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Paris et les Parisiens Accueil > Références de formation > Paris et les Parisiens Du Paris bourgeois des beaux quartiers au Paris populaire des communautés immigrées, en passant par le Paris du commerce et des affaires ou le Paris des intellectuels et des " bobos ", la capitale de la France témoigne d’une grande richesse sociologique. " Il y a en fait deux villes en Paris, une ville diurne et une ville nocturne, celle des activités et celle de la résidence, et ce ne sont pas les mêmes. Mais il n’y en a pas une plus vraie que l’autre, elles sont les formes d’existence d’une réalité aux facettes multiples. La visibilité depuis la rue et la mesure statistique peuvent donc paraître parfois contradictoires. La réalité parisienne est d’une extrême variété […], la ville est infinie dans ses caractéristiques, dans son histoire, dans la multitude d’existences qui s’y croisent et qui s’y sont croisées. " (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Paris mosaïque, Calmann-Lévy, 2001). Paris qui se dépeuple Paris est structuré par deux grandes divisions : d’une part, la partition ouest/est, c’est à dire quartiers bourgeois et quartiers populaires ; d’autre part, rive droite et rive gauche de la Seine, à savoir monde des affaires, avec la Bourse, et monde de la culture, avec la Sorbonne. Paris comptait environ 0,5 million habitants au début du XIXe siècle, 1, 7 M en 1860, 2,9 M en 1921, chiffre le plus élevé. Depuis, la diminution est régulière et s’est accélérée après 1954. A partir de cette date, la population est passée de 2,8 M en 1962 à environ 2,1 M aujourd’hui (soit 3,7% de la population de la France). La capitale paraît pourtant toujours plus peuplée, en raison notamment des deux millions de banlieusards qui viennent y travailler quotidiennement et des dizaines de millions de touristes qui en font la visite chaque année. Ce sont les arrondissements du centre de Paris qui ont connu les diminutions de population les plus importantes. Entre 1954 et 1999, plus d’un habitant sur deux a quitté le cœur historique de Paris. On observe également un important déficit autour du centre, du 1er au 11e arrondissement. La population a diminué aussi, mais dans une moindre mesure (-16%) dans les arrondissements périphériques, du 12e au 20e. Aujourd’hui, 74% des Parisiens vivent dans ces arrondissements (66% en 1954). Ce sont les villes de la banlieue, surtout de la grande banlieue (Seine-et-Marne) qui ont bénéficié de ces départs. Le déséquilibre traditionnel entre l’ouest résidentiel, où s’installent de plus en de bureaux, et l’est plus peuplé ne fait que croître. En 1999, la densité du 11e arrondissement était trois plus élevée que celle du 8e, alors qu’en 1954 le rapport était de 1 à 2. Ce déclin quantitatif s’explique essentiellement par des raisons d’ordre économique. En premier lieu, la crise de l’emploi des deux dernières décennies. Au cours des dix dernières années, la capitale a perdu en moyenne 30 000 emplois par an, tandis que 2 000 entreprises implantaient leur siège social au-delà des boulevards périphériques, en particulier à l’ouest. Entre 1990 et 1995, environ 5000 boutiques ont fermé leur porte chaque année. D’où un important chômage (ouvriers, employés et cadres, ces derniers atteignant le chiffre record de 20% d’inscrits à l’ANPE), incitant de nombreux Parisiens à tenter de trouver du travail ailleurs que dans la capitale (banlieue ou province). Autre raison : le coût toujours croissant du logement, qu’il s’agisse de location ou d’achat, qui contraint les jeunes couples, notamment, à aller vivre en banlieue (l’Île de France regroupe plus de 10,5 millions de personnes, soit près de 19% de l’ensemble des Français). Cet exode de Parisiens (" déparisianisation ") a entraîné un accroissement considérable du nombre de logements vacants (1,8 million