class computing programme », pour former 160 000 enseignants et a mis en place la plate-forme d'échange d'expériences entre écoles « Switched on computing ».
 

Des initiatives adaptées aux enfants

Kano
Kano est un kit d'ordinateur open source à monter soi-même, comme par assemblage de briques « lego », qui permet à des enfants (ou à des adultes) de construire un ordinateur, de le brancher sur un écran ou une télévision et de l'utiliser comme un ordinateur de bureau. Facile utiliser, il permet aux enfants d'apprendre à programmer dans des langages informatiques, comme Scratch, mais surtout de comprendre le fonctionnement interne d'un ordinateur.

Cubes coding
Conçu par une équipe finnoise et grecque, « Cubes coding » est un outil de programmation de robots, qui se base sur un système de manipulation de cubes, associés à des commandes. Ce projet, encore en phase de démarrage, fait partie des dix projets innovants retenus dans le cadre de l’Open Education Challenge et bénéficiera du soutien financier de l’incubateur européen pour l’innovation en éducation. Sa particularité est de s’adresser à des enfants à partir de 3 ans.

 

De nombreuses initiatives extrascolaires se développent également partout dans le monde, en matière d’apprentissage du code, telles que les « Coderdojo » , les « Kids coding clubs », etc.
Il est probable que l’initiation des élèves à la programmation passera par une combinaison de politiques éducatives et d’activités en dehors de la salle de classe, ainsi que par l’auto-formation (MOOCs, Self-Organized Learning Environments,etc.) ou l’accompagnement par les familles.

Il est aussi important de rappeler que la pensée informatique, définie comme « une capacité de réflexion à différents niveaux d’abstraction [2] » va bien au-delà de la capacité de programmation et peut, parfois, être dissociée de la technologie informatique. En guise d'exemple, on peut citer le programme néozélandais «  Computer science unplugged » (informatique sans ordinateur) qui enseigne les fondements de l’informatique (nombres binaires, algorithmes, compression de données, etc.) d'une façon ludique (jeux de cartes, de couleurs et de mouvement), sans avoir recours à un ordinateur.

 

[2]  Pour une définition plus complète, lire l’article en ligne « La pensée informatique » publié sur la revue de culture scientifique sur la recherche en informatique « Interstices », éditée par l’Inria.

 

Federica Minichiello
Centre de ressources et d'ingénierie documentaires du CIEP