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Un document authentique pour aborder :
les locutions nées du couplage de synonymes
allitérés
le déverbal
Petit lexique :
déverbal éponyme
Faits de société :
le tabac |
Deux mots tabac sans lien étymologique
coexistent en français actuel. L'un désigne une plante contenant
de la nicotine et vient, par l'espagnol tabaco, d'une langue
amérindienne, l'arawak. L'autre est, dans la langue populaire et
argotique, un déverbal de tabasser, « accabler de
coups », et date du début du XIXe siècle. Il aurait dû
s'écrire tabas, mais l'homonymie lui a donné un
-c final, ce qui prouve qu'il a toujours été lié
de manière diffuse à son concurrent. Il a donné, vers la
fin du XIXe siècle, passer à tabac, «
battre qq'un qui ne peut pas se défendre, pour le corriger ou le faire
parler ». Par une autre filiation sémantique (bagarre > tapage >
bruit), tabac a aussi pris vers 1900 le sens de «
applaudissement, succès ». D'où l'expression
faire un tabac, attestée depuis les années 70,
d'abord dans les milieux du spectacle, puis dans tous les domaines de la vie
sociale, qui signifie « remporter un grand succès » :Dupont
a présenté son rapport devant ses collègues, il a fait un
tabac. Avec son nouveau tube Johnny va faire un tabac au palais des Sports.
Mentionnons aussi c'est (toujours) le même tabac, «
c'est (toujours) la même chose », locution populaire qui, au gré
des lexicographes, figure soit sous tabac1 (TLF T. XV, 1283),
soit sous tabac2 (J.-P. COLIN, J.-P. MEVEL, Dictionnaire de
l'argot, Paris, 1996, Larousse, 604; A. REY, S. CHANTREAU, Dictionnaire des
Expressions et Locutions, Paris 1990, Le Robert, 863; J. CELLARD, A. REY
Dictionnaire du français non conventionnel, Paris, 1991, Hachette, 784).
Cette dernière hésitation montre que, pour nos contemporains, le
tabac de chacune de ces expressions reste isolé des
autres. Le mot, dépourvu d'une signification commune qui unifierait la
diversité de ses emplois, n'existe jamais en-soi, hors des locutions
idiomatiques spécifiques. L'homonymie entre tabac1 et
tabac2 ne peut dès lors que jouer en faveur du premier,
aux contours sémantiques bien plus nets.
Dans son besoin de fabriquer de l'ambiguïté, comme moyen de
saturer la signification afin de ralentir son décodage et fixer le
message, la publicité profite ici de l'absence de sens de tabac2
pour y investir celui qu'induit l'homonymie avec tabac1.
Au premier niveau la locution faire un tabac conduit à
interpréter la formule comme « la mode inspirée des tenues
portées à Cuba et vendues dans notre magasin remporte un grand
succès ». Mais divers détails visuels associés ne
prennent sens qu'en relation avec tabac2. Les vêtements
de la femme photographiée sont de couleur tabac. En outre, elle adopte
une pose tournoyante qui évoque un mouvement de danse, elle a des boucles
d'oreille et porte une fleur. Autant d'attributs l'assimilant à une
gitane de convention - celle qui est éponyme d'une marque de cigarettes
(Gitanes) - et singulièrement à l'héroïne de Bizet,
Carmen, dont les amours vénéneuses ne doivent pas faire oublier
qu'avant de séduire militaires et toreros elle est cigarière.
Toutes ces associations s'appuient sur celle que suggère aussi Cuba, présent
dans le slogan : l'industrie du cigare, puisque, quand Cuba ne fait pas un
tabac, Cuba fait du tabac. En reliant connotations, associations et références
culturelles, la publicité crée une chimère sémantique
qui réunit des traits disparates produits par l'image, la langue et
l'usage qui en est fait. En proposant consciemment de réinterpréter
un mot vidé de sens et devenu incompréhensible, la publicité
ne fait donc que répéter la démarche de l'étymologie
populaire qui obéit au besoin de redonner du sens à ce qui n'en a
plus.
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