de m2 inoccupés), une chute du marché immobilier, une augmentation des impôts locaux, un appauvrissement économique, une désertification du centre de la capitale, un changement d’image sociale et un vieillissement de la population. Les Parisiens d’aujourd’hui sont majoritairement âgés : 41% ont de 30 à 59 ans et 21% ont 60 ans et plus, soit un total de 62% contre 37% de " jeunes (18% ont de 0 à 19 ans, 19% de 20 à 29 ans). Paris est aussi une des villes où l’on meurt le moins (les retraités partent souvent en province), mais où l’on se suicide le plus (la cause en est peut-être la solitude, puisque un Parisien sur deux vit seul). L’origine géographique des Parisiens a également beaucoup changé. En 1872, sur 2 millions d’habitants, 1,3 M sont nés " ailleurs ". Les 0,7 M " vrais " Parisiens sont regroupés dans le centre de Paris, autour de l’Hôtel de Ville, et à l’est dans les quartiers populaires de Belleville et Ménilmontant. Aujourd’hui, un Parisien sur quatre est né à Paris, un sur huit est né d’un parent parisien et un sur vingt de deux parents parisiens. Paris qui s’embourgeoise Durant des siècles, les Parisiens ont connu une véritable ségrégation sociale verticale. Dans les immeubles de Paris, les artisans ou boutiquiers (aujourd’hui, les petits commerçants) occupaient le rez-de-chaussée, les notables ou bourgeois se trouvaient au 1er étage (" l’étage noble "), tandis que les ouvriers ou employés ( le " petit peuple ") se trouvaient sous les toits (plus tard les " chambres de bonne "). A partir du XVIIIe siècle, et surtout au XIXe, les " riches " se regroupent dans les " beaux quartiers " et les immeubles " bourgeois " (avec ascenseur). Plus récemment, dans les années 80, un tournant se produit dans le domaine immobilier : le " logement social " cède du terrain devant le logement " haut de gamme ", rendant notamment le centre de Paris de plus en plus cher. Les couches modestes laissent la place aux couches aisées qui " reconquièrent " les quartiers historiques (Marais, Île de la Cité, Montmartre...). Aujourd’hui, la répartition des Parisiens par catégories socio-professionnelles est la suivante : environ 5,5% d’artisans, commerçants et patrons, 11% d’ouvriers, 16,5% de professions intermédiaires, 20,5% d’employés, 23%, de retraités, 23,5% de cadres supérieurs et professions libérales. Depuis 1954, les cadres supérieurs et cadres moyens sont passés de moins de 20% de la population à plus de 50%. Plutôt qu’embourgeoisement, le terme le plus approprié est celui, anglo-saxon, de " gentrification " (gentryfication), c’est à dire un accroissement des couches supérieures et moyennes de salariés au détriment des catégories plus modestes. Les quartiers autrefois populaires sont désormais touchés par ce phénomène. Ainsi, le quartier de la Bastille, naguère Faubourg Saint-Antoine, où les lofts des " bobos " remplacent peu à peu les ateliers des ébénistes. De 1954 à 1990, les artisans du bois et de la petite métallurgie ont vu leurs effectifs diminuer du quart, comme les ouvriers et les personnels de service, tandis que les cadres moyens augmentaient de 44% et les cadres supérieurs de 154%. Ce quartier est désormais un quartier à la mode, branché et " néo-bourgeois ", qui s’étend vers le nord-est, vers les rues de Charonne, d’Oberkampf et de Ménilmontant. Plus à l’est, le quartier de Belleville symbolise bien les mutations, voire les métamorphoses, que connaît la capitale. Quartier de l’aristocratie ouvrière au XIXe siècle, Belleville devient à partir de 1930 le lieu où se retrouvent immigrés juifs , polonais, arméniens... Ils sont rejoints après la guerre par des Espagnols, des Portugais, des Juifs tunisiens, puis des Chinois, des Africains, etc. Puis, au cours des années 80, commencent à s’installer des intellectuels, des artistes, des gens du spectacle...Cette nouvelle classe moyenne double durant la dernière