Qu'est-ce que le genre du point de vue de la linguistique ?

Une définition du genre

Le genre est une catégorie grammaticale qui sert à signaler, par le phénomène de l'accord, des relations sémantico-syntaxiques ; elle assure la cohésion syntaxique du groupe nominal et facilite la coréférence. La catégorie du genre repose sur la division des noms en classes, dites classes nominales. Comme elles ont des effets sur le comportement d'autres mots associés à ces noms, elles sont identifiables formellement par divers phénomènes : les faits de référence pronominale, l'accord de l'adjectif ou du verbe, la présence d'affixes nominaux (préfixes, suffixes ou désinences). Pour parler de genres à propos d'une langue, il faut qu'au moins l'un de ces critères soit rempli - en français il le sont tous (reprise par il/elle, accord de l'adjectif, marque de genre à la finale). Il faut aussi que la répartition soit exhaustive (que tout nom appartienne à l'une des classes), ou, sinon, que l'intersection soit très limitée (que très peu de mots puissent appartenir à plus d'une classe). Si l'on parcourt la diversité des langues de ce point de vue, plusieurs constatations s'imposent.

D'abord certaines langues n'ont pas de genres. Ainsi le chinois, au sens où la seule possibilité de classer les noms consisterait à retenir la mesure [l'équivalent des termes français : dix têtes de bétail, trois morceaux de sucre, dix feuilles de papier] utilisée pour compter les entités désignées par ces noms. Or il y en a des centaines et beaucoup de noms peuvent être utilisés avec deux ou plusieurs termes de mesures différents.

Ensuite, là où il existe de manière évidente un système du genre, leur nombre peut aller de deux à vingt ou même trente. Enfin, s'il y a toujours un fondement sémantique et naturel à une telle répartition - ce peut être le sexe, mais aussi la forme, la texture ou la couleur -, celle-ci comporte aussi toujours une part d'arbitraire.

Des langues à deux genres

En espagnol, portugais, français, italien, où il y a deux genres (M et F), il est clair que, globalement, les noms qui renvoient à des mâles sont masculins et féminins ceux qui réfèrent à des femmes, mais le genre de tous les autres noms est arbitraire.

Dan une langue algonquine, l'ojibwa, à deux genres, le principe de répartition est différent : les deux catégories en cause sont l'animé et l'inanimé. Le premier inclut personnes, animaux, esprits et arbres, mais aussi des noms désignant une histoire sacrée, les étoiles, la pipe. Il y a donc une part d'arbitraire : la majeure partie des choses vivantes relève de l'animé, mais on y trouve aussi des objets, sans doute parce que la vision du monde des Ojibwa les conçoit alors comme sources ou emblèmes d'un pouvoir.

Dans une langue dravidienne, le kollami, à deux genres elle aussi, les noms dénotant des humains mâles sont masculins et tous les autres forment le genre non masculin. La situation est inversée en diyari, langue du sud de l'Australie, qui a un genre pour les noms avec un référent femelle (femme, fille, kangourou femelle) et un autre pour le reste des noms. En fijien, les noms de personnes et de lieux spécifiques s'opposent cette fois aux noms communs.

Trois genres et plus

L'allemand a trois genres, masculin, féminin et neutre. Les noms qui se réfèrent exclusivement à des femmes ne sont jamais de genre masculin, tout comme ceux qui se réfèrent exclusivement à des mâles ne sont jamais de genre féminin. Dans la langue sepik de Nouvelle-Guinée le genre masculin inclut les noms qui dénotent des mâles et des choses fines et longues comme les crocodiles, les serpents et les flèches, tandis que les féminins dénotent les femelles et les objets courts et ramassés comme tortues, grenouilles et chaises.

En diyirbal, langue aborigène d'Australie (North Queensland) on trouve 4 genres : (a) pour les humains mâles et les animés non humains ; (b) pour les humains femelles ; (c) pour la nourriture autre que la viande ; (d) pour tout le reste. La mythologie, qui fait par exemple de la lune l'époux du soleil, entraîne l'emploi du masculin (a) pour la lune et du féminin (b) pour le soleil.

En swahili les noms sont classés en genre selon les préfixes de singulier et de pluriel qui leur sont attachés. Avec cinq préfixes de singulier et cinq de pluriel, les combinaisons donnent six classes ou genres :

I m / wa : mtu personne / watu gens (noms dénotant des êtres humains)

II ki / vi : : kisu couteau / visu couteaux (objets non animés)

III m / mi : mti arbre / miti arbres (arbres et plantes)

IV n / n : nchi pays / nchi pays (abstraits)

V ji / ma : jiwe pierre / mawe pierres (objets appartenant à des groupes)

VI u /n : udevu poil de barbe / ndevu barbe (parties du corps)

Le genre détermine le choix de la forme du singulier et du pluriel d'un nom donné, mais aussi du verbe (qui comporte un préfixe de sujet et d'objet déterminé par le genre du nom auquel il renvoie), de l'adjectif et des modificateurs (à l'intérieur du même syntagme nominal) ; il y a aussi accord en genre entre le sujet et le prédicat.

Les fondements naturels d'une répartition

Ce parcours rapide livre quelques enseignements. Le genre grammatical, quand il existe, a toujours un fondement naturel. Parmi les principes de catégorisation qui fondent les distinctions, on rencontre aussi bien humain / non humain ou animé / inanimé que la séparation des sexes. La différence des genres n'est donc pas nécessairement liée à l'opposition mâle / femelle.

Quand la polarité sexuelle est au fondement de la distinction des genres grammaticaux, on constate que l'affectation à l'un ou l'autre genre est arbitraire pour un grand nombre de mots où le genre n'est pas motivé - pourquoi une frégate et un brick, une armoire et un écritoire, le choléra mais la malaria ? - mais aussi qu'il existe une tendance forte au recoupement lorsque les noms désignent des êtres animés sexués.

C'est la situation où se trouve la langue française.

   


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