L'affiche s'intègre dans une campagne publicitaire qui vante deux produits à la fois, des vêtements et une lessive. Deux marques se valorisent mutuellement puisque la qualité des premiers exige l'usage de l'autre. Un clin d'œil s'y ajoute, avec l'allusion à la phrase consacrée, mais mythique, compte tenu des lois actuelles, qu'un suspect interrogé par la police est supposé prononcer lorsqu'il est pressé de questions : «je ne répondrai/parlerai qu'en présence de mon avocat». Rien dans l'affiche ne vient l'exploiter, mais cette formule de référence, au patron syntaxique d'emblée vaguement familier, fait bénéficier la phrase de l'affiche d'une sorte de notoriété a priori.



Un document authentique pour aborder :

La mise en relief

L'ordre des mots


Petit lexique :

rébarbatif, ive 
se raviser
impliquer
canonique

Faits de société :

La substantivation des produits de marque

L'intérêt de cette formule tient à l'usage qu'elle fait d'une possibilité syntaxique qui confère à l'ordre des mots une souplesse pleine de ressources pour l'expression et qui est caractéristique du français parlé. Il s'agit de la dislocation à gauche. Désignation un peu rébarbative pour un fait très courant du français familier. En effet personne, ou presque, au moins dans un usage quotidien de sa langue, ne dit plus aujourd'hui : «mon fils travaille tout l'été dans une banque», mais bien : «mon fils, il travaille tout l'été dans une banque». La dislocation consiste donc à déplacer, comme ici, à gauche de la phrase l'un de ses constituants, en laissant à la place un pronom qui indique la fonction que ce constituant remplit par rapport au verbe. La dislocation à droite est également possible, un élément étant repris comme si le locuteur se ravisait et complétait son énoncé pour être plus explicite : «Il lui a bien cloué le bec, Jojo, au patron».

On donnera quelques exemples de dislocation à gauche pour des constituants successivement en fonction de sujet, d'objet, et d'objet indirect, à partir d'une phrase de base : «Pierre a demandé la voiture à son père» :

(1) Pierre, il a demandé la voiture à son père.

(2) La voiture, Pierre l'a demandée à son père.

(3) Son père, Pierre lui a demandé la voiture
[à noter : l'effacement de la préposition à en cas de dislocation à gauche du COI]

Les dislocations peuvent aussi se cumuler :

(1) + (2) La voiture, Pierre, il l'a demandée à son père.

(1) + (3) Son père, Pierre, il lui a demandé la voiture.

Le point important, et commun à toutes ces phrases est, à l'oral, un accent d'insistance sur le constituant ainsi disloqué et une pause qui le sépare du reste de la phrase. La dislocation implique une discontinuité d'intonation.

Une telle mobilité est fondamentale sur le plan de la communication, car elle permet de placer en tête, et quelle que soit sa fonction syntaxique, l'élément dont on entend faire l'objet de l'acte d'énonciation. Cet élément, le constituant détaché, est le thème qui s'oppose au reste de la phrase formant le propos (ce qui est dit du thème). Dans «Je n'enlèverai mon Damart qu'en présence d'Ariel», comme dans toute phrase suivant l'ordre canonique, je, sujet grammatical, serait le thème. Dans la phrase de l'affiche le thème est au contraire l'objet à laver, mis au premier plan pour que ressorte le discours qu'on tient sur lui.

L'utilisation de cette liberté syntaxique par la langue de la publicité atteste non seulement sa vitalité dans la langue courante, mais montre aussi la quasi nécessité d'employer ce tour lorsqu'est requise une expressivité maximum.


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