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La mobilité internationale des enseignants, nouvel enjeu de la formation des maîtres
Alors que les comparaisons internationales et leurs résultats déterminent de plus en plus fortement les politiques éducatives nationales et les objectifs assignés à ces politiques, il devient de plus en plus évident qu’aucun système d’éducation ne saurait désormais se contenter de ses propres références. En ce qui concerne les acteurs de premier plan que sont les professeurs, se pose à présent la question de l’ouverture de leur formation à une certaine dimension internationale. Quelle que soit leur discipline d’enseignement, cette ouverture est souhaitable et doit répondre à des enjeux plus larges et plus complexes que ceux auxquels répondaient jusqu’ici les programmes et actions de formation à l’étranger.
Les engagements et objectifs français en matière de formation initiale des maîtres
Dans son introduction, le cahier des charges de la formation des maîtres en IUFM71 rappelle les engagements pris par la France dans le cadre de la stratégie de Lisbonne et du processus de Bologne : contribuer à la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur. À ce titre, la formation des professeurs français doit dispenser "des enseignements destinés à permettre la mobilité des enseignants au sein de l’Europe". Ce même cahier des charges exprime, en conclusion, l’ambition suivante : "Il serait donc naturel que tout professeur, anticipant ainsi sur une possible mobilité professionnelle au sein de l’Union, puisse bénéficier au cours de sa formation d’un stage de découverte d’un système éducatif européen". Même si l’on est encore loin de la généralisation souhaitée, des évolutions récentes ouvrent des perspectives prometteuses.
Les programmes de formation croisée : une formule innovante et prometteuse
En l’espace de cinq ans, un type nouveau de formation à l’étranger a connu un développement spectaculaire : le programme de formation croisée franco-britannique qui permet à des professeurs stagiaires français du premier degré d’accomplir en Angleterre (ou en Irlande du Nord et, bientôt, en Écosse) un stage de quatre semaines et à des étudiants britanniques d’être accueillis réciproquement dans des IUFM français. Après deux années de mise en route (2001-2002 et 2002-2003) au cours desquelles cinq puis treize IUFM furent impliqués (pour un total de 60 puis 170 stagiaires), ce programme est rapidement entré dans sa phase de généralisation. Dès l’année 2003-2004, la totalité des 26 IUFM de France métropolitaine échangeaient avec leurs établissements partenaires d’outre-manche un total de plus de 600 stagiaires (2 x 300). Du côté français, en 2007-2008, le contingent global devrait dépasser le chiffre de 400.
Le succès de ce programme n’a pas pour seule explication la qualité de son pilotage et l’étroite coopération établie entre les différentes parties engagées : Training and Development Agency for Schools (TDA), Ambassade de France à Londres, Direction des relations européennes et internationales (DREIC), Direction générale de l’enseignement supérieur (DGES), Inspection générale et, surtout, Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM). Si ce programme fait désormais figure de modèle, au point que les Britanniques s’apprêtent à l’étendre à d’autres destinations (Allemagne, Espagne, Italie), c’est avant tout parce qu’il met l’accent sur le caractère "professionnalisant" de l’expérience vécue par les stagiaires au contact du système éducatif étranger. Dans cette expérience, les bénéfices linguistiques ne sont certes pas sous-estimés mais le perfectionnement du maniement de la langue étrangère n’est pas une fin en soi : la langue est tout d’abord le moyen grâce auquel on apprend son métier, en mettant pleinement à profit le "décentrage" que permet la confrontation avec une autre culture professionnelle, pédagogique et didactique que celle dont on est issu. Pour prendre la mesure du caractère novateur de ce programme de formation croisée, on se reportera utilement à son Cadre commun d’objectifs / Common Reference Framework.Téléchargeable sur le portail des IUFM, ce livret bilingue, vade-mecum du stagiaire et outil de validation de sa formation, met en convergence quatre référentiels : les normes anglaises du Qualified Teacher Status (QTS), le cahier des charges français de la formation des maîtres en IUFM, le cadre de compétences de l’enseignant européen et les échelles du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL).
Il est intéressant de noter que l’année 2006-2007 a vu le lancement d’un autre programme de formation croisée, résultant, lui, d’un protocole d’accord franco-américain signé en octobre 2006. De janvier à mars 2007, 21 professeurs certifiés ou agrégés stagiaires en histoire et géographie provenant de 11 IUFM différents se sont rendus aux États-Unis pour suivre une formation alternant formation théorique à l’Université d’Akron (Ohio) et stage pratique en établissement (enseignement de l’histoire et / ou la géographie en langue anglaise à des élèves américains de collège et lycée). En ce premier trimestre de l’année 2007-2008, une vingtaine d’étudiants américains se destinant à la carrière enseignante sont à leur tour accueillis par les 11 IUFM en question. Dès le printemps 2008, ce nouveau programme devrait connaître une première évolution, tant en ce qui concerne son volume (objectif de 30 places à pourvoir) que la nature et le nombre des disciplines concernées (appel à candidatures en direction de professeurs stagiaires en physique-chimie et en EPS).
