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Genre et sexe coïncident-ils en français ? |
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Il faut d'emblée écarter de la discussion les noms d'inanimés où la répartition des genres est héritée et largement arbitraire, fruit de l'étymologie et de l'histoire. Cette donnée aléatoire est d'ailleurs souvent bien mal maîtrisée par les locuteurs natifs. Qui n'a jamais hésité sur le genre de mots comme amiante, haltère, tentacule, alvéole, imposte, élytre, abaque (masculins) ou acné, disparate, réglisse (féminins) ? |
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Le recoupement entre genre et sexe et ses moyens d'expression |
C'est pour les animés que les relations entre la catégorie linguistique du genre et la division naturelle du sexe, tout en étant étroites, sont néanmoins complexes, car l'homologie est loin d'être totale. Pour les êtres humains on peut cependant poser en règle générale que les individus de sexe masculin sont désignés par des noms masculins et les individus féminins par des noms féminins. Là où la catégorie du genre a un fondement naturel on rencontre donc le plus souvent une opposition du masculin et du féminin qui se manifeste de diverses manières. |
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Lexique |
L'opposition peut être de caractère lexical : masculin et féminin sont représentés par deux mots différents. C'est le cas - pour les êtres humains : homme / femme ; garçon / fille ; jeune homme / jeune fille, etc. - pour les rapports de parenté : mari / femme ; père / mère ; fils / fille ; oncle / tante ; neveu / nièce ; gendre / bru, etc. - pour les animaux domestiques : étalon / jument ; verrat / truie ; taureau / vache ; veau / génisse ; bélier / brebis ; bouc / chèvre ; jars / oie ; coq / poule, etc. - pour le gibier : lièvre / hase ; sanglier / laie ; cerf / biche, etc. |
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Morphologie |
L'opposition peut aussi être de nature morphologique. Masculin et féminin s'opposent alors formellement soit par une flexion, à l'aide d'une consonne finale orale au féminin (chat / chatte) ou par l'alternance de deux consonnes (veuf / veuve), soit par la présence d'un suffixe au féminin (héros / héroïne ; maître / maîtresse), soit encore par deux formes différentes d'un même suffixe (acteur / actrice ; danseur / danseuse). Sont concernés : - les rapports de famille : époux / épouse ; cousin / cousine ; orphelin / orpheline, etc. - les noms de profession : vendeur / vendeuse ; instituteur / institutrice ; marchand / marchande ; poète / poétesse (vieilli), etc. - les noms de titres : prince / princesse ; baron / baronne ; marquis / marquise, etc. [Remarque : On peut leur associer les noms désignant les femmes de ceux qui possèdent des grades militaires ou occupent des fonctions publiques exercées par des hommes : la présidente de Tourvel, la maréchale, la générale, l'amirale, la préfète, la colonelle. Certains de ces noms ont un caractère familier ou plaisant. Comme chez Balzac (cité par J.-C. Chevalier et al. Grammaire Larousse du français contemporain Paris 1964, p. 167) : "la femme d'un gendarme à qui l'on dit madame la mairesse gros comme le bras", ou Proust qui cite sa Françoise utilisant le même terme (Marc Wilmet Grammaire critique du français Hachette Supérieur Duculot 1997, p. 56).] - les noms d'animaux domestiques et sauvages : chien / chienne ; loup / louve ; tigre / tigresse, etc. [N. B. : une opposition de nature lexicologique (A) peut être redoublée par un procédé morphologique (B) : parrain / marraine ; garçonnet / fillette.] |
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Le cas des épicènes |
Si le nom est épicène, c'est-à-dire lorsque son signifiant est identique pour les deux genres, le choix d'un déterminant (article, possessif, démonstratif) ou les faits d'accord de l'adjectif déterminatif permettent d'indiquer le sexe : concierge, adversaire, libraire, artiste, copiste, esclave, garde, novice, pupille, parricide, collègue, complice, convive, patriote, philosophe, locataire, propriétaire, archéologue, archiviste, pianiste, touriste, secrétaire, cinéaste, aide, etc. Dans ce cas l'opposition ne peut être que de nature syntaxique : un / une enfant de quatre ans ; mon élève était attentif /-ve et consciencieux /-se. |
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L'emploi de morphèmes pour classifier |
Lorsque l'opposition n'est exprimable ni par la flexion ni par le lexique, on peut vouloir marquer expréssément le genre naturel d'un substantif. On recourt alors à un autre terme qui joue le rôle d'un morphème classificateur et introduit la différence spécifique souhaitée : - pour les noms d'animaux, on fait suivre le substantif de l'épithète mâle ou femelle (en anglais on utiliserait he / she : a she goat) : un moustique mâle ne pique pas. - pour le gibier à plume, on utilise coq ou poule : une poule perdrix ; un coq faisan. - pour les poissons, on fait suivre de laité ou oeuvé : une carpe laitée / oeuvée. - pour les noms de professions et de qualités qui n'existent qu'au masculin : professeur, témoin, amateur, si l'on tient à préciser qu'il s'agit d'une femme, on a le choix entre deux constructions : soit on fait suivre le substantif en cause de femme ou dame : un professeur femme (on opérerait de même pour préciser le sexe masculin : dans ce lycée il y a un professeur homme pour cinq femmes), des élèves filles. Soit on construit le terme de profession comme épithète de femme : une femme professeur ; un femme sculpteur ; une femme auteur. Une telle périphrase, lourde et peu économique du point de vue de l'expression; reste exceptionnelle. Dans tous les exemples qui précèdent la langue dispose donc de moyens formels pour marquer une opposition de genre liée à un référent qui manifeste lui-même une différence de sexe. Mais il existe aussi plusieurs cas où la disparité est sensible. |
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