Le droit à l'éducation : vers de nouveaux contenus pourle XXIe siècle, tome 1, n° 24, tome 2,n° 25

n° 24, décembre 1999

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Table ronde
Les droits de l'homme, la citoyenneté et les contenus de l'enseignement

Francine Best, inspectrice générale honoraire de l'Éducation nationale, ancienne directrice de l'INRP
Citoyenneté et droits de l'homme. Pour une éducation à la citoyenneté qui soit une éducation aux droits de l'homme
Éducation à la citoyenneté et éducation aux droits de l'homme doivent être indissolublement liées. Les dérives selon lesquelles l'éducation à la citoyenneté, appelée éducation civique, serait d'abord au service de l'État, de la nation, sans référence étroite aux droits de l'homme sont hélas trop fréquentes et méritent d'être combattues. D'où une didactique particulière de l'éducation à la citoyenneté, s'appuyant largement sur les textes fondateurs des droits de l'homme.

Ahmed Djebbar, professeur à l'Université d'Orsay ( Paris XI ), ancien ministre de l'Éducation nationale et de la recherche de la République algérienne
Éducation et société. Le cas de l'Algérie
L'auteur nous livre ici son analyse de l'évolution du système éducatif algérien depuis la révolution jusqu'à ce jour, mettant en évidence que malgré des orientations de départ généreuses et modernistes, des dérives n'ont pas manqué de dénaturer la citoyenneté naissante. Il montre comment le parti unique a instrumentalisé l'école, et comment l'État a laissé se développer le modèle intégriste arabo-islamiste pour en arriver à la situation de ces dernières années. Mais l'espoir renaît.

Vichai Tunsiri, député, président de la Commission sur l'Éducation au Parlement thaïlandais
Droits et responsabilités de l'homme. Une nouvelle éducation de base pour une éducation tout au long de la vie en Thaïlande
Le devoir d'éducation, pour chaque pays, est de plus en plus nécessaire, mais aussi de plus en plus complexe. La nouvelle relation maître-élève, l'allongement des études tout au long de la vie sont des éléments nouveaux à conceptualiser, ce qui génère des efforts importants de formation des enseignants. Les contenus d'enseignement sont également à repenser et l'auteur nous propose le projet thaïlandais.

Cecilia Braslavsky, professeur en sciences de l'éducation à l'université nationale de Buenos Aires, consultant auprès de l'UNESCO
Bilinguisme ou plurilinguisme. Les droits de l'homme et les langues étrangères
L'auteur développe ici le point de vue selon lequel le plurilinguisme peut être un facteur fécond de développement de la citoyenneté, entendue comme le moyen de vivre dans un monde de paix. Elle réfute le bilinguisme langue nationale/langue anglaise, aboutissant à l'enfermement sur la langue communautaire, de fait, puisque l'anglais se trouve réduit, en raison de son statut international à une lingua franca à l'usage des marchés et de la technologie. L'auteur propose donc qu'on encourage l'enseignement à l'école d'autres langues étrangères que l'anglais, afin de découvrir " l'autre ", afin de créer des opportunités de dialogue véritables. D'où quelques critères pédagogiques et didactiques.

Jean-Louis Martinand, professeur en sciences de l'éducation à l'École Normale Supérieur de Cachan, Adama Ouane, consultant pour l'UNESCO
Synthèse des débats

Table ronde
L'éducation de base confrontée aux préoccupations culturelles et sociales

Malcom Skilbeck, professeur émérite, membre de l'académie australienne de sciences sociales, consultant auprès de l'UNESCO
Pour une réforme de l'enseignement. L'éducation de base prépare-t-elle tous les élèves à une éducation tout au long de la vie ?
Dans la perspective d'un développement du droit à l'éducation pour tous et tout au long de la vie, trois axes de réflexion sont prépondérants : l'analyse de la disparité de l'offre d'enseignement entre les pays riches et les pays pauvres, la refonte des curricula dans une visée véritablement éducative et la conception globale d'un modèle d'enseignement associant, en partenariat avec l'école, différents acteurs sociaux et culturels. La réforme des contenus d'enseignement, indispensable même si elle ne résout pas toutes les difficultés, doit être conçue selon une approche radicalement nouvelle, en partant des besoins de la société et des élèves pour parvenir à identifier les " forces de transformation de la vie et de la culture " qui constitueront le cadre du curriculum. Cette rupture avec " l'orthodoxie dominante " apparaît comme l'enjeu majeur d'une possible participation de tous au nouveau système mondial de la " culture de la transformation ".

