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Accueil > Références de formation > La comparaison génétique > Le proto-indo-européen

Le proto-indo-européen [COMPARAISON 21]

Le travail patient des comparatistes a débouché sur une reconstitution partielle de la proto-langue posée au départ des langues indo-européennes. On peut en présenter quelques caractéristiques.

Le système phonétique traditionnellement reconstruit était riche en consonnes occlusives: une série non-voisée p, t, k, kw, une autre voisée b, d, g, gw et une série de voisées aspirées bh, dh, gh, gwh (prononcées comme les voisées mais suivies d'une expiration). Sur la base de certaines formes on a suggéré de postuler l'existence d'une série d'aspirées non-voisées ph, th, kh, au moins pour le versant dialectal d'où sont issus grec, arménien, et indo-iranien. En revanche, la langue était pauvre en fricatives, n'offrant que s, voisé en z devant les consonnes occlusives voisées.

Ce système reconstruit a été soumis à des critiques diverses. La plus décisive s'appuie sur le fait qu'il semble venir en conflit avec les modèles phonologiques connus. En particulier, la présence d'occlusives voisées aspirées mais non d'une série correspondante d'aspirées non-voisées viole le principe selon lequel les systèmes reconstruits doivent être caractérisés par les mêmes régularités que celles manifestées dans les systèmes historiquement attestés

Pour pallier cette difficulté, et d'autres encore, on a alors proposé un système d'occlusives distinguant des occlusives non voisées / voisées / glottalisées; les occl. glottalisées ou éjectives (p'), t', k', k'w remplacent les occlusives traditionnelles simples voisées (b), d, g, gw. Les occlusives voisées et non voisées ont chacune des allophones aspirées, chaque langue indo-européenne ayant généralisé l'un ou l'autre des allophones.

Il faut ajouter à ce système la reconstruction de trois laryngales partiellement préservées en hittite . Ailleurs, leur présence ne peut être que déduite par des preuves indirectes. Le proto-indo-européen avait en outre deux nasales, n et m, deux liquides, r et l, et les glides w et y. Ces sons pouvaient fonctionner aussi bien comme consonnes que comme voyelles, ce dernier rôle étant symbolisé par des r, l, m, n, sous-pointés ; dans le cas de y et w, les contreparties vocaliques étaient u et i. De même, les laryngales, on l'a vu à propos des trouvailles de Saussure, fonctionnaient à la fois avec la valeur consonantique de sons comme h et vocalique de variétés de schwa. Les autres voyelles étaient, e, a, o, qui, comme i et u, pouvaient être longues ou brèves. Dans la mesure où l'on peut reconstruire des étapes chronologiques, les voyelles longues de l'indo-européen tardif peuvent être considérées comme résultant de la contraction de voyelles brèves de l'indo-européen primitif avec un schwa. Déjà en proto-indo-européen, deux des trois laryngales avaient la propriété de colorer une voyelle fondamentale e adjacente. La racine *pâ-, "protéger", est donc contractée d'un plus ancien *pa@-, avec un schwa colorant en a; la racine *dô-, "donner", est contractée d'un plus ancien *do@- avec schwa colorant en ô, et enfin, la racine *dhê-, "poser", de *dhe@-, avec un schwa sans coloration , la voyelle fondamentale, dans tous ces exemples, étant originellement e. Ajoutons enfin que le ton jouait un rôle grammatical important.

Les alternances vocaliques, encore appelées apophonie ou ablaut, étaient une des caractéristiques fondamentales du fonctionnement morphologique de l'indo-européen. Dans ces changements de voyelle interne, la forme fondamentale était en e, mais pouvait apparaître comme o dans certaines conditions, tandis que, dans d'autres conditions, e et o pouvaient disparaître entièrement: on parle alors de degré e ou degré plein, de degré o, et de degré zéro. De plus, e et o pouvaient apparaître au degré long, sous la forme ê et ô. Ainsi, la racine *ped-, "pied", apparaît au degré e dans le latin ped- (pes, pedis); au degré o dans le grec pod- (pous, podos), tandis que le germanique *fotuz (d'où est issu l'anglais foot) reflète le degré o long, *pôd-; le degré zéro, lui, qui ne fait apparaître aucune voyelle (*pd-) se trouve en sanscrit. Quand le degré zéro affectait une racine avec l'un des sons m, n, r, l, w, y, la sonante apparaissait sous sa forme vocalique et formait une syllabe: on a par exemple pour la racine *sengwh- (> angl. sing), le degré o *songwh (> sang) et le degré zéro *sngwh (> sung).

Le PIE était une langue offrant un haut degré de flexion: les relations grammaticales et les fonctions syntaxiques y étaient indiquées par des variations dans les finales des mots. Les noms avaient des désinences différentes pour les différents cas (au nombre de huit: outre nominatif, génitif, datif et accusatif, il y avait un instrumental, un locatif, un ablatif, un accusatif et un vocatif), et les différents nombres (singulier, pluriel, et un duel - déjà en déclin - pour les objets se présentant par paire). Une même désinence pouvait exprimer plusieurs catégories. Les adjectifs offraient la même morphologie que les noms et s'accordaient avec eux.

Les pronoms distinguaient une première, deuxième et troisième personne: la première et la deuxième offraient singulier duel et pluriel mais sans distinction de genre, tandis que la troisième distinguait masculin, féminin et inanimé, au singulier et au pluriel. Ce système s'est, apparemment, développé à partir d'un état antérieur où s'opposaient seulement animé et inanimé.

