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Un document authentique pour aborder :
Le verbe et son sujet
Les nouveaux intransitifs
Petit lexique :
incoercible confit
Faits de société :
Céder, oui, mais à quoi ? |
Le sens de craquer avec un sujet animé
s'est bien enrichi dans les années quatre-vingt. Il signifiait déjà
«céder brusquement sous l'effet d'une forte pression interne» :
il a craqué (= il s'est effondré), victime d'une dépression
nerveuse, du surmenage, de la fatigue, etc. On l'emploie désormais aussi
pour des situations plus banales où la pression - volontairement grossie
- est seulement psychologique et implique une tension vers un objet. On ne
craque plus tout court, on craque surtout pour une chose qui a éveillé
un désir que l'on vit, ou feint de vivre, comme incoercible : «J'ai
vu des chaussures en croco à moitié prix, j'ai craqué.»
; «Tant pis pour mon régime, je craque, je reprends du confit et des
patates à la graisse d'oie.». En outre, l'objet ainsi désiré
peut être un animé. Craquer exprime alors une attirance qui peut
aller du désir sexuel autorisant tous les abandons à un émoi
affectif plus limité, un vague attendrissement : les sexagénaires
barbus / les bébés me font craquer.
Craquer nouvelle manière illustre
deux tendances propres au français branché. L'une consiste à
employer avec un sujet animé un verbe qui impliquait naguère un
sujet inanimé. Jusqu'à une date récente ne craquaient
qu'une branche, un feu, une biscotte sous la dent, une étagère,
une jupe, les nerfs, etc., et non les joueurs de tennis, les cadres supérieurs
ou les femmes fatales. Des verbes comme fonctionner ou disjoncter
ont connu la même évolution. L'autre tient à un certain goût
pour l'emploi intransitif qu'on trouve aussi pour d'autres verbes : assurer,
cartonner (réussir), abuser (exagérer), adorer, communiquer,
gratter (voler).
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