ENTRETIENS
DRAGANA VASIC, DIRECTRICE DU LYCEÉ III
Comment en êtes-vous venue au programme bilingue ?
Dragana Vasić (DV) : je suis directrice du lycée III depuis janvier 2006. Auparavant, j’étais professeur de mathématiques. En février 2004, j’étais dans l’équipe des quatre professeurs qui étaient intéressés par le projet bilingue, j’ai aussi commencé à ce moment là à apprendre le français. En septembre 2004, j’ai assuré les cours d’informatique en binôme avec M. Stevanović, un professeur de l’école française et j’ai pu me former en langue et en pédagogie. Depuis septembre 2006, je dispense uniquement les cours d’informatique, à raison de deux séances par semaine.
Comment s’est passé le passage au programme bilingue ?
DV : le plus dur, c’était de trouver les supports pour la littérature pour les matières non linguistiques parce qu’il n’y a pas de manuel français qui corresponde entièrement au programme serbe. Pour l’informatique, on a travaillé en binôme et on a créé nos propres supports. Une autre difficulté, c’est la charge horaire des professeurs de DNL qui ont vingt cours par semaine comme les autres alors qu’ils ont un très grand travail de préparation.
Tous les enseignants ont commencé à travailler en autonomie en 2006, mais aujourd’hui les nouveaux professeurs recrutés sont déjà francophones, contrairement aux premiers professeurs qui avaient dû suivre des formations en français.
Où en êtes-vous après ces quatre premières années du programme ?
DV : d’abord on voit les bons résultats en français : les élèves ont un très bon niveau. On a aussi aujourd’hui des professeurs francophones et spécialisés dans la gestion de cours de DNL bilingues. La popularité du projet est forte et il y a beaucoup de candidats, ce qui fait qu’on a la possibilité de procéder à une sélection des élèves. Le lycée était déjà prestigieux et le programme bilingue est un plus : on est un lycée unique en Serbie.
Êtes-vous satisfaite du fonctionnement du programme ?
DV : je suis satisfaite de la bonne collaboration avec l’Ambassade de France en Serbie et l’école française. J’apprécie aussi des voyages pédagogiques qui ont été organisés. C’est toujours l’occasion pour les élèves de vivre une nouvelle expérience la langue et de la culture françaises. Une autre chose qui marche, c’est la motivation des professeurs. Au départ, on n’avait que quelques professeurs intéressés, il y a eu un élargissement avec de nouvelles matières et des professeurs de DNL francophones. Ceci a permis aussi de s’adapter au profil littéraire des élèves.
Comment imaginez-vous l’avenir des élèves après le programme bilingue ?
DV : c’est une question difficile. Ils vont plutôt faire des études en langue française ou en sciences sociales. Certains veulent faire leurs études en France, mais les questions financières ne sont pas réglées.
Quels retours avez-vous des parents d’élèves ?
DV : les parents sont contents parce que leurs enfants ont l’opportunité de mieux apprendre une langue étrangère. C’est une manière originale d’améliorer leur français, parce que la méthode traditionnelle n’est pas toujours efficace.
Qu’est-ce que vous espérez pour les prochaines années ?
DV : l’année prochaine, j’espère créer et améliorer les échanges avec des écoles françaises, ainsi que les échanges entre professeurs serbes et français pour établir le programme pour les DNL. On veut aussi faire une évaluation des actions pour faire un bilan qui servira à faire de nouvelles propositions.
Propos recueillis par Karine Bouchez, Service de coopération et d’action culturelle, Ambassade de France en Serbie.
DEUX ÉLEVES DE 4e ANNÉE DU LYCEÉ III
Avez-vous suivi le programme bilingue dès le primaire à l’école Ribnikar ?
Milena : moi oui, je suis allée à Ribnikar ; mais Andrija, lui, n’y était pas.
Andrija : c’est vrai, je suis arrivé directement au lycée III.
Quelles sont vos impressions maintenant que vous êtes arrivés à la fin du parcours ?
Milena : en général, il y a une bonne organisation ; même si ce n’est pas parfait. On a bien amélioré notre français. On a pu faire des échanges et des voyages en France, mais ici on manque un peu d’activités extra scolaires.
Andrija : c’était une expérience originale, pour la première fois en Serbie. Bien sûr on a beaucoup appris, mais il reste des améliorations à faire. Par exemple, il manque parfois des collaborations avec le Centre culturel français pour les manifestations françaises.
En première et deuxième années, on a eu des problèmes avec les manuels pour faire correspondre les livres français et le programme serbe. Les professeurs ont trouvé des solutions et maintenant ils ont tous leurs documents pour les 2e et 3e années.
Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet bilingue ?
Milena : quand j’étais à Ribnikar et qu’ils ont ouverts les classes bilingues, j’ai voulu y entrer. Je voulais vraiment faire ce programme et mes parents étaient d’accord.
Andrija : Pour moi, c’est une professeure de français qui m’a parlé du programme et qui m’a dit que ça pouvait être bien pour moi. Il faut passer les tests d’entrée et c’est sur le français. C’est normalement le serbe et les mathématiques. Mais pas ici, ce qui fait qu’il y a des élèves qui sont très bons en français, mais moins bons en serbe ou en mathématiques.
