On trouve cette formule dans le métro sur des affiches de 4 mètres sur 3 qui vantent une nouvelle chaîne accessible sur le câble ou par satellite et destinée à de jeunes enfants. Le personnage de monstre grotesque et sympathique qui figure sous cette phrase éclaire son contenu, car il oblige à l'interpréter en un double sens, en fonction de l'emploi du mot allumé.



Un document authentique pour aborder :

La polysémie

Les registres de langue


Petit lexique :

à bon escient 
déviant
métaphore
aguicher

Faits de société :

La télévision des enfants

Au premier abord cette télé bien allumée, n'est pas tant une télé qu'on aurait bien fait ou qu'on aurait eu raison d'allumer, qu'une télé «allumée comme il faut, à bon escient». Elle n'est pas bien allumée comme une voiture serait bien réglée ou un plat bien préparé, puisque allumer est un acte instantané et purement mécanique qui ne suppose une initiative positive que par le choix judicieux de la chaîne. Mais cette interprétation n'est pas la seule possible. En effet, allumé a aussi ici un sens qui lui vient d'un autre emploi très fréquent dans la langue branchée et que les dictionnaires, même actualisés en 1993 comme Le Nouveau Robert, n'enregistrent pas. Depuis dix ans environ, on peut dire de quelqu'un ce type est complètement allumé, pour qualifier un individu possédé par une passion, conçue le plus souvent comme positive, même si elle est entraîne de sa part un comportement marginal. Un original donc, un peu déviant, mais dont la folie personnelle reste intéressante, quand bien même on ne la partagerait pas. Un allumé du boulot / de l'informatique / du jogging / de la moto / de la BD / du cinéma chinois / de la science-fiction, c'est «un fanatique de X, un fou de X», mais avec une nuance sympathique et non péjorative. La langue populaire dit aussi dans ce cas un fondu ou un fêlé de X. Sa manie ou son obsession ne se portent pas sur l'alcool, le jeu ou les femmes, mais sur des objets, certes inoffensifs, mais peu valorisés culturellement ou socialement. On parlerait moins volontiers d'un allumé des livres, de la musique classique, ou de l'art moderne.

Allumé dans cet emploi tire sans doute son origine de la métaphore sexuelle - très ancienne puisqu'elle remonte au XVIe siècle - que permet le verbe allumer. Aujourd'hui, dans un registre familier, allumer quelqu'un signifie d'abord «critiquer ou attaquer violemment quelqu'un» : Il commençait à m'énerver sérieusement, je l'ai allumé devant tout le monde. Il s'est fait allumer par le patron sur / à propos de ses notes de frais, mais a aussi le sens de «aguicher, provoquer, exciter sexuellement quelqu'un». D'où le mot allumeuse, «femme qui laisse espérer des hommes plus qu'elle n'est décidée à leur accorder». Cette télé bien allumée, avec les gentils monstres qu'elle met en scène, est donc à comprendre aussi comme une télé un peu folle, mais animée d'une folie originale, d'une sorte d'excitation somme toute intéressante, d'une passion qui mérite qu'on la découvre.

La publicité a ainsi le mérite de faire écho à des innovations linguistiques en produisant un effet de loupe. Elle met en pleine lumière des emplois désormais bien installés dans la langue, auxquels les dictionnaires généraux n'ont pas encore fait place.


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