décennie. A l’inverse, un quartier comme celui des Champs-Élysées qui a eu jusqu’à 108 000 habitants en 1891 n’en compte plus aujourd’hui que 39 000, mais 225 000 personnes y travaillent. L’industrie du luxe qui occupait autrefois presque exclusivement " le Triangle d’Or " (avenues Montaigne, Georges V et des Champs-Élysées) se déplace vers Saint-Germain-des-Prés. La mode et les commerces de luxe remplacent peu à peu les maisons d’édition et les librairies. Le 6e arrondissement est désormais le quartier le plus cher de Paris. En même temps qu’il s’embourgeoisait, ce quartier perdait une bonne partie de ses habitants, passant de 11 900 à 5 700 entre 1954 et 1990. Parallèlement, les ouvriers qui représentaient 19% de la population active n’en représentent plus que 5%, tandis que les cadres supérieurs passaient de 12,5% à 44%. Ces chiffres témoignent du déséquilibre démographique entre l’est et l’ouest, qui profite aux quartiers autrefois populaires de l’est. Les beaux quartiers tendent à devenir des " cités financières et des supermarchés pour les industries de luxe et, corrélativement, à se désertifier." (Paris mosaïque, op.cit.). Entre 1982 et 1990, la " quasi-totalité des quartiers sont dans les cas d’embourgeoisement, maximal ou fort, les quelques exceptions étant toutes dans les quartiers nord-est " (Edmond Preteceille, Sociétés contemporaines, n° 22-23, 1995). Paris qui se divise Cette mutation sociologique a entraîné une " dualisation " de la société, avec son cortège de disparités sociales qui accroissent les disparités spatiales. Le classique clivage des grandes capitales entre l’ouest et l’est s’est confirmé, tandis que se dessinait de plus en plus nettement une coupure nord-est/sud-ouest, le cours de la Seine servant de ligne de partage. Les effets de la crise économique qui a frappé le pays il y a plus de vingt ans, avec ses conséquences (chômage, marginalisation, exclusion) ont accentué les disparités. Chômeurs, RMistes, SDF représentent désormais une part assez importante de la population parisienne, constituant ce que les anglo-saxons appellent une underclass. La plus spectaculaire de ces disparités est celle qui concerne l’espace. Il existait naguère une ségrégation spatiale de la classe ouvrière, mais ses logements restaient proches des usines ou des ateliers. Il s’agissait d’une ségrégation " associée ". Aujourd’hui, le domicile des ouvriers est, le plus souvent, éloigné du lieu de travail. Il s’agit d’une ségrégation " dissociée ". Les logements populaires (HLM) sont à l’est, tandis que les activités sont à l’ouest. Parfois même, les activités d’une entreprise sont réparties sur différents sites : la logistique à l’est, la fabrication industrielle au nord, les fonctions de conception et de décision à l’ouest (La Défense, par exemple). Les autoroutes autour de Paris constituent désormais de véritables frontières. Les responsables de la capitale ont cependant lancé un " Programme de développement de l’est parisien ", comprenant l’aménagement de la rive gauche de la Seine (Bercy-Tolbiac), avec notamment la Bibliothèque nationale de France (BNF). Il existe également un clivage " politique " de Paris, avec les manifestations de gauche qui se déroulent le plus souvent de la Place de la Nation à la Place de la République via la Place de la Bastille (symbolique révolutionnaire), tandis que celle de droite empruntent plutôt le parcours Concorde-Champs Élysées-Etoile (Arc de Triomphe) ou parfois (extrême-droite) Opéra-Palais Royal (statue de Jeanne d’Arc). Paris qui se métisse Au XIXe siècle, les " immigrés " venaient des provinces françaises d’Auvergne, de Bretagne, de Savoie… pour chercher dans la capitale le travail qu’ils ne trouvaient pas ou plus dans leur région. Le recensement de 1901 montre que les " provinciaux " représentent plus de la moitié de la population parisienne et constituent