|
Cette graphie surprenante (et inédite)
se trouve sur une affiche vantant un produit lacté dénommé
Fjord. La référence à un univers scandinave est d'abord
exploitée par l'image d'un renne et, par une nouvelle association
implicite, du Père Noël qui, dans l'imagerie, utilise cet animal
pour tirer son traîneau. |

|
|
Un document authentique pour aborder :
Les graphies particulières
Le tréma
Petit lexique :
caïd ciguë
Faits de société :
La réforme de l'orthographe |
Cet avec tréma sur l'e
constitue une double faute d'orthographe, puisque si l'e de «Noël»
est bien pourvu d'un tréma, e et o
n'y sont pas accolés et que par ailleurs ne
porte jamais de tréma. Mais cette graphie fautive en lettres de trente
centimètres met surtout en évidence deux points de faiblesse de
l'orthographe française, promis à disparition rapide, le tréma
et la lettre double . Pour i et u,
le tréma sert à marquer une prononciation indépendante de
la voyelle précédente (naïf, caïd, Saül), mais pour
la voyelle e la fonction du tréma est plus floue. Il
peut aussi bien se mettre sur la voyelle muette (aiguë, ciguë) que sur
celle qui doit être prononcée, comme dans «canoë».
Les noms propres ne sont pas moins incohérents : Eugène Sue et
Edgar Poe, sans tréma, mais Fulgence Bienvenüe, créateur du métropolitain,
ou Joë Bousquet, poète proche des surréalistes. La
disparition du tréma dans moelle ou son remplacement par un accent dans
les mots poète, poêle prouvent d'ailleurs son inutilité : le
Père Noël ne perdrait rien à s'écrire «Noèl».
Pour la confusion entre et oe,
la raison de la fragilité et de l'incertitude est d'une autre nature.
Certes o et e sont accolés dans cur,
chur, manuvre, uvre et dipe, tandis qu'on les trouve non
liés dans moelle ou lorsque le préfixe co- est impliqué
(coexistence, coercitif, coefficient), mais la disparition de la graphie
tient surtout à la généralisation du traitement de texte où
l' ayant disparu du clavier exige désormais une
manipulation un peu complexe pour être produit. Ces deux fleurons de
l'orthographe française - d'aucuns y verraient plutôt des verrues -
sont ainsi menacés, l'un pour son arbitraire, l'autre pour cause de
paresse.
|