Nos contemporains seraient, pour la plupart, bien surpris d'apprendre que les dictionnaires donnent ce mot comme masculin, car l'usage est à peu près constant de dire «il y avait la semaine dernière des soldes intéressantes / de belles soldes». Tout en notant que le mot est abusivement employé au féminin ces dictionnaires reconnaissent qu'il en est ainsi «généralement dans la langue parlée». Ce n'est donc pas d'un simple flottement qu'il s'agit mais d'une conversion quasi totale.


Un document authentique pour aborder :

Le genre des noms

Les singularités du nombre


Petit lexique :

acrostiche 
apogée
anathème
esclandre

Faits de société :

La saison des soldes

Une hésitation sur le genre d'acrostiche, apogée ou anathème, voire d'esclandre, obélisque ou en-tête, plus fréquents, serait compréhensible [N.B.: Tous ces mots sont masculins]. Mais qu'un mot aussi courant que soldes, désignant une activité pratiquée rituellement deux fois par an par quasiment tous les consommateurs, soit d'un genre tenu pour fautif par les dictionnaires ne laisse pas de surprendre. Pourtant, le genre grammatical, en dépit de son importance pour la syntaxe, est bien un point de fragilité du français, puisqu'il n'est pas toujours possible d'inférer le genre des noms à partir de leur forme.

Certes solde est issu en argot de boutiquier (vers 1850) d'un plus ancien (et masculin) solde, au sens de «différence entre crédit et débit dans un compte bancaire», «mon solde est positif». Mais dans cet emploi spécialisé solde a glissé du sens de «excédent de marchandise démodée vendu au rabais» à celui de «vente au rabais». Il n'apparaît donc plus que dans en solde, «marchandise ou article en solde», et au pluriel, « faire les soldes, profiter des soldes». Cette absence de déterminant ou la neutralisation de son genre au pluriel a pour effet qu'on n'entend jamais l'article singulier qui nous renseignerait sur le genre. Effluves et haltères ont connu le même sort.

Ce n'est, semble-t-il, pas tant l'e muet final qui est déterminant pour orienter vers un emploi au féminin (presque autant de masculins [47%] que de féminins ont un e muet ; voir Arrivé, Gadet, Galmiche La grammaire aujourd'hui, Paris 1989, art. genre, p. 286), qu'un souci de différencier deux mots perçus comme homonymes. Le sens de la solde, «traitement des militaires», étant trop loin pour entrer en concurrence, le féminin de soldes permet de le dissocier de solde, masculin (ce qui reste sur un compte). L'analogie de mots féminins, comme ventes, affaires, auxquels soldes est souvent relié, a pu aussi faire pression. En outre le genre de solde (d'un compte) n'a été fixé que tardivement, comme celui de beaucoup de mots : équivoque est passé du masculin au féminin et légume a eu longtemps les deux genres (qu'on pense au populaire : une grosse légume).

Il faut du temps aux dictionnaires pour appliquer le vieil adage latin «communis error facit jus».


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