Puisqu'une marque d'eau minérale s'affiche ainsi comme le partenaire d'une jolie femme afin de l'aider à rester mince, l'occasion nous est fournie d'examiner un des mécanismes les plus vivaces en français actuel pour qualifier un substantif, à savoir au moyen d'un autre substantif.





Un document authentique pour aborder :

la qualification

la détermination


Petit lexique :

ellipse 

Faits de société :

publicité et français actuel

Le partenaire évoqué ici n'est pas sexuel, âgé, galant, décevant, etc. Sa caractérisation s'effectue à l'aide d'un autre substantif par une construction directe, sans article.
Certes la structure n'est pas originale, en apparence tout au moins, puisqu'il est depuis longtemps possible d'identifier une entité en la spécifiant par un nom propre, depuis l'Hôtel Dieu jusqu'à la tour Eiffel et la place Clichy. La nouveauté est ailleurs.
D'abord, dans partenaire minceur, il ne s'agit pas d'une apposition comme dans le prince président où les deux noms sont dans un rapport d'identité. Le second nom n'est pas davantage un attribut possible du premier, comme dans un roman fleuve qui autorise «le roman est un fleuve». De même, dans wagon restaurant, homme serpent ou bateau école, les deux noms ont le même référent : «un X est un bateau et aussi une école», etc. Ce n'est pas le cas ici.
Partenaire minceur est un composé où la première notion a un domaine de validité particulier grâce aux traits spécifiques fournis par la seconde. Il se rapproche donc de la série de ces composés de forme substantif+substantif, pour lesquels le rapport entre les deux entités peut être rétabli par une préposition : une tarte maison n'est jamais qu'une tarte DE la maison , une crème caramel, une crème AU caramel, un espace jeunes, un espace POUR jeunes. Mais, par rapport à eux, l'originalité de partenaire minceur, et d'autres composés, tient à ce que le rapport - le plus souvent de finalité - qu'entretiennent les deux éléments se laisse mal réduire à un simple mot-outil. Quand on cherche à développer ce rapport, on doit faire intervenir une relation sémantique supplémentaire à l'aide d'un verbe. Une pause café est «une pause pour boire un café»; le secret défense, «un secret pour protéger la défense (nationale)»; un timbre poste, «un timbre pour payer les droits de poste»; l'impôt sécheresse est celui qui «compense les pertes de la sécheresse», etc.. Et le rapport n'est pas toujours de destination : un bébé éprouvette est «conçu in vitro». De même un développement serait nécessaire pour rendre explicites opération mains propres ou journée portes ouvertes.
Il est donc ici question d'un partenaire qui permet de conserver (ou d'arriver à) la minceur.
Le succès de cette structure n'a rien à voir avec une influence anglo-saxonne. On recourt à l'ellipse là où l'on souhaite suggérer l'existence d'un surcroît de sens, quand on veut donner à penser que la complexité de la relation entre les deux termes est telle qu'une simple préposition échouerait à l'exprimer. Parler de la génération SIDA fait entendre plus que la génération du SIDA : quelque chose comme «la génération qui n'a connu que le SIDA», «celle qui s'est habituée à vivre avec la maladie».
Il n'est pas étonnant que ce type de formation, qui relève plus du langage du discours que du lexique, fleurisse sous la plume des journalistes et dans les productions publicitaires. Il est rare qu'il leur soit aussi facile de concilier deux impératifs contradictoires : avec une remarquable économie de moyens l'ellipse parvient en effet à donner l'illusion de la profondeur tout en servant la cause de la concision.


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