POINT DE VUE


Pour la promotion de la diversité linguistique : un « plan d’action langues » transversal aux programmes européens d’éducation et de formation

Personne n’ignore que les nombreuses « frontières » linguistiques de l’Union peuvent constituer une entrave à la nécessaire mobilité des citoyens de l’espace européen, dans leurs études, leur travail, ou dans leurs loisirs. L’élargissement de la palette linguistique opéré en mai 2004 ne simplifie pas le problème, même si l’on doit se féliciter de cette extraordinaire richesse de l’Europe, inégalée dans le monde.
Pour qu’une telle richesse soit un véritable atout, chaque citoyen européen doit être, individuellement, porteur de la diversité linguistique européenne, en parlant d’autres langues que la sienne. La commission européenne l’a bien compris, qui a souhaité en 2003 mettre en cohérence l’ensemble de ses initiatives dans un « plan d’action langues » s’appuyant tant sur les programmes Socrates et Leonardo da Vinci que sur des opérations comme le « label européen des langues ». Cette volonté communautaire est aujourd’hui confirmée par l’instauration d’Europass, cadre communautaire unique pour la transparence des qualifications et des compétences, notamment linguistiques avec, par exemple, l’intégration dans ce dispositif du « portfolio européen des langues ».

Trois grands objectifs sont ainsi définis, au service desquels doivent se mettre les programmes européens d’éducation et de formation : développer l’apprentissage des langues tout au long de la vie, améliorer la qualité de l’enseignement des langues au sein des différents systèmes éducatifs européen, et créer pour les citoyens de l’Union un environnement favorable à l’apprentissage des langues.
Pour développer l’apprentissage des langues tout au long de la vie, doit être proposé un éventail de langues aussi large que possible, ainsi, à l’école maternelle et à l’école primaire, deux langues étrangères doivent pouvoir être proposées aux enfants. Au collège et au lycée, comme dans l’enseignement spécialisé et les établissements d’éducation des adultes, tous les membres de la communauté éducative participant à une mobilité Socrates ou Leonardo da Vinci doivent pouvoir suivre une préparation à la langue du pays d’accueil.

Pour améliorer la qualité de l’enseignement des langues dans les différents systèmes éducatifs européens, il faut, à tous les niveaux, non seulement inciter les personnels d’encadrement à valoriser l’enseignement des langues, mais aussi leur demander de faire tomber les barrières administratives et juridiques qu’enseignants, élèves et étudiants trouvent encore trop souvent sur le chemin de la mobilité. Les inspecteurs pédagogiques doivent par ailleurs être convaincus des ressources inestimables offertes par les nouvelles méthodes de compréhension multilingue. Il ne s’agit pas, on l’a compris, de former des « linguistes distingués », mais bien des citoyens capables de communiquer entre eux au quotidien. A cette fin, on ne peut qu’inciter inspecteurs et enseignants de langues à utiliser la grille d’évaluation du « cadre commun de référence pour les langues », élaboré par le conseil de l’Europe.

Pour créer, au service permanent des citoyens de l’Union, un environnement favorable à l’apprentissage des langues, il faut les familiariser avec les nombreuses sources d’apprentissage existantes, et favoriser l’émergence et le développement de nouvelles. Dans le même temps, le grand public doit être informé de l’existence d’outils d’apprentissage en autodidaxie, et le sous-titrage des films doit être considérablement développé. Il faut également valoriser, sur le marché de l’emploi, les compétences plurilingues des citoyens, y compris dans les langues dites minoritaires, c’est-à-dire peu parlées et peu enseignées. On doit penser là, par exemple, à la systématisation du « portfolio européen des langues », et à la promotion de l’opération « label européen des langues », qui permet tous les ans, dans chaque pays d’Europe, de distinguer et de diffuser les meilleures initiatives. Il faut aussi que se croisent et se démultiplient les jumelages entre collectivités territoriales, établissements scolaires, associations, etc.

Toutes ces pistes, qui ne sont pas exhaustives, doivent être résolument explorées, non pas pour sanctuariser la diversité linguistique européenne comme un témoignage du passé, mais bien pour en faire le fabuleux moteur de l’avenir que nous construisons ensemble. Il y faut tous les outils qui nous ont été légués pour structurer notre pensée, non pas l’outil unique qui la condamnerait à l’uniformité.

Agence Socrates-Leonardo da Vinci