Ahmed Chabchoub, directeur adjoint de l'ISEFC à l'université de Tunis I
Éducation et mondialisation en Tunisie
Le processus de modernisation de la société tunisienne connaît, avec la mondialisation, une très forte accélération. Ce phénomène d'acculturation - défini comme le passage d'un modèle culturel endogène à un modèle exogène - comporte un risque de déstabilisation si la mise en relation du local et de l'universel ne fait pas l'objet d'une prise en charge éducative. L'école doit fournir les outils d'adaptation à cette évolution, principalement par l'apprentissage des langues étrangères, des nouvelles technologies et d'une nouvelle éthique des relations entre les habitants du " grand Village ", tout en confortant, notamment par l'enseignement de l'éducation civique et de l'histoire, l'ancrage des jeunes dans leur culture originelle.

Diane Laberge, chargée de programme en éducation à la Commission canadienne pour l'UNESCO
Une nouvelle approche de l'éducation. La population adulte et l'éducation tout au long de la vie
Le principe d'" éducation tout au long de la vie ", introduit par le rapport Delors, doit être clairement différencié de notions apparues auparavant, telles que la formation continue ou l'éducation permanente. Ce nouveau concept implique une vision intégrée, et non plus séquentielle, de l'éducation qui procède d'un ensemble de transformations : définition du développement intellectuel comme multilinéaire et multidimensionnel, développement du savoir par cycles, approches éducatives fondées sur des apprentissages durables et transférables, reconnaissance des compétences plutôt que des acquis. Globalement, cette réflexion se situe dans une logique de " société éducative " où l'école n'est plus le seul lieu d'apprentissage.

Séverin Cécile Abéga, responsable de l'Institut de recherches socio-anthropologiques du Cameroun, Gisèle Langere-Menye, maître de conférence à l'université de Yaoundé I
Le concept d'éducation intégrale. Une expérience menée au Cameroun face aux défis du sida
EVA, Éducation à la Vie et à l'Amour, est un programme d'éducation intégrale de l'homme introduit dans les cycles primaire et secondaire de l'enseignement technique et de l'enseignement général au Cameroun. Mis en place depuis 1986, il mobilise les jeunes à partir de l'éducation sexuelle et de la prévention des MST/sida dans le but de faire changer leur comportement en conformité avec les grands axes de l'action mondiale et régionale, tout en tenant compte du contexte psychoaffectif, social, culturel, religieux et familial. Le programme comporte trois volets : éducation humaine intégrale, accès aux services de santé, prise en charge des malades. L'analyse porte ici sur le concept d'éducation intégrale de l'homme ainsi que sur les stratégies de formation et les stratégies pédagogiques.

Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherches au Centre d'étude de la vie politique française de la fondation nationale des sciences politiques, associé au CNRS
Éducation et société multiculturelle
La question de l'éducation à la citoyenneté pose des interrogations fortes sur le rôle de l'école dans l'évolution démocratique des sociétés multiculturelles. A l'articulation de toutes les disciplines enseignées, elle implique l'élève à partir de son expérience et contribue à l'égalité des chances en enseignant l'égalité des droits. Cet enseignement se heurte cependant à d'importantes difficultés : un environnement social et culturel peu propice à l'enseignement des valeurs partagées, l'absence de formation des enseignants en droit et en sciences politiques, l'évaluation des élèves. L'ouverture de l'école sur la société peut lever certains obstacles, en développant la participation des familles à la vie scolaire et en renforçant les liens avec les partenaires institutionnels.

Alejandro Tiana Ferre, vice-recteur de l'innovation pédagogique à l'université nationale d'éducation à distance à Madrid, Wally Morrow, doyen de l'université de l'éducation de Port-Elisabeth (AF. Sud)
Synthèse des débats


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