POINT
DE VUE |
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Le rôle du groupe de travail « langues » auprès de la Commission européenne
Il est courant de dire que les diverses questions liées à l’apprentissage des langues vivantes ont une importance stratégique, tant au niveau national qu‘à l’échelle européenne. L’un des signes de cette importance pour les instances européennes est la permanence d’un groupe de travail « langues » auprès de la Division « Politiques pour le multilinguisme » de la Commission européenne.
1999 : création
d’un groupe d’experts
Un groupe d’experts des pays membres de l’Union européenne
a été mis en place en 1999 pour la préparation et la conduite
de l’Année européenne des langues 2001, en liaison avec
le Conseil de l’Europe.
Or, la fin de son mandat a coïncidé avec la mise en œuvre des
travaux du processus de Lisbonne, le programme « Éducation et Formation
2010 » : élaboration de recommandations à destination de
la Commission et des États membres pour permettre d’atteindre l’objectif
ambitieux fixé par les chefs d’État et de gouvernement de
hisser l’Union européenne au premier plan de l’économie
mondiale grâce à une amélioration sensible de la formation
initiale et continue. Pour réaliser ce programme, chacun des huit thèmes
retenus dans ce processus a été confié à un groupe
de travail spécifique, réunissant des experts de chaque État.
Bien évidemment, l’amélioration du niveau de compétences
en langues étrangères figure parmi les compétences de base
indispensables pour tout Européen, thème très large traité
par un groupe de travail spécifique.
La spécificité de la question des langues vivantes, mais surtout
les acquis de la réflexion engagée à l’occasion de
l’Année européenne des langues ont cependant conduit la
Commission européenne à créer, de façon exceptionnelle,
un groupe de travail particulier pour les langues vivantes. Ce groupe a pu travailler
dans une certaine continuité et donc avec une cohérence évidente
dans les principes affirmés et les voies explorées.
Activités
du groupe de travail « Langues »
Ses travaux s’inscrivent dans la démarche « de coopération
ouverte », souci de mutualisation des expériences acquises dans
les politiques linguistiques des différents États, dans le respect
de leur souveraineté en matière d’éducation.
Sa tâche a tout d’abord consisté à élaborer
une liste de recommandations, que l’on peut résumer ainsi : politiques
volontaristes en faveur de la diversité (apprentissage d’au moins
deux langues vivantes par tous, promotion de cette diversité linguistique
et culturelle, recrutement d’enseignants pour assurer une offre suffisante,
levée des obstacles à la mobilité des enseignants, mise
à disposition de moyens pédagogiques spécifiques) ; amélioration
de l’efficacité des cursus (par un avancement de l’âge
de début d’apprentissage de ces deux langues, par la fixation d’objectifs
précis aux différents moments du cursus individuel, en s’appuyant
sur le Cadre européen commun de référence
pour les langues du Conseil de l’Europe, et par une plus grande
continuité des apprentissages) ; généralisation des modes
d’enseignement bilingue, seule voie praticable d’amélioration
du niveau de compétences en langues par l’ensemble des élèves.
Cette réflexion a été suivie par des échanges sur
les expériences de mise en œuvre de ces recommandations, sur les
difficultés éventuelles et sur les voies les plus efficaces pour
les surmonter.
Un autre temps a été consacré à la discussion de
documents d’orientation de la politique linguistique de la Commission
européenne, le « Plan d’action sur l’apprentissage
des langues et la diversité linguistique 2004-2006 » et la Communication
en juillet 2005 du Commissaire Jan Figel « sur le Multilinguisme ».
Il y est, en particulier, demandé aux États membres de mettre
sur pied des plans nationaux en faveur du multilinguisme. Dans cette perspective,
un séminaire a été organisé pour le groupe de travail
« langues », élargi à d’autres représentants
nationaux, les 12 et 13 octobre 2006 au Centre international d’études
pédagogiques. La démarche collective initiée est aidée
par deux consultants recrutés en 2005 par la Commission, le Professeur
Jean-Claude Beacco (université de Paris III) et Mme Chirine Anvar, chargée
de programmes au Pôle langues étrangères du CIEP.
Enfin, un thème récurrent des travaux de ce groupe depuis sa création
porte sur la faisabilité, les objectifs et les contenus de l’indicateur
européen des compétences linguistiques, appelé indicateur
de Barcelone, destiné à mesurer le degré réel de
compétences en langues des jeunes Européens.
Il apparaît bien, en conclusion, que ce groupe de travail « langues » n’a pas un rôle unique précis et limité. Nous sommes pour l’essentiel en présence d’un des lieux d’échanges entre la Commission et les États membres, par l’intermédiaire d’experts, sur un grand nombre des questions liées aux langues : informations régulières sur les évolutions et les décisions prises au niveau communautaire et débats très libres à propos des orientations adoptées et de leurs conséquences sur l’enseignement des langues vivantes dans les différents pays ou régions.
Francis Goullier
Inspecteur général de l’éducation nationale, Membre
du groupe « langues »