Une publicité consacrée à la rapidité des liaisons ferroviaires, montrant un chou dans un lance-pierres pour symboliser la proximité des deux villes. C'est l'adverbe qui nous retiendra. Qu'il soit en position initiale sans dépendre d'un constituant précis de la phrase n'est certes pas un fait de syntaxe très nouveau. Mais, malgré sa fréquence dans la langue parlée, et donc dans la publicité qui en exploite toutes les ressources, beaucoup de grammaires n'accordent pas à ce tour très expressif la place que mérite sa richesse sémantique.


Un document authentique pour aborder :

Les adverbes d'affirmation

La modalisation


Petit lexique :

modaliser 
énonciateur
feindre
assertion

Faits de société :

La mobilité des personnes

Décidément est adverbe de phrase. D'un côté il tient des adverbes qui modalisent l'énoncé, marquent la manière dont l'énonciateur en apprécie le contenu et l'évalue quant à sa vérité, et, par là, il est proche de vraiment, incontestablement. De l'autre, c'est aussi, comme franchement, un adverbe de commentaire sur le fait même de dire. Pourtant, à la différence de vraiment, on ne peut paraphraser en : «que P est décidé», tout comme, contrairement à franchement, il est impossible de tourner en «je dis de manière décidée / avec décision que P». Dans le premier cas, il faudrait au moins ajouter «maintenant» pour évoquer le procès de décision, et, dans le second, on sent que l'emploi du je est trop restrictif.

Cet adverbe marque en fait le passage d'une pure subjectivité à la vérité objective. On feint de laisser la vérité d'un propos s'imposer à l'interlocuteur, mais l'évidence même du constat implique que celui qui le profère le prenne à son compte : le sujet de l'énonciation est donc bien présent, même si son opinion se fond dans un assentiment général. Car décidément exige une prise de décision personnelle, individuelle. Certes, pour être acquise, une conclusion suppose toujours que plusieurs données d'expérience aient été pesées, mais l'originalité de décidément par rapport à finalement tient à ce qu'elles semblent ici n'exister qu'après coup et ne s'imposer comme identiques qu'à l'occasion d'un événement précis. Celui-ci se met aussitôt à valoir comme élément d'une série et impose rétrospectivement l'idée d'une accumulation de faits convergents. Pour conclure par «Décidément tu n'as pas de chance / il ne changera jamais», il faut qu'un fait se mette à peser dans une balance qui est comme créée instantanément par le poids qui vient de s'y jeter. Conformément à l'étymologie, un facteur décisif tranche, en faveur d'une assertion désormais indiscutable, une délibération restée virtuelle jusque là.

Avec décidément la décision dont dépend la certitude finale est masquée, car le sujet énonciateur préfère s'effacer au profit de l'évidence du vrai, mais l'adverbe garde la trace du processus, si fugitif qu'il soit, par lequel cette vérité s'est imposée à celui qui la profère.


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