de véritables communautés dans certains quartiers (Auvergnats dans le Faubourg Saint-Antoine et Bretons autour de la gare Montparnasse). A partir du XIXe siècle, une immigration étrangère vient s’ajouter à l'immigration provinciale. Elle présente deux visages : celui d’une élite cosmopolite qui participe à la vie intellectuelle et artistique et celui d’une main d’œuvre qui s’efforce d’échapper à des persécutions politiques ou à la misère économique. Les grands groupes seront d’abord les Italiens et les Polonais, avant la Seconde Guerre mondiale, puis les Espagnols et les Portugais, peu à peu remplacés par des immigrés originaires d’Afrique du Nord, d’Afrique noire et d’Asie, et, plus récemment par des ressortissants du continent indien et d’Europe de l’Est, notamment de l’ex-Yougoslavie. Le nombre des étrangers vivant à Paris a doublé en un siècle passant de 180 000 à 342 000 en 1990. De 1954 à 1990, ils sont passés de 5% à 16% de la population parisienne. Aujourd’hui, environ 40% de la population étrangère vivant en France se trouve en Île-de-France, dont 57,6% dans les départements de Paris, de la Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine. C’est dans les quartiers périphériques de la capitale que la progression a été la plus forte (+ 509%, soit une multiplication par 6, dans le 13e arrondissement). Quartiers asiatique, africains, maghrébins, de " Chinatown " à Belleville en passant par la Goutte d’Or… environ 200 nationalités sont recensées. Paris est désormais le lieu d’un métissage ethnique, social et culturel qui brasse Français et étrangers, ouvriers et cadres, étudiants et intellectuels... A l’instar des principales métropoles mondiales, c’est une ville qui concentre le pouvoir du capital et qui, en même temps, attire des immigrés du monde entier. Paris est à l’image de la société française actuelle, caractérisée par une diversité et une hétérogénéité qui justifient le terme de " mosaïque ". Cette pluralité, toutefois, n’entraîne ni ghettoïsation ni éclatement. L’espace y reste fluide malgré les différences ou les tensions qui pourraient en séparer les composantes. Cette unité maintenue est peut-être due au centralisme jacobin, souvent honni. La ville de la Révolution est aussi celle de l’unité nationale, et " elle reste un creuset où se réalise continûment l’intégration de multiples apports. " (Paris mosaïque, op.cit).
Les " BOBOS " L’expression " bobos " est la contraction des mots " bourgeois " et " bohèmes ". Elle a été forgée David Brooks, un ancien correspondant du Wall Street Journal, qui a donné ce titre à un livre récemment publié en France.1 Selon ce journaliste américain, les bobos sont apparus en 1994 à San Francisco, venant pour la plupart de Silicon Valley. " Jeunes gens en tee-shirts noirs, lunettes de glacier, avec des piercings partout, (c’) étaient tous des modèles de réussite en affaires, des businessmen accomplis " (voir entretien sur : www.amazon.fr/exec/obidos/tg/feature/-/120570/t/402-1853364-8419356). Ces " bobos " américains sont généralement issus des plus grandes universités, possèdent des revenus élevés et des habitudes de consommation élitistes. Ce sont souvent des entrepreneurs qui ont fait fortune, mais qui " essaient de montrer qu'ils ne sont pas matérialistes ". Ni hippies des années 60 ni yuppies des années 80, ils se situent à mi-chemin de ces aînés, empruntant aux premiers la mentalité " bohème " et la quête de " spirituel ", mais sans l’esprit contestataire, et adoptant des seconds l’ambition sociale et le goût de l’argent, mais dénuée de signes ostentatoires. Cette business class, produit de " l’ère de l’information et de l’opulence de la nouvelle économie ", a désormais son équivalent en France. Les bobos français représenteraient 4% de la population de l’Hexagone, soit huit cent mille foyers, avec des revenus mensuels s’échelonnant entre 6 000 