Formule-choc figurant sur une affichette apposée dans le métro parisien pour signaler l'existence d'un salon de la voiture d'occasion, avec
« des occasions à prix canon »
(sic). Il est exceptionnel de trouver l'adverbe super en fonction d'adjectif avec une marque graphique de pluriel, même si, à l'oral il devient fréquent d'entendre
« ils sont devenus des super-z-amis »
,
« j'ai fait des super-z-achats aujourd'hui »
. L'intégration de la forme super dans la classe des adjectifs est ici incontestable puisqu'à l'écrit comme à l'oral elle en suit désormais les règles d'accord.





Un document authentique pour aborder :

l'adjectivation

l'intensif


la position de l'adjectif


Petit lexique :

prototypique
inhérent
un prix canon
 

Faits de société :

prototypes et modèles

L'élément super figure dans de nombreux mots français du vocabulaire commun issus du latin : superficie, supercherie, superflu qui perpétuent le préfixe latin super, « sur, au-dessus », auparavant adverbe et préposition.
En ancien et moyen français, où il entre en composition avec noms ou adjectifs, super a une valeur intensive et augmentative qui remonte aussi au latin (superabondance, superintendant, superillustre) - formation qui régressera ensuite au profit de sur (surintendant, surabondance). A la fin du XIXe siècle et autour de la première guerre mondiale, le préfixe se remet à fleurir dans la langue parlée ; on trouve, dans le roman et au théâtre, superfemme, superconfort, superpaquebot. Ensuite, la langue de l'aviation et du cinéma, industries alors dominées par les Américains, en fait un grand usage, en décalquant en français l'emploi de super en anglais. Puis, dans les années cinquante, et toujours sous l'influence de l'anglais, ce développement s'accélère (superbombe, superfusée, superspoutnik, superfilm, superproduction), pour toucher aussi le vocabulaire politique et sportif ; on parle désormais d'un super-préfet, des deux super-Grands, d'une superpuissance, d'un superchampion, d'un superpétrolier (Louis Guilbert, Jean Dubois, « Formation du système préfixal intensif en français moderne et contemporain », Le Français moderne 1961 T. 29, 87-111). La langue de la publicité se met à multiplier ces formations : une super cuisine / lessive / cocotte, et l'étend aux adjectifs d'évaluation positive, super y a valeur d'adverbe au sens de « très, extrêmement » : super moderne, super souple, super étanche, super automatique, et signifie « qui a à l'extrême une propriété » : une crème super hydratante, un lait super vitaminé.
Mais c'est dans un registre familier, et d'abord dans la langue des jeunes, qu'il faut chercher l'origine de nos supers occasions. Les années quatre-vingt voient en effet proliférer l'emploi adverbial avec un adjectif : super sympa / drôle / gentil / cool / content, ou avec l'adverbe : « j'étais super bien ». A partir de ces emplois, super a fini par s'employer absolument pour parler d'un animé : « il est super ce bébé, il ne pleure jamais » comme d'un inanimé : « c'est un film super », « j'ai vu plein d'endroits super pour déjeuner ». Ou, avec antéposition de ce qui fonctionne désormais comme un adjectif, « on a vu un super film », « il a épousé une super nana », « j'ai un super patron », « c'était une super soirée ». Rien d'étonnant, dès lors, qu'avec les noms à initiale vocalique une marque de pluriel soit audible à l'oral « je me suis acheté des super-z-outils ».
En dépit des apparences il y a pourtant une différence sensible de signification entre le super préfet des années 60 et un super patron des années 90. Dans l'emploi traditionnel, superpétrolier ou supermarché sont lexicalisés, super n'y est pas autonome, il intensifie une qualité inhérente au contenu notionnel du nom : avec super, un ensemble de traits sémantiques objectivement reconnus - ou un seul, mais très caractéristique de ce que désigne la base - sont portés à un degré supérieur. Un superpétrolier a des cuves plus vastes qu'un pétrolier classique, un super préfet a des pouvoirs plus étendus que ses collègues de la préfectorale, un supermarché multiplie par dix la superficie d'un marché couvert traditionnel, etc. La réalité ainsi désignée finit par être de nature différente de celle que la base exprimait.
Pour un super patron, au contraire, ce patron n'est super que par une qualité qui lui est affectée de manière strictement subjective par l'énonciateur et qui n'est nullement impliquée par le contenu sémantique dont ce nom est porteur. Un super patron n'est pas le PDG d'une multi nationale aux pouvoirs démesurés - ce qui aurait été son sens si le mot était apparu dans les années soixante - c'est plutôt un patron compréhensif si on arrive en retard, qui offre des fleurs à ses secrétaires, généreux, affable, etc. Bref, un patron qu'on dirait aussi, selon le cas, super sympa, super gentil, ou super compétent. L'important est que la qualité ainsi déclarée superlative ne soit pas inhérente à la notion de « patron », mais seulement celle qui importe à celui qui se prononce sur un patron particulier, qualité tellement évidente pour le locuteur, et supposée telle aussi pour son interlocuteur, qu'on peut s'abstenir de la formuler explicitement. La qualité tacitement visée est donc construite de manière intersubjective : dès qu'un locuteur évoque un contenu notionnel au moyen d'un nom, son interlocuteur va aussi dégager comme prototypique la qualité qu'il pense valorisée par l'énonciateur d'après une représentation de sa personnalité. Cette qualité, ainsi portée in absentia au plus haut degré, a presque toujours un contenu fortement affectif.
Super est donc de ces mots qui créent un univers de valeurs communes d'autant plus faciles à partager qu'on les laisse implicites.


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