Que nous apprend l'histoire de la langue ?

   
 

La première constatation qui s'impose est qu'il existe dans l'histoire de la langue un mouvement constant et multi-séculaire en faveur de la formation de féminins pour désigner des professions exercées par des femmes.

[N.B. Du côté des hommes qui se mettent à exercer des métiers de femmes, on ne peut faire figurer que le cas de sage-femme, pour qui l'Académie a proposé maïeuticien, terme trop pédant par son hellénisme de mauvais aloi, alors que des formes comme assistant-obstétricien ou accoucheur auraient parfaitement convenu.]

Et il n'y a aucune raison pour arrêter arbitrairement le cours d'une telle évolution. La langue n'a jamais cessé de créer de telles formes féminines : "il y a une tendance permanente, et assez forte, à faire disparaître le désaccord qui, grâce au développement phonétique et sémantique peut se produire [...] entre le genre et le sexe naturel." (Kristoffer Nyrop Grammaire historique de la Langue française Tome troisième Formation des mots. Deuxième éd. revue, Copenhague Gyldenskale Boghandel Nordisk Forlag 1936 p. 350). Tout nom de métier est aussi un titre, une fonction, et si celle-ci tend à être exercée par une femme, il est constant que le nom en cause tende à prendre une marque de féminin : factrice (déjà chez Balzac avec un sens différent) date de la guerre de 14, quand les femmes entrent à la Poste, et figure dans la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie ; doctoresse, qui est du XIXe siècle au sens de "femme médecin", se trouve dans la neuvième et dernière édition du même dictionnaire, avec la mention (discutable) "peu usité" ; avocate était proscrit à la fin du siècle dernier et personne de nos jours n'y trouve plus à redire ; pharmacienne, un temps abominable, est enregistré par l'Académie en 1932. On ne voit pas de raison pour que prenne fin ce mouvement. C'est d'ailleurs la position adoptée par tous les linguistes qui abordent la question. Qu'il s'agisse d'auteurs progressistes (J. Damourette & E. Pichon) [FICHIER E], d'un esthète de la langue (Remy de Gourmont) [FICHIER F.2] ou d'un historien de la grammaire (Kr. Nyrop) [FICHIER F.1].

La langue ancienne montre ainsi que nombre de formes féminines pour des mots masculins ont été à un moment ou à un autre produites par des auteurs consacrés, même si elles n'ont pas été retenues. [FICHIER G]

   


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