et 20 000 euros. Ils exercent leur activité professionnelle dans les médias, la publicité, la nouvelle économie, mais peuvent être également artistes, intellectuels ou enseignants du supérieur. Agés de 30 à 55 ans, ces enfants du baby-boom disposent d’un pouvoir d’achat élevé qui leur permet de consommer sans modération et de sentir parfaitement intégrés dans la société actuelle. Ils vivent à l’est de Paris (10e, 11e, 12e, 13e arrondissements), dans des quartiers autrefois populaires comme ceux du canal Saint-Martin, de la Bastille, de la Coulée Verte ou de Tolbiac, ou dans des banlieues proches comme Ivry-sur-Seine ou le Pré-Saint-Gervais. Là, ils habitent dans des usines désaffectées ou d’anciens ateliers d’artisans transformés en lofts. Ils revêtent les murs de leurs appartements de couleurs vives (jaune, orange, vert) ou de matériaux bruts (bois, pierre, liège), décorent les pièces de meubles rustiques (achetés au Marché aux Puces ou dans des brocantes villageoises), ou " ethniques ", en teck, rotin ou pin (importés d’Afrique, d’Asie ou de Suède), et d’objets traditionnels ou exotiques. Amoureux de la nature et écologistes convaincus, ils installent de véritables jardins sur leur terrasse ou leur balcon, avec du gazon, des fleurs, des plantes et cultivent même des fruits et des légumes. Militants " verts ", ils luttent pour la défense de l’environnement, se dressent contre les pollueurs et refusent les organismes génétiquement modifiés (OGM). Pour leur alimentation, ils s’efforcent de manger sain et naturel, achètent des produits frais ou " bio ", mais ne dédaignent pas la " bonne bouffe " et raffolent des cuisines " exotiques " (ils sont grands consommateurs de sushis japonais, mais fréquentent aussi les restaurants TexMex ou scandinaves). Leurs voitures sont souvent des monospaces, des 4 x 4 ou des jeeps, à la fois sportives, pratiques et confortables. Mais ils circulent aussi en moto ou en scooters, vont parfois travailler en vélo ou en VTT, traversent chaque semaine Paris en rollers et ne répugnent pas à utiliser une trottinette pour aller chez " l’épicier arabe du coin ". Sur le plan vestimentaire, ils ont définitivement adopté, pour le travail, les tenues décontractées, sur le modèle du Friday wear américain, et pour le week-end, les équipements sportifs des " nouveaux aventuriers urbains ". Dans leur vie personnelle, ils recherchent activement un bien-être et un épanouissement, qui passent par le souci, voire le culte du corps. Ils fréquentent assidûment les clubs de gym ou de fitness où ils privilégient la relaxation plutôt que la musculation. Souvent adeptes du yoga, ils s’efforcent d’être zen en toutes circonstances. Ils pratiquent également des activités de plein air, jogging quotidien, randonnées le week-end et trekking pendant les vacances. Adeptes du tourisme culturel et des voyages " à l’aventure ", ils n’hésitent cependant pas, pour se désintoxiquer de la ville, à passer des " vacances à la ferme " ou, pour évacuer le stress professionnel, à suivre des cures de thalassothérapie en Bretagne, en Tunisie ou dans les Caraïbes. Utilisateurs fidèles des Guides du Routard, ils se veulent enfants de la " Terre Mère " et " citoyens du monde ", mais sont également en quête de racines, non, comme le souligne D. Brooks, " leurs propres racines, mais plutôt un " mix " global de racines, quelque chose de Provence, avec une pointe de Thaïlande et un zeste de Maroc ". Hédonistes, ils n’en sont pas moins matérialistes et donc acquis au capitalisme et à la mondialisation. Individualistes, ils sont, en matière de mœurs, favorables aux " avancées " récentes comme le Pacs ou la parité hommes/femmes. Libéraux sur le plan économique, ils sont libertaires sur le plan des mentalités et des mœurs, succédant ainsi aux " li-li ", (" libéraux-libertaires "). Acteurs de la " net économie " (e-business), inséparables, au