Qui a dit que le français n'empruntait plus qu'à l'anglo - saxon ? Quand il s'agit de nourriture l'Amérique n'est pas notre seul fournisseur, et même sur le terrain de la restauration rapide (ou du fast-food, puisque le nom est désormais bien acclimaté en français) la concurrence est rude. On peut aujourd'hui manger sur le pouce nems ou rouleaux de printemps des traiteurs asiatiques, kebab, pita, ou falafels du Proche Orient, etc. Depuis deux ou trois ans, on trouve aussi dans les boulangeries et chez les marchands de sandwichs une chose étrange qui connaît un succès incontestable : le panini. Les points de vente se multiplient aux abords des universités ou des lycées, car il répond aux besoins des jeunes de ne manger qu'un sandwich, mais de le manger chaud.


Un document authentique pour aborder :

Les mots d'origine étrangère

Le pluriel des noms


Petit lexique :

sur le pouce 
traiteur
oblongue
strié

Faits de société :

La restauration rapide

Mais doit-on vraiment ici saluer un emprunt récent (ca. 1995) à l'italien ? L'objet en cause est une sorte de pâte à pain, très blanche, de forme oblongue (30-40 centimètres) et fendue dans le sens de la longueur, remplie d'aliments variables en nature et en composition. L'ensemble, mis à griller quelques minutes dans une presse, ressort à peu près cuit, aplati et strié. Or le mot italien panino (au pluriel, panini), ne désigne de l'autre côté des Alpes qu'un sandwich fait dans un petit pain qui n'est jamais chauffé. Le mot français panini, introduit cette année dans la dernière édition de quelques dictionnaires, n'obéit donc pas à la logique qui conduit à emprunter un mot quand la chose qu'il désigne a été elle-même importée ; il est moins un emprunt à l'italien qu'une création à partir d'une forme disponible dans cette langue. Car panini n'est pas analogue à confetti (ou spaghetti, ou grafitti). Chacun de ces mots désigne un objet conçu comme un ensemble d'unités identiques, qui, en dépit d'une importation sous la forme du pluriel italien, a connu en français une dérive naturelle par oubli des règles de la langue d'origine : d'abord, un confetti, puis le pluriel francisé des confettis.

Si le singulier panino n'a pas été choisi, c'est moins par pudeur de la part de la firme qui a lancé un produit si différent de l'original, que parce que l'évocation d'un univers italien, très valorisé en matière gastronomique, est mieux assurée avec une finale en -i. Le mot prend place alors dans une série associée à la cuisine. Mots en -ni, pour des types de pâtes (macaroni, canelloni) ou des noms de marques (Buitoni, Panzani). Sinon, des noms d'Italiens célèbres assurent la pression analogique : Goldoni, Albinoni ; en -ini, on a Rossini ou Fellini. Pour panini, on dispose même de deux rimes riches d'une forte italianité avec Toscanini et Paganini.

Ajoutons, mais ici nos amis italiens au coeur fragile ne doivent pas lire plus avant, qu'une boutique du Boulevard Saint-Michel propose pour 18 francs «un panini parisiano» qui mériterait un cercle spécial dans un enfer linguistique déjà surpeuplé.


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