C'est en ces termes que se conclut la proposition d'une marque de console de jeux qui vend l'un de ses produits à 999 francs. Beaucoup de magasins affichent en effet des prix inférieurs à un certain montant afin de ne pas tomber dans la série des nombres comportant un chiffre de plus. On parle dans ce cas de « prix psychologiques » ou de « prix Tati », en référence à un grand magasin à très bon marché qui use de cet artifice.





Un document authentique pour aborder :

les datifs


Petit lexique :

datif
bénéfactif
un bide
carabiné
... des familles
faire des siennes
tarte
valence
empathie
être bleu
 

Faits de société :

l'individualisme

Pourquoi tu te les gardes au lieu de tu les gardes, puisqu'il ne s'agit pas d'un emploi pronominal réfléchi du verbe garder ? L'addition du pronom te, qui n'est pas ici objet direct, mais secondaire (te = pour toi), est facultative, redondante et expressive, propre à certains parlers régionaux ou familiers. On peut aussi bien dire ce truc là, je le garde que je me le garde ; ton rhume, tu (te) le gardes ; son cadeau, il peut (se) le garder. D'autres emplois seraient : je vais me le fumer plus tard, ton cigare, ou il s'est mangé un morceau énorme.
L'emploi examiné ne relève évidemment pas du datif représentant un complément prévu par la valence du verbe à titre de troisième actant (du type : X donne Y à Z). Il se rapproche au contraire d'autres datifs qui ont en commun d'être optionnels, non exigés, voire exclus, par la structure valentielle du verbe. Il existe en effet des datifs, dits éthiques, qui ont pour fonction d'exprimer l'intérêt que l'allocuteur, pris à témoin, est supposé prendre à l'action évoquée, et qui constituent, de la part de l'énonciateur, à l'adresse du destinataire, une invitation à s'investir dans ce qui fait l'objet du discours : Alors il te lui file un de ces coups de matraque ; Je vais te lui dire ce que je pense, à cet imbécile ; Je te lui ai flanqué une tarte aussi sec.C'est ce que Henri Frei appelle le « mode l'interlocuteur intéressé » (La grammaire des fautes. Paris / Genève [1929], Slatkine Reprints, 1982), avec des exemples comme : J'te lui ai dit la chose, qu'il en était bleu, ou Ça vous a un de ces fumets !(246).
Ces emplois, limités au pronom de deuxième personne, sont cependant à distinguer d'un autre datif, celui qui évoque la personne indirectement intéressée par le processus dénoté par le verbe et ses actants, datif qu'on étiquetait naguère complément d'intérêt. Quand une mère déclare : Le petit m'a encore attrapé une rhino-pharyngite carabinée », elle sait bien que l'enfant ne lui a pas attrapé une maladie, comme il lui aurait attrapé un papillon, mais elle entend mettre en avant les conséquences que cette maladie va avoir pour elle. De telles phrases sont souvent exclamatives : Va me ranger ta chambre tout de suite ! ; Goûtez-moi un peu ce petit bordeaux des familles ! ; Frei cite Prends-moi çte brique et fous lui zy sur la gueule !(246). Dans un registre plus relevé, Proust note que le médecin Cottard dit à Madame Verdurin : « Bouleversez-vous comme ça et vous me ferez demain 39 de fièvre », comme il aurait dit à la cuisinière « Vous me ferez demain du ris de veau » (A la recherche du temps perdu, Pléiade II 900, cité par Marc Wilmet Grammaire critique du français, Duculot, Louvain 1997, 274).
Cette personne qui s'investit dans un processus dont elle juge qu'il la concerne, est, comme le montrent les exemples, au premier chef, le locuteur, en tant qu'il est le plus apte à apprécier une implication indirecte le visant, mais ce peut aussi être un tiers absent ou bien encore le destinataire, dès lors que le locuteur, comme par empathie, se substitue à lui en anticipant l'intérêt qu'il doit prendre à une action : Alors comme ça, il vous a encore fait des siennes ? ; Elle lui a cochonné sa nappe / bousillé sa bagnole. Dans tous les cas la personne impliquée est différente de l'actant sujet.
Malgré cette différence notable, le datif de tu te les gardes doit pourtant être tenu pour un cas particulier du datif d'intérêt - celui de l'implication secondaire, indirecte, purement subjective et donc optionnelle - même s'il s'en distingue en ce qu'il reprend un actant déjà mentionné comme sujet. Le locuteur entend souligner que l'agent de l'action dénotée en sera aussi le premier bénéficiaire.
Cet emploi qu'on peut dire bénéfactif, s'inscrit, tout comme celui des autres datifs, dans la tendance du français vivant à multiplier autour du verbe les marques de sa relation avec tous les acteurs de l'échange : les pronoms se groupent près du verbe, ils dressent la liste des différents actants impliqués, puis ceux-ci, souvent grâce à la dislocation, sont ensuite pleinement explicités et thématisés. Datif éthique et complément d'intérêt entrent alors parfois en conjonction : je vais te me le ficher à la porte, moi, cet imbécile-là. Cela fait beau temps qu'un grand linguiste, Joseph Vendryes, ami et élève d'Antoine Meillet, dans Le langage. Introduction linguistique à l'histoire Paris Albin Michel [1923] 1968 avait observé cette propension du français populaire à ressembler sur ce point aux verbes des langues amérindiennes.
Pour le cas précis qui nous a retenu, on peut observer que ce besoin de redoubler, auprès d'un verbe qui ne l'exige pas, la mention de l'individu bénéficiaire d'une action, alors qu'il en est déjà l'agent, est très fréquent dans la langue branchée (cf. je me suis pris un bide) et l'on sera tenté d'évoquer aussi, pour expliquer son succès, l'individualisme galopant des années quatre-vingt (La Linguistique vol. 26 fasc. 1/1990, 66).


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