bureau, comme à la maison, de leurs outils d’information et de communication à distance (ordinateur portable, téléphone cellulaire, organiseur électronique…), ils concilient, apparemment sans états d’âme, business et bohème. " Aisés et anticonformistes, ils sont entre deux mondes, naviguant entre argent et conscience sociale, luxe et discrétion, réussite et décontraction, Internet et produits bio… Ces bohémiens chic sont pétris de contradictions. " (voir www.altema.com). Sur le plan politique, ils auraient, à l’occasion des dernières élections municipales, à Paris et à Lyon notamment, favorisé la victoire des candidats de gauche a à la mairie de ces deux villes. A la question posée par Le Nouvel Observateur2 (" Le PS s'est-il " boboïsé " ?), Pascal Perrineau, directeur du CEVIPOF (Centre d’étude sur la vie politique française) a répondu : " En même temps que certaines couches populaires quittent la gauche, on assiste à son embourgeoisement. Hier, le clivage droite-gauche recouvrait un antagonisme ouvriers-bourgeois. Aujourd'hui, la gauche fait de plus en plus recette dans les couches bourgeoises du salariat : 20% des cadres supérieurs votaient à gauche en 1973, 51% ont fait de même en 1997. Une distinction forte reste à faire entre bourgeoisie du secteur public et bourgeoisie du secteur privé : 69% des cadres supérieurs du public ont voté à gauche en 1997, 36% seulement des cadres du privé ont fait de même. Il s'agit d'un phénomène européen : un peu partout on assiste à une "gentryfication " de la social-démocratie. La bourgeoisie indépendante reste à droite. Mais la bourgeoisie salariée bascule à gauche. C'est la clé des succès du PS à Paris, Lyon ou Dijon, qui sont tout sauf des communes populaires ". Cette évolution s’expliquerait par le fait que " la gauche des années 90 a viré sa cuti : elle est devenue gestionnaire. Elle séduit donc les gestionnaires. D'autant que ceux-ci apprécient son libéralisme culturel : on est là au cœur du " phénomène bobo ". Les cadres supérieurs sont sensibles aux valeurs de tolérance, d'ouverture, de non-conformisme. Sur les sujets de société, comme le Pacs ou la parité, la droite leur paraît, soit hostile, soit en retard. La gauche n'est plus ringarde sur le plan économique, et elle est plus moderne sur le plan culturel : d'où son succès dans la nouvelle bourgeoisie ". Nouvelle classe ou nouvelle bourgeoisie, les bobos constituent-ils un concept sociologique au sens classique du terme ? Pour Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, auteurs notamment de Sociologie de la bourgeoisie3, " ils constituent bien un groupe correspondant à une certaine réalité, dont les contours restent cependant assez flous. Mais ce n’est pas davantage un pur phénomène de mode appelé à disparaître rapidement : c’est un fait sociologique intimement lié à des structures de production apparues au lendemain de la dernière guerre et, notamment aux activités de communication au sens large du terme. […] C’est un groupe très composite [qui ne constitue pas] une classe bourgeoise à proprement parler, dans la mesure où ce n’est pas le niveau de revenus ou de patrimoine qui les unit . […] Leur capital commun est plus culturel qu’économique. Ce sont tous des enfants de l’université, formés à des cultures de spécialistes, qui peuvent être très éloignés de la culture générale classique, et issus d’une bourgeoisie moyenne qui a réussi et leur a transmis un certain nombre de valeurs (ouverture, tolérance, refus des sectarismes religieux ou ethniques, défense des droits de l’homme, libéralisme moral, attention au tiers-monde et aux questions d’environnement…) ".
Des références sur Paris Des livres
Des sites internet
Des références sur la banlieue Des livres
Des sites officiels Des sites divers ©Alain Kimmel, CIEP, Sèvres , février 2003 |
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