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FICHIER D |
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Marina Yaguello, dans un article, "L'élargissement du capitaine Prieur", paru dans Contrastes Revue de linguistique contrastive oct. 1989, p. 73-77, mentionne la difficulté éprouvée par les journalistes qui évoquèrent en 1988 les suites de l'affaire Greenpeace à rendre compte à la fois dans une même phrase de deux données : "madame Prieur est capitaine dans l'armée française" et "elle est enceinte". Cet agent secret de l'armée française avec le grade de capitaine, arrêtée pour espionnage par les autorités néo-zélandaises avait en effet été libérée parce qu'elle était enceinte. Le communiqué du Premier Ministre disait ceci : "Le capitaine Prieur est actuellement enceinte et l'accord prévoyait que dans ces circonstances, elle pouvait être rapatriée à Paris.". Or, compte tenu de l'impossibilité d'utiliser en langue naturelle une telle formule, tous les journaux ont développé des stratégies d'évitement et de contournement afin de ne pas la reproduire. Le Canard enchaîné parle ainsi de "la capitaine Prieur" et, plus loin précise " "le" capitaine Prieur est effectivement enceinte", avec des guillemets pour le déterminant, afin d'en souligner, sinon l'impropriété, du moins la parfaite incongruité. M. Yaguello mentionne les deux règles qui régissent le fonctionnement des formes dans de tels exemples. Lorsqu'un nom d'agent masculin désigne une femme l'accord avec un adjectif ou un participe est un accord grammatical strict qui ne peut se faire qu'au masculin : *le capitaine est enceinte et *le ministre est satisfaite sont impossibles. En revanche la reprise par un pronom personnel féminin, qui constitue un accord sémantique, est possible, à condition de ne pas se faire dans la même phrase : "le capitaine" et "elle" doivent être séparés par une frontière de phrase : Notre professeur est une dame. Elle est enceinte. Ajoutons qu'on constate sur ce point une différence de fonctionnement entre un nom qui est un vrai générique et qui autorise : une vedette comme lui gagne des millions et les noms masculins de professions ou fonctions qui interdisent de telles reprises : *un capitaine comme elle devrait bientôt prendre du galon. Il est vrai que dans la langue courante on entendra : un professeur comme elle, on n'en voit pas beaucoup ou vous avez un professeur très compréhensive. |
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