Devenue récemment courante dans la langue familière pour affirmer la supériorité évidente d'un individu ou d'une chose sur ses rivaux éventuels, cette formule nous vient de la langue des champs de courses où elle signale la victoire d'un cheval avec une telle avance par rapport à ses concurrents qu'elle rend inutile le recours à une photo, souvent nécessaire par ailleurs pour départager des chevaux arrivés quasiment ensemble sur la ligne.




Un document authentique pour aborder :

Le langage des jeux
L'absence d'article


Petit lexique :

pouce
triche 


Faits de société :

Les courses 

Cette formule, paradoxale aux côtés d'un appareil photo, est à gloser comme : un appareil à ce prix, c'est indiscutablement une affaire exceptionnelle.

Deux structures s'y croisent. L'une, «il y a / il n'y a pas», et, sous forme contractée dans la langue populaire, «y'a / y'a pas», sert à attester l'existence ou la non-existence d'un phénomène : «y'a d'la joie / du monde / d'l'abus ; y'a pas un chat / d'eau / de mal / de danger / de problème / de lézard / d'histoire». L'autre tient à l'absence de déterminant, comme dans les emplois figés : «faire problème / obstacle; prendre femme; parler politique; perdre patience; fermer boutique», où le substantif n'est pas spécifié parce que la notion qu'il exprime, prise dans son acception maximale, avec l'ensemble de ses traits, est apte à qualifier toute situation particulière en l'englobant nécessairement.

On trouve ainsi des exemples de la même formule dans des contextes variés. Ceux des jeux : «y'a faute / but / corner / penalty / pouce / triche» ; des infractions sociales : «il y a homicide par imprudence / mort d'homme / non-assistance à personne en danger / outrage à magistrat» ; ou pour le simple constat d'une situation : «y'a urgence / erreur / méprise ; y'a pas moyen / péril / foule». Dans tous les cas, le locuteur fait entrer de manière brute dans l'univers du discours un phénomène qu'il juge massif, flagrant, et dont le mode d'existence est pour lui celui d'un tout ou rien.



Retour Chroniques Retours Nous écrire