| REGARDS SUR ... L'ALLEMAGNE | |
Il existe en Allemagne trois types de dispositifs bilingues à profil franco-allemand dans l’enseignement secondaire général : les établissements préparant à l’AbiBac, les sections bilingues, les lycées franco-allemands. Les établissements préparant à l’AbiBac Définie lors d’une déclaration conjointe en 1987, la délivrance simultanée de l’Abitur allemand (Allgemeine Hochschulreife) et du baccalauréat français est devenue une offre de droit commun en Allemagne comme en France à la suite de la signature, le 31 mai 1994, d’un accord intergouvernemental lors du Sommet franco-allemand de Mulhouse. Les établissements préparant à l’AbiBac possèdent le plus souvent des sections bilingues à profil franco-allemand fondées sur le jumelage d’établissements et sur la conception commune de projets qui trouvent leur réalisation au cours de contacts réguliers et d’échanges. En 2006-2007, 42 établissements allemands proposent, dans 9 Länder, cette double délivrance, comme 45 lycées en France et 5 lycées français en Allemagne relevant de l’AEFE. Sections bilingues – repères chiffrés Considérés comme une
priorité dans le domaine de la coopération franco-allemande,
les établissements à sections bilingues, les plus nombreux
et les plus représentatifs de l’interprétation allemande
du concept d’enseignement bilingue, donnent un aperçu éclairant
de la situation de l’enseignement bilingue francophone en Allemagne. Conformément à la Déclaration conjointe signée le 7 décembre 1995, un programme de coopération entre les sections européennes d’allemand en France et les filières bilingues à profil franco-allemand en Allemagne a ainsi été mis en place (EKP, Gemeinsame Entwicklungs - und Kooperationsprogramm für zweisprachige Bildungsgänge mit französischem Profil). Mis en œuvre et suivi par une commission d’experts issus des ministères de l’Éducation français et allemands, ce programme a pour objectif un développement qualitatif et quantitatif des sections bilingues dans les deux pays. Le réseau EKP compte aujourd’hui près de trente partenariats d’établissements et travaille en étroite collaboration avec l’Office Franco-Allemand pour la jeunesse (OFAJ). Les lycées franco-allemands Aujourd’hui, trois établissements répondent à l’appellation officielle de « Lycées franco-allemands » : le Lycée de Buc en France (78) et les lycées franco-allemands de Sarrebruck et de Fribourg en Allemagne. Les élèves y sont répartis en deux sections, française et allemande ; l’objectif est l’intégration des élèves de ces deux sections dans tous les cours, sauf pour les cours de langue maternelle, à la fin du second cycle. Dès le CM2, en anglais, E.P.S., arts plastiques et musique, les élèves assistent à des cours communs dispensés par des professeurs français – détachés ou recrutés locaux – et allemands. L’histoire-géographie, la biologie deviennent à leur tour disciplines d’intégration à partir de la 4e. Les élèves peuvent également suivre, dans la langue du partenaire, des cours de mathématiques et de physique-chimie. Les programmes sont élaborés d’un commun accord entre les deux pays et débouchent sur un baccalauréat dit « de l’enseignement franco-allemand ». |
LES ÉTABLISSEMENTS DES SECTIONS BILINGUES À la différence des
lycées franco-allemands, les sections bilingues sont intégrées
dans le système scolaire allemand. Elles sont ouvertes dans des
établissements ordinaires, majoritairement des Gymnasien,
mais aussi dans un établissement polyvalent (Gesamtschule)
en Rhénanie-Palatinat, et dans une dizaine de Realschulen
en Sarre, Rhénanie-Palatinat et Rhénanie du Nord Westphalie.
Certains Länder tardent à
ouvrir des sections bilingues francophones ; c’est notamment le
cas du Brandebourg, de Brême et de la Saxe-Anhalt. Le Lycée français de Berlin, une spécificité unique au monde Le Lycée français de Berlin – traditionnellement appelé Collège Français – est, de par son histoire, « unique au monde ». Fondé en 1689 pour accueillir les enfants des Huguenots, le Collège Français a fusionné en 1953 avec le Lycée français créé par le gouvernement militaire après 1945, pour donner la structure binationale qui fonctionne encore aujourd’hui. Établissement en gestion directe de l’AEFE mais régi par le droit scolaire berlinois, le Lycée français de Berlin ne manque pas de spécificités : une direction binationale (un proviseur français et un proviseur allemand), une administration gérée par un Comité Consultatif dont les présidents sont un représentant du Sénateur à l’éducation de Berlin et le Conseiller Culturel de l’Ambassade de France, la préparation suivant les programmes français de deux diplômes (baccalauréat et Abitur), et depuis la rentrée 2006-2007 également de l’Abibac… La scolarité débute au CM2 pour aller jusqu’en Terminale (sections L, ES, S). Actuellement fréquenté par 848 élèves, dont 361 inscrits sous l’administration allemande et 487 sous l’administration française, l’établissement a su maintenir sa tradition d’accueil et son originalité. Une vingtaine de nationalités sont représentées au lycée. Depuis deux ans, le lycée s’est fixé comme objectif, dans son projet d’établissement, l’amélioration de l’intégration des élèves dans les classes, en développant la réflexion interculturelle au niveau pédagogique, l’amélioration du cadre et de la qualité de vie, la fusion des deux cultures scolaires en mettant en œuvre les points forts et les réussites de chacun des deux systèmes. |
