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FICHIER F |
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Kr. Nyrop Grammaire historique de la Langue française Tome deuxième. Deuxième édition revue, Copenhague Gyldenskale Boghandel Nordisk Forlag 1960 § 437 p. 317 : "Le développement social demande impérieusement tous les jours de nouveaux féminins, mais on est encore loin d'avoir satisfait à toutes les demandes, et l'hésitation des auteurs et des grammairiens est toujours grande. Il y en a qui gardent le masculin, il y en a d'autres qui lancent hardiment de nouveaux féminins.". Nyrop s'interrompt alors pour citer ce qu'il croit être l'opinion de Remy de Gourmont, favorable à l'évolution puis reprend "Le développement actuel de la langue semble vouloir remplir le voeu de M. Remy de Gourmont. On rencontre en effet à tout moment de nouveaux féminins, dont les uns ne manqueront pas de s'imposer, tandis que les autres ne jouiront probablement que d'une vie éphémère." |
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La citation donnée par Nyrop comme étant de Remy de Gourmont est en réalité un passage cité par ce dernier dans Le Problème du Style Paris 1907, à la section XIII de son chapitre "La Langue française et les grammairiens", consacré à l'étude de la Circulaire grammaticale du 31 juillet 1900. "C'est sans doute après avoir lu : "dans la locution se faire fort de, on tolérera l'accord de l'adjectif : se faire fort, forts, forte, fortes," que Mme Hubertine Auclert adressa aux journaux un billet ainsi conçu : "La féminisation des mots de notre langue importe plus au féminisme que la réforme de l'orthographe. Actuellement, pour exprimer les qualités que quelques droits conquis donnent à la femme il n'y a pas de mots. On ne sait si l'on doit dire : une témoin, une électeure ou une électrice consulaire, une avocat ou une avocate. L'absence du féminin dans le dictionnaire a pour résultat l'absence dans le Code, des droits féminins. Voudriez-vous monsieur et cher confrère, m'aider à déterminer une élite d'hommes et de femmes à constituer une assemblée qui féminiserait la langue française ?" Rien de plus intéressant que l'expression spontanée d'un sentiment fougueux, mais la question que soulève cette dame relève plutôt de la critique que du sentiment. Il y a des circonstances où il vaut mieux consulter le dictionnaire que son coeur. Qui ne sait, en dehors des femmes féministes, qu'électrice figure dans la langue depuis des siècles et sous la caution même de Saint-Simon ? Qui n'a entendu parler de l'électrice de Brandebourg ? Avocate est d'un français encore plus authentique, c'est-à-dire plus ancien, et il y a bien longtemps que l'on appela pour la première fois la sainte Vierge "l'avocate des pécheurs". Quant à une témoin, non c'est impossible. Mais le sexe du mot a-t-il cette rigueur ? Les sentinelles ne sont-elles pas des hommes ? Je veux bien que des femmes soient médecins ; voudraient-elles, par hasard, être médecines ? Les mots qui n'ont pas de féminin, c'est que leur féminisation était inutile. Quand il en sera besoin, les féminins se formeront tout seuls, sans qu'il soit besoin de réunir "une élite d'hommes et de femmes". Et d'ailleurs les élites, cela ne forme trop souvent, au total, qu'un cerveau assez insignifiant. L'instinct a sur la langue plus de droits que l'intelligence.". Le même Gourmont, dans son Esthétique de la langue française, republiée en 1950 au Mercure de France, avec une préface de R.-L. Wagner, traite des féminins, cette fois à l'occasion de la question des mots d'emprunt : "Un journal discourait naguère sur authoresse, et, le proscrivant avec raison, le voulait exprimer par auteur. Pourquoi cette réserve, cette peur d'user des forces linguistiques ? Nous avons fait actrice, cantatrice, bienfaitrice, et nous reculons devant autrice, et nous allons chercher le même mot latin grossièrement anglicisé et orné, comme d'un anneau dans le nez, d'un grotesque th. Autant avouer que nous ne savons plus nous servir de notre langue et qu'à force d'apprendre celles des autres peuples nous avons laissé la nôtre vieillir et se dessécher. Cet aveu ne nous coûte rien : nous avons permis à l'industrie, au commerce, à la politique, à la marine, à toutes les activités nouvelles ou renouvelées en ce siècle, d'adopter un vocabulaire où l'anglais, s'il ne domine pas encore, tend à prendre au moins la moitié de la place." |
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