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Un document authentique pour aborder :
les marques d'intensité
Petit lexique :
mégalithe mégacôlon mégathérium verlanisation apocope
Faits de société :
le langage branché |
Méga est traditionnellement un premier élément
de composé d'origine grecque (de l'adjectif megas, « grand »)
qui a servi à partir du XIXe siècle à former un petit
nombre de termes scientifiques comme mégalithe, mégacôlon
ou mégathérium. Depuis le milieu du XXe siècle cet élément
est aussi devenu un préfixe indiquant la multiplication par un million de
l'unité dont le nom suit : mégacycle, mégahertz,
mégawatt, mégajoule; la puissance d'une bombe H de
vingt mégatonnes équivaut ainsi à vingt millions de
tonnes de T.N.T. Il est en revanche relativement nouveau et inédit de
rencontrer, comme c'est le cas ici, méga- relié à
un nom commun dépourvu de contenu scientifique, pour désigner en
l'espèce « une fusion de très grande ampleur ». Pour
expliquer cet emploi récent, il faut invoquer deux phénomènes
aux effets convergents qui l'ont rendu possible depuis les années
soixante-dix.
D'une part, au sein du vocabulaire technique et scientifique, il est un
domaine, l'informatique, qui a acquis une importance majeure bien au-delà
des spécialistes de la discipline. De plus en plus de locuteurs français
sont aujourd'hui usagers d'un ordinateur et familiers de termes comme
mégabit et méga-octet qui servent à définir
la puissance de leur machine : tout un chacun ou presque parle communément
d'une capacité de cent mégas (cent millions d'octets ou
plus exactement pour les spécialistes 220 : l'unité de rang supérieur,
équivalant au milliard étant giga). Le terme méga
s'est donc trouve banalisé avec la pénétration de
l'informatique dans la vie quotidienne et a acquis une présence forte et
une fréquence qu'il n'avait jamais eu auparavant dans aucun de ses
emplois comme premier élément de composé. D'autre part le
terme existe aussi dans un autre registre, celui de l'argot scolaire, en
particulier des élèves de classes préparatoires aux grandes
écoles scientifiques et à partir d'eux dans la langue des jeunes,
mais, me semble-t-il, seulement de ceux qui sont un peu frottés de
sciences dures. A partir de l'emploi technique cité plus haut et d'une
vague référence au grec, - laquelle est encore plus nette dans les
composés en mégalo- (doublet grec de megas) - ces
jeunes recourent au préfixe méga- pour intensifier de manière
plaisante un nom : j'ai eu une méga note, une méga
trouille, une méga envie ; c'était une méga
teuf [fête > fê-teu > teu-fé (par verlanisation) >
teuf (par apocope)]. De cet emploi dans la langue des jeunes la forme est passée
dans la langue branchée et de là dans la publicité. Un
village de Normandie, l'été dernier, annonçait ainsi par
voie d'affiches une « Méga foire à tout ».
A la croisée de ces deux types d'emplois, scientifique et parodique,
mais dorénavant affranchi de cet enracinement originel, méga
est donc entré, depuis vingt ans environ, dans la langue moderne, comme
préfixe à valeur intensive . Sa présence à la une du
journal Le Monde signale sa diffusion dans un registre qui n'est plus
seulement celui de la langue dite branchée. Sa diffusion est à
relier à la prolifération récente d'autres éléments
de formation du même type, comme hyper-, giga-, hypra. Leur succès,
jamais très durable, tient au besoin de remplacer sans cesse des marques
d'intensité qui par définition sont condamnées à
s'user rapidement.
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