Les verbes avaient des désinences différentes pour les différentes personnes (première, deuxième, troisième) et les nombres (singulier, pluriel, duel), pour les diathèses active et médio-passive, ainsi que des suffixes pour une grande variété de distinctions aspecto-temporelles, quatre modes (ind. subj. cond. et impér.) et des catégories telles que causatif-transitif et statif-intransitif. Un aspect particulier de la formation des verbes tenait au changement vocalique radical pour marquer les différentes formes grammaticales (ablaut), bien conservé dans les langues germaniques (verbes anglais dits irréguliers et verbes forts de l'allemand). La liberté syntaxique était très grande et l'ordre des mots libre.

La structure de tous les mots fléchis était la même: racine + un ou plusieurs suffixes + désinence: *ker-wo-s, "cerf" (> lat. cervus) avec la racine *ker- désignant la corne, le suffixe nominal -wo- et la désinence de nominatif singulier -s. L'ensemble racine + suffixe constitue le thème, et les thèmes forment le stock lexical de base de l'indo-européen. La racine contient la notion sémantique de base que le suffixe peut faire varier en déterminant la partie du discours du mot. La racine *prek-, "demander", peut former, selon le suffixe, un verbe, *prk-sko-, "demander" (> lat. poscere) un nom, *prek (> lat. precês, "prière") et un adjectif *prok-o-, "qui demande" (> lat. procus). Les suffixes avaient des valeurs diverses et encore plus spécifiques, pour transformer les noms en verbes, pour marquer différents types d'actions (transitive et intransitive), pour former des noms d'agent, des noms abstraits, des noms verbaux, des adjectifs verbaux etc.

Pour en savoir plus

Des livres

HAUDRY, J., L'indo-européen, Que Sais je ? n° 1798, Paris, 1980.

MANESSY-GUITTON, J., "L'indo-européen" in : MARTINET, A. (éd.), Le Langage, Paris, 1968, p. 1240-1287.

BALDI, P., "Indo-European Languages" in : COMRIE, B. (éd.), The World's Major languages, New York/Oxford, 1990, p. 33-67.

LOCKWOOD, W. B., lndo-European Philology. Historical and Comparative, Londres, 1969.

MARTINET, A., Des Steppes aux océans. L'indo-européen et les "Indo-Européens", Paris, 1986.

MEILLET, A., Introduction à l'étude comparative des langues indo-européennes, Paris, 1937 [reprint : Alabama, 1964].

LEHMANN, W.P., Theoretical Bases of Indo-European Linguistics, Londres/New York, 1993.

SZEMERÉNYI, O., Einführung in die vergleichende Sprachwissenschaft, Darmstadt, 1980.

RUHLEN, M., A Guide to the World's languages, vol. 1, Classification, Stanford, 1987, p. 24-64.

VILAR, F., Los Indoeuropeos y los Origenes de Europa. Lenguaje e historia, Madrid, 1991, p. 159-256.

Des sites

De loin le meilleur exposé :
Indo-European and the Indo-Europeans Calvert Watkins
www.bartleby.com/61/8.html

The *Proto-Indo-European Language
www.departments.bucknell.edu/linguistics/lectures/05lect22.html

What was the earliest ancestor of English like? (`Say something in Proto-Indo-European')
Languages and language families Geoffrey Sampson's
www.cogs.susx.ac.uk/users/geoffs/FAQ_PIE.html

Everything you ever wanted to know about Proto-Indo-European (and the comparative method), but were afraid to ask!
www.utexas.edu/depts/classics/documents/PIE.html

The early history of indo-european languages by Thomas V. Gamkrelidze and V. V. Ivanov Scientific American, March 1990, P.110
www.biblemysteries.com/library/indoeuropean

La reconstruction de l'indo-européen primitif
www.ac-versailles.fr/pedagogi/anti/gymling/indo01.htm

Une présentation de la phonétque indo-européenne http://tied.narod.ru/project/phonetics/ie0.html

Indo-European Phonetics General Notes
http://indoeuro.bizland.com/project/phonetics/ie0.html

Indo-European Phonetics Short vowels
http://indoeuro.bizland.com/project/phonetics/ie.html

Reconstructing Proto-Indo-European Phonology by Allan Bomhard
www.utexas.edu/cola/depts/lrc/iedocctr/ie-ling/ie-phon-Bomhard.html

The PIE Phonemic Inventory
www.utexas.edu/cola/depts/lrc/iedocctr/ie-ling/ie-phon.html

The PIE Phonemic Inventory Glottalic Version
www.utexas.edu/cola/depts/lrc/iedocctr/ie-ling/ie-phona.html

Indo-European Morphology: An Outline
http://dspace.dial.pipex.com/town/lane/xvv88/Home/lang/iemorph.htm

Advanced IE Phonology and Noun Morphology
www.humnet.ucla.edu/pies/IES205FQ00.html
Voir aussi les liens proposés :
www.humnet.ucla.edu/pies/Links.html

PIE Language demonstration and exploration
http://colfa.utsa.edu/drinka/pie/pie.html
Avec des liens
http://colfa.utsa.edu/drinka/pie/links.htm

A short introduction to Indo-european linguistics, Université de Leyde
http://iiasnt.leidenuniv.nl/pie/index2.html

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