En formation continue, une mobilité trop rare
Si la mobilité est en passe de devenir une composante majeure de la formation initiale des professeurs, dans le domaine de leur formation continue, l’offre des programmes ministériels ne répond que partiellement aux besoins. Chaque année, au mois de novembre, une circulaire présente les programmes d’échange et les actions de formation à l’étranger pour lesquels les professeurs en fonction dans les établissements publics relevant du ministère de l’éducation nationale peuvent faire acte de candidature. Certes variée, cette offre présente un caractère quelque peu disparate, chacun de ses volets relevant d’une gestion spécifique et portant la marque de son historique propre, lié à tel ou tel accord de coopération bilatérale. C’est ainsi que le programme d’échanges franco-allemands d’enseignants du premier degré est géré par la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO A1-5) alors que le programme d’échanges franco-québécois poste pour poste d’enseignants du premier degré est géré par le CIEP, tout comme le programme de séjours en Louisiane CODOFIL (Conseil pour le développement du français en Louisiane) 2.
Le plus ancien des programmes de mobilité est également celui qui est le plus connu : le programme d’échanges poste pour poste d’enseignants de langues vivantes du second degré. Force est de constater que ce programme − dans sa forme actuelle − répond de moins en moins aux espoirs qu’il portait il y a encore une dizaine d’années. Du côté français, la demande reste relativement stable. Du côté étranger, les candidatures se font malheureusement de plus en plus rares. Face à ce déséquilibre, on a eu beau réduire, ces dernières années, le volume d’échanges envisagés, le déficit semble désormais structurel et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour l’année 2006-2007, l’écart entre le nombre d’échanges possibles et prévus et le nombre d’échanges effectivement réalisés s’est encore creusé et a concerné toutes les langues et toutes les destinations : Allemagne, 9 échanges, pour 15 prévus ; Autriche, 1 échange, pour 3 prévus ; Espagne, 18 échanges, pour 25 prévus ; Royaume-Uni, 1 échange, pour 2 prévus ; Irlande, aucun échange, pour 2 prévus ; États-Unis, 8 échanges, pour 15 prévus. Il apparaît clairement que l’état peu satisfaisant de ce programme est lié à la durée (désormais trop longue) des temps d’échange. Pourraient être suggérés les aménagements suivants : possibilité d’échanges de courte durée ; ouverture aux professeurs de DNL ; évolution vers un programme non plus d’échanges simultanés reposant sur le principe de la substitution (un professeur prenant la place de l’autre) mais d’appariements de professeurs (les professeurs seraient ensemble, tour à tour et successivement dans l’établissement l’un de l’autre) pour des durées cumulées de 4 à 6 semaines au total. Le placement dans le calendrier de ces périodes de co-enseignement mettrait à profit les périodes de vacances scolaires, différentes d’un pays à l’autre.
À cet égard, il sera intéressant d’observer prochainement le déroulement de la première vague d’un nouveau programme de mobilité destiné aux professeurs d’allemand mais dont le principe pourrait par la suite être étendu aux professeurs enseignant d’autres langues. Géré, pour cette première année d’expérimentation, par la DREIC, ce programme permettra à des professeurs germanistes français du second degré, qui recevront une aide financière à la mobilité, de séjourner pendant deux semaines (au moment des vacances de le Toussaint) dans des établissements allemands. Ces séjours d’observation auront pour premier objet de faire acquérir aux professeurs concernés une meilleure connaissance du système éducatif allemand, le programme ayant par ailleurs pour bases ou pour but des projets pédagogiques inter-établissements communs et le développement ou le renforcement des appariements scolaires.
Daniel Charbonnier
Inspecteur général de l’éducation nationale
1 Cahier des charges de la formation des maîtres en institut de formation des maîtres, annexe à l’arrêté du 19-12-2006, JO du 28-12-2006 & BO n° 1 du 4 janvier 2007 (encart)
2 Rappelons que le CIEP gère également, en concertation avec l’inspection générale, le programme national des stages d’été à l’étranger destinés aux professeurs de langues vivantes des premier et second degrés. Chaque année, ce programme permet à quelque 600 professeurs enseignant l’allemand, l’anglais, l’arabe, l’espagnol, l’italien, le portugais ou le russe de bénéficier pendant deux semaines d’une mise à jour de leurs connaissances et pratiques pédagogiques, culturelles, linguistiques.