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La linguistique des aires
EXCURSUS : La linguistique
des aires [COMPARAISON
8]
Plusieurs
aires géographiques où coexistent des langues d'origine différente
présentent cette caractéristique que les langues ainsi mises en contact
offrent non seulement nombre d'emprunts lexicaux, mais surtout manifestent,
dans leur grammaire, nombre de traits communs qui ne paraissent pas
avoir été hérités, alors que ce domaine est pourtant réputé plus résistant à la
diffusion. Ce sont donc des langues qui, en dépit de leur hétérogénéité génétique,
ont connu un développement tendant à la convergence typologique: les
similitudes partagées par ces langues parlées dans une même région
sont telles que chacune d'elles finit par ressembler davantage aux
autres qu'à celles qui lui sont génétiquement apparentées.
On désigne
ce type de regroupement où les langues du fait de leurs contacts mutuels
partagent des traits de structure à l'aide du terme allemand de Sprachbund (union,
ou association de langues).
Dans
la région des Balkans, par exemple, se rencontrent : grec moderne,
bulgare, macédonien, albanais et roumain qui, ensemble, présentent
des traits qu'ils ne partagent pas avec les langues qui leur sont les
plus proches sur le plan génétique - traits qui ne peuvent donc être
considérés comme hérités. Toutes ces langues sont certes indo-européennes
mais appartiennent les unes, à des rameaux indépendants les uns des
autres (grec, albanais), les autres, soit au groupe des langues slaves
(bulgare, macédonien), soit à celui des langues romanes (roumain),
il est donc facile de cerner sur la base de données comparatives générales
quelles similarités sont imputables au seul contact géographique et
ne peuvent être mis au compte d'un héritage commun.
Parmi
ces traits, on compte le syncrétisme du génitif et du datif (le bulgare étant
par exemple la seule langue slave à avoir remplacé son système casuel
en recourant, de manière strictement analytique, à des prépositions);
l'article postposé (sauf pour le grec moderne); la perte générale de
l'infinitif remplacé par une subordonnée introduite par une conjonction,
ainsi en grec dos mu na pjo (mot à mot : "donne
moi que je boive").
Note
L'origine de ce dernier phénomène doit sans doute être attribuée à la
prononciation en usage dans la période byzantine: la majeure partie des
verbes présentant pour la troisième personne du singulier du présent
une désinence en -i et en -in à l'infinitif, la chute du -n final a amené l'identité des
terminaisons, et comme le grec était, durant et après cette époque, utilisé comme
lingua franca dans tous les Balkans, le bilinguisme a assuré la diffusion
de cette substitution dans les autres langues du domaine.
D'autres
domaines géographiques offrent des exemples analogues. Dans le sud-est
asiatique, la présence de tons en chinois, thai et vietnamien a été de
même attribuée au contact. En Inde, les langues indo-européennes, possèdent,
comme leurs voisines, les langues dravidiennes et mounda, non parentes,
une série de rétroflexes inconnue des autres langues indo-européennes
et recourent aux classificateurs numéraux. Entre la mer Noire et la
Caspienne, l'arménien oriental et l'ossète (indo-européens), ont des
consonnes glottalisées, par quoi leur système phonologique se rapproche
de celui des langues caucasiques, toutes proches. Certaines langues
bantoues ont des clicks, comme leurs voisines les langues Bush-Hottentotes.
Pour l'Europe occidentale, le linguiste américain B. L. Whorf avait également
isolé un ensemble de traits communs, tels que les articles et les formes
verbales périphrastiques qu'il tenait pour si caractéristiques qu'il
a proposé le terme de SAE (Standard Average European, ou européen moyen
standard) en le considérant comme une seule langue, par opposition à des
langues massivement différentes comme l'Amérindien, son objet d'étude
primordial.
Pour en savoir plus
Des livres
BYNON, T., Historical
Linguistics, Cambridge, 1977, p. 244-256.
COMRIE,
B., Language Universals and Linguistic Typology, Chicago, 1981,
p. 197-203.
LEHMANN,
W.P., Historical Linguistics : an Introduction, Londres, 1992,
p. 137-139.
Des sites
Languages in Contact by Donald Winford
of The Ohio State University
http://www.lsadc.org/web2/contact.html
L'exemple des Balkans
www.universalis-edu.com/doc/atlas/articles/Q160441_4.htm#som21
www.universalis-edu.com/doc/atlas/articles/C933701_3.htm#som25
Serbo-Croatian and south slavic languages
www.fitzroydearborn.com/chicago/linguistics/sample-language.php3
Bulgarian and Macedonian
www.ucc.ie/staff/jprodr/macedonia/macmodlan.html
Sprachbünde: Beschreiben sie Sprachen
oder Linguisten?
http://viadrina.euv-frankfurt-o.de/~wjournal/1_01/VanPottelberge.html
Principles of areal typology
www.ling.su.se/staff/oesten/papers/Principles.pdf
Whorf et le SAE
Manifesting worldviews in language
par Dan Moonhawk Alford
www.sunflower.com/~dewatson/dma-wv.htm
www.suri.ee/il/2000/2/SAE.html
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