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FICHIER E |
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J. Damourette et E. Pichon Des Mots à la Pensée. Essai de grammaire de la Langue française Tome I 1911-1927, Editions d'Artrey (§ 277 p. 320-1) : "La facilité avec laquelle le français, soit par le procédé flexionnel, soit par le procédé suffixal, sait former des féminins différents devrait vraiment détourner les femmes adoptant des professions jusqu'à ces derniers temps exclusivement masculines de ridiculiser leurs efforts méritoires par des dénominations masculines écoeurantes et grotesques, aussi attentatoires au génie de la langue qu'aux instincts les plus élémentaires de l'humanité. N'y en a-t-il pas qui s'intitulent sur leurs cartes de visite : "Maître Gisèle Martin, avocat", et d'autres qui se font adresser leur correspondance au nom de Mademoiselle le Docteur Louise Renaudier ? Le bon sens populaire a jusqu'ici résisté à cette extraordinaire entreprise ; on dit couramment une avocate, une doctoresse, mais il est à craindre que la ténacité des intéressées n'emporte le morceau, et que cet usage ne finisse par s'introniser dans la langue française. Une plus juste conception de leur véritable place et de leurs légitimes aspirations, en même temps que le respect de leur langue maternelle, devrait au contraire leur conseiller de renoncer au préjugé bizarre en vertu duquel beaucoup d'entre elles croient recevoir une marque de mépris quand on leur donne un titre à forme féminine. A moins que leur féminisme ne soit une conception contre nature et la négation non de l'inégalité mais de la différence des sexes, cette prétention barbare va contre leur but même. Ne se rendent-elles pas compte que, bien au contraire, au point de vue social même, elles ne font, en laissant obstinément à leur titre sa forme masculine auprès de leur nom féminin et de leur appellation féminine de Madame ou de Mademoiselle, que se proclamer elles-mêmes des monstruosités, et que, dans une société où il deviendra normal de les voir exercer des métiers d'avocat, de médecin, d'écrivain, il sera naturel qu'il y ait pour les femmes se livrant à ses métiers des dénominations féminines comme il y en a pour les brodeuses ou les cigarières. Nous avons par exemple maintenant des femmes qui jouent le rôle de plantons dans les administrations militaires, et c'est très légitimement qu'on dit, ainsi que nous l'avons entendu : "Au bas de l'escalier vous trouverez des plantonnes"(M. DZ, le 2 novembre 1926)." |
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