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Autour d'une énorme théière
en forme d'éléphant - c'est le nom de la marque proposant ce
produit - une affiche présente de nouveaux thés parfumés
(citron, coco-vanille, ou caramel). La formule citée figure au bas, en très
grosses lettres, et constitue une injonction ambiguë. |

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Un document authentique pour aborder :
les formes de l'injonction
les palimpsestes verbaux
Petit lexique :
injonction connivence aspectuel inchoatif duratif langue
verte truand sémantique
Faits de société :
la diffusion de l'argot dans la langue commune |
Jouer sur la polysémie des messages est un procédé
fondamental de la publicité pour attirer, puis retenir l'attention
flottante du public pressé. En fabriquant des énoncés
susceptibles de plusieurs interprétations, elle vise à mettre le
spectateur dans un état d'indécision passagère dont il ne
sort qu'au prix d'un effort de compréhension durant lequel le message
s'impose à lui avec plus de force que s'il avait été
transparent. L'intime satisfaction d'avoir surmonté la difficulté
en repérant un double sens suscite aussi chez ce passant un sentiment
accru de connivence avec le contenu du message.
Le sens premier est une injonction. On est invité à se mettre
au parfum comme on le serait à se mettre à
la bière ou au cigare, c'est-à-dire
à « commencer à user d'un produit que l'on n'utilisait pas
jusque-là », mais il est aussi suggéré de «
prendre une nouvelle habitude », de « se lancer dans une activité
de longue durée », comme lorsqu'on se met au régime
ou au japonais. Selon la visée aspectuelle, le sens va
d'un simple inchoatif à un duratif : on entame un processus qui peut
impliquer un engagement à plus long terme, voire une conversion définitive,
si l'on y prend goût.
Un second sens s'impose également à tout lecteur de
l'affiche.
Mettre au parfum y est pris cette fois de manière figurée
et signifie « mettre au courant, informer ». Le sens de mettez-vous
au parfum est alors « soyez au courant, soyez à la mode,
soyez branché ».
Ici il faut faire un peu d'histoire. Dans les années 50 on
rencontrait deux expressions argotiques, être au parfum,
qui avait le sens de « être informé, averti de qq chose »,
et mettre au parfum, qui voulait dire « informer qq'un,
l'affranchir (ce dernier est lui-même argotique) ». Ces deux emplois
relevaient exclusivement de la langue verte, et se trouvaient dans des romans
policiers, ceux d'Albert Simonin par exemple, qui décrivaient le milieu
des truands et des voyous d'alors. Or, du jour au lendemain, et dans des
circonstances précises, l'expression est entrée dans la langue
commune. Elle est tombée dans le domaine public à la fin de 1965,
lors de l'affaire Ben Barka, l'un des individus impliqués ayant déclaré
à la police qu'un haut responsable « était au parfum ».
La formule fut célèbre aussitôt et si son emploi actuel ne
suppose plus la référence au contexte auquel elle doit sa
diffusion, l'utilisation qu'en fait ici la publicité pour enrichir la
charge sémantique d'une formule choc marque sans ambiguïté le
degré de notoriété qu'elle a désormais dans le français
commun.
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