Il est des cas où, sans innover, en puisant seulement dans un répertoire linguistique élargi, la publicité se trouve mobiliser des ressources lexicales originales par la conjonction de deux traits: le « mot » en cause est bien connu d'une large partie de la population et néanmoins absent des grands dictionnaires généraux (TLF, Grand Robert, GLLF).
Plouf ! Plouf ! est ici suivi d'une sorte de glose : « N'y a-t-il pas une meilleure manière de choisir une marque? » qui facilite son interprétation.



Un document authentique pour aborder :

l'invention lexicale enfantine

les mots-phrases


Petit lexique :

glose 
comptine

Faits de société :

les comptines

Plouf ! Plouf ! Tout Français qui est passé par l'école primaire est capable de dire, sinon ce que veulent dire ces deux interjections, du moins d'expliquer dans quelle situation elles sont proférées. Quand, pour jouer à cache-cache ou à chat, il faut désigner un participant privilégié, celui qui va poursuivre ses camarades ou chercher ceux qui sont cachés, les enfants procèdent de la manière suivante. L'un des joueurs commence par faire un geste de la main par deux fois en direction du sol et dit en même temps Plouf ! Plouf !, puis il pointe, ou touche, successivement chacun des joueurs potentiels en accompagnant chaque esquisse de désignation par une syllabe - prononcée bien détachée - d'une phrase rythmée : Ça/ se/ra/ toi/ qui/ se/ras/ le/ chat, voire d'une suite rimée, mais toujours scandée, qu'on appelle comptine ou formulette : Am stram gram Pic et pic et colégram Bour et bour et ratatam Am stram gram ; Une bague en or c'est toi qui sors, et en argent va-t-en !. Celui sur qui tombe le dernier mot est soit éliminé pour le tour suivant de sélection, soit aussitôt désigné pour remplir la fonction requise par le jeu.
Plouf ! Plouf !est ainsi une exclamation associée à un geste, et l'ensemble ouvre un processus de choix aléatoire. Par extension, comme ici, son seul énoncé suggère une prise de décision qui s'en remet au hasard. Elle n'a rien à voir avec plouf, onomatopée décrivant le choc d'un objet tombant dans un liquide. Elle a sans doute plus de rapport avec pouf, autre interjection, qui s'est employée dans à pouf au sens de « pour rien » (1790, Le Père Duchêne), et (en Belgique) « au hasard, au petit bonheur », en particulier dans taper à pouf «deviner».
Le statut de Plouf ! Plouf ! est en tout cas celui d'un mot-phrase, équivalent d'une phrase entière, ce que L. Tesnière (Eléments de Syntaxe structurale, Paris, Klincksieck, 1988, 94-6). appelle joliment un phrasillon. Mais, par rapport à Chouette ! Euréka ! Merde ! Allô ! ou Amen !, l'originalité de Plouf ! Plouf ! tient à ce qu'il ne peut se passer du geste spécifique l'accompagnant, exactement comme Tchin ! Tchin ! (avec lequel il faut aussi cogner légèrement le verre de celui avec qui on trinque) ou Pouce ! (qui exige un pouce levé).
Plouf ! Plouf !, bien implanté dans la langue des enfants qui en ont dérivé le verbe ploufer, « procéder à un choix à l'aide d'une comptine », est donc une interjection à la fois familière à tous et ignorée par les lexicographes. Son exploitation par la publicité prouve que tous les registres et tous les emplois n'ont pas encore même droit de cité dans la langue qu'officialisent et façonnent ces objets culturels complexes que sont les dictionnaires.


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