Qu’est-ce que ça veut dire pour vous « bilingue » ?
Milena : pour moi, c’est connaître deux langues et avec le projet bilingue on peut vraiment enrichir nos connaissances en français.
Andrija : oui, au début, quand je suis arrivé, j’avais des problèmes avec le vocabulaire. Maintenant, je peux dire ce que je veux en français.
Milena : oui, on est capable de tout comprendre et de penser en français sans utiliser la traduction.
Andrija : c’est une vraie plus-value pour notre carrière d’avoir étudié des matières en français.
Vous avez déjà passé des examens du DELF ?
Milena : oui, j’ai passé le DELF B2 il y a 4 ans et je vais voir pour passer le DALF C1. Mais je dois voir quel certificat de français on nous donnera. Mais je pense que je peux passer le DALF C1 bientôt.
Andrija : moi, je n’ai pas encore passé d’examens, mais je ne veux pas faire B1, B2 et je veux directement essayer le DALF.
Prenez-vous des cours particuliers de français ?
Milena : non, on a déjà beaucoup de français !
Andrija : moi non plus, mais il y a des élèves qui ont des cours en plus.
Quels liens avez-vous avec le français en dehors de l’école ?
Milena : je regarde de temps en temps TV5 ou je regarde d’autres choses.
Andrija : je regrette un peu le manque de coordination des activités entre le lycée et le Centre culturel français pour voir des expositions, des manifestations. On voit que les activités culturelles pour les étudiants de la section italienne sont plus riches.
Quelles études voulez-vous faire après le lycée ?
Milena : je pense essayer de faire sciences politiques, droit ou relations internationales.
Andrija : moi, c’est pareil. Mais j’ai parlé avec ma professeure de français et je vais peut être faire une candidature pour Sciences-po Dijon. Mais, je crois que la sélection est difficile.
ÉLÈVES DE 7e ET DE 8e CLASSE BILINGUE
Vous avez suivi le cycle de français renforcé avant l’intégration dans la section bilingue, que veut dire bilingue pour vous ?
Cela veut dire plus de cours de français, des cours de DNL plus difficiles car ils sont en français.
Qu’est-ce que le fait d’être dans une section bilingue vous apporte personnellement ?
Apprendre mieux le français. C’est une nouvelle expérience qui me donne la chance de rencontrer de nouvelles personnes.
Pour la suite de vos études ?
Si je suis acceptée au lycée III, je vais en section littéraire, en deuxième choix, je continue en classe bilingue.
Quelles sont les difficultés rencontrées en classe ?
À part des problèmes de discipline dans ma classe, je ne rencontre pas de difficultés particulières.
Avez-vous passé des examens du DELF-DALF ? Si oui, quel diplôme ?
Oui, j’ai le DELF B1.
Pensez-vous faire des études supérieures en français ou liées au français ? Si oui, lesquelles ?
Parce que mon père vit à Toronto au Canada, j’irai peut être faire mes études au Québec et donc continuer d’apprendre le français. Je ne sais pas encore quelles études je veux faire exactement.
Prenez-vous des cours de français en dehors de l’école : cours particuliers ou écoles de langues ?
Non.
Participez-vous à des activités complémentaires ? Journal des élèves, échanges scolaires, manifestations ?
Je chante dans une chorale à l’école (seuls les solistes chantent en français de temps en temps) et je fais de la danse en dehors de l’école.
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Avez vous suivi le cycle de français renforcé avant l’intégration dans la section bilingue ?
Non, c’est ma première année dans cette école et en Serbie car avant j’étais au Canada (Toronto) dans une section bilingue anglais-français.
Que veut dire bilingue pour vous ?
Cela veut dire qu’à côté de ma langue maternelle (le serbe) j’apprends une autre langue. Je pense que c’est bien de connaître le français pour trouver plus facilement un travail plus tard.
Qu’est-ce que le fait d’être dans une section bilingue vous apporte personnellement ?
Je pense que les élèves sont plus intéressés et plus polis en classe bilingue que dans les autres classes. Le fait de suivre des cours de DNL en français nous permet de connaître plus d’expressions dans les deux langues (relatives aux maths ou à la physique… ).
Et pour la suite de vos études ?
Je veux aller en France étudier la danse.
Quelles sont les difficultés rencontrées en classe ?
Aucune. Je n’en vois pas.
Avez-vous passé des examens du DELF-DALF ? Si oui, quel diplôme ?
Non, car quand je suis arrivée, il n’y avait pas d’obligation de passer le test.
Pensez-vous faire des études supérieures en français ou liées au français ? Si oui, lesquelles ?
J’aimerais aller faire une école de danse (ballet) en France, à Paris, car ma mère a une amie là-bas qui peut m’aider pour me trouver un appartement et pour m’aider si j’ai des problèmes.
Prenez-vous des cours de français en dehors de l’école : cours particuliers ou écoles de langues ?
Non.
Participez-vous à des activités complémentaires ? Journal des élèves, échanges scolaires, manifestations ?
Non, mais au Canada je participais au journal de l’école. On écrivait des petites anecdotes relatives à la vie de l’école et on vendait le journal 25 cents.
Interviews réalisées par Karine Bouchez, directrice des cours au CCFB et Violaine Foizon, lectrice de français à l'école Ribnikar