Avec Paul Palmen, ancien professeur de géographie en section bilingue franco-allemande, Inspecteur de français de la région de Cologne et Président de la Fédération des sections bilingues franco-allemandes en Allemagne. Premières
impressions Les échanges Je me suis très tôt engagé dans la Fédération des lycées à section bilingue franco-allemande en Allemagne : je participais à des stages de formation continue, animais moi-même des modules de formation, écrivais des articles didactiques … Le « bilingue » n’a pas cessé d’éveiller les consciences et de retenir l’attention. Au fil des ans, les sections gagnaient en ampleur, les méthodes étaient améliorées, et les résultats commençaient à intéresser un public de plus en plus large. J’étais ravi de la tournure que prenaient les choses, mais restais conscient des étapes qu’il fallait encore franchir : développer un matériel didactique adapté, convaincre mes différents interlocuteurs de la valeur ajoutée des sections bilingues franco-allemandes… Prendre des responsabilités Acquérir des compétences interculturelles va bien au delà du simple apprentissage de la langue. Il faut créer un cadre permettant aux jeunes de comprendre la culture de l’autre, de la respecter, d’anticiper les décisions de ses voisins, de se mettre dans la peau de l’autre comme de pouvoir s’identifier à lui. C’est pourquoi la formule « langue de travail » ne suffit pas pour décrire les caractéristiques fondamentales des sections bilingues en Allemagne. C’est la langue d’un partenaire que l’on enseigne et que l’on défend, et ce, en se battant contre une uniformité linguistique menaçante. Les sections bilingues franco-allemandes servent, je crois, de modèles, leur valeur est reconnue, en Allemagne comme à l’étranger, mais attention à ne pas se reposer sur ses lauriers. Continuons à avancer ! |
Traduction d’un extrait de Bilingualer Sachfachunterricht aus der Sicht der Eltern (l’enseignement bilingue de disciplines non linguistiques du point de vue des parents d’élèves), de Harald Knorn, journaliste. « L’apprentissage d’une langue étrangère a toujours deux dimensions, voire trois dans le cadre d’un cursus scolaire bilingue. Il s’agit d’abord de développer une compétence linguistique spécifique grâce à l’apprentissage de la grammaire et du vocabulaire, puis de découvrir la culture, l’histoire, l’identité du pays dont on apprend la langue. Les cours de langue – dispensés à l’école – n’ont pas pour seul but un bilinguisme optimal, une maîtrise parfaite de la langue apprise, à l’oral comme à l’écrit. Ils permettent également – et surtout – d’apprendre à connaître les hommes et femmes qui parlent ou ont parlé cette langue, de découvrir leurs modes de vie et de pensée, leur littérature... La troisième dimension, essentielle, est, dans le cadre d’un enseignement bilingue de disciplines non linguistiques, l’utilisation de supports originaux, de textes (livres, articles de presse, matériel pédagogique) qui donnent un aperçu des événements internationaux et des évolutions sociales et sociétales, et ce du point de vue de l’ « autre pays ». L’Afrique, la Serbie, l’Irak, la politique écologique, les évolutions sociétales (« Famille et marché du travail ») et débats sociaux (« Chômage et criminalité juvénile ») sont autant de domaines qui sont traités, en France et en Allemagne, parfois de façon différente, parfois de façon similaire. Il est aujourd’hui essentiel, au sein d’une Europe grandissante, que les élèves découvrent qu’il existe diverses façons d’aborder, sur le fond comme sur la forme, l’histoire contemporaine et de comprendre l’actualité. L’enseignement bilingue prend tout son sens dès lors qu’il remplit cette mission […].» Traduction d’extraits de Deutsch-französischer Unterrricht: richtungsweisende Vorbereitung auf Studium und Beruf (Le cursus franco-allemand : une préparation ciblée aux études et au marché du travail) de Anne Wetzel, ancienne élève allemande issue du "bilingue" aujourd’hui assistante de la secrétaire générale du Conseil régional de la région Nord-Pas-de-Calais. « À mon entrée en section bilingue franco-allemande, au lycée, je n’imaginais pas à quel point ce choix serait décisif pour mon avenir, universitaire comme professionnel. Cela fait aujourd’hui douze ans que je vis en France et c’est grâce à cette immersion précoce dans la langue et la culture françaises que j’ai pu aborder avec plus de légèreté ma nouvelle vie dans le pays voisin.» « Les mots de vocabulaire nous étaient expliqués en français, très rarement traduits, si bien que nous avons très tôt appris à ne pas traduire systématiquement, à ne pas chercher à comprendre chaque mot, à comprendre le sens des mots inconnus selon le contexte. Cette méthode m’a accompagnée tout au long de mes études et je l’applique encore aujourd’hui : elle m’a servi pour l’apprentissage d’autres langues étrangères, et m’a permis, professionnellement comme personnellement, de rencontrer, avec plus de facilité, des personnes de diverses nationalités. Si je ne comprends pas tout tout de suite, je ne cède pas à la panique et ne me décourage pas. Je préfère me fier au contexte ou attendre les explications qui ouvrent des portes vers l’inconnu, vers l’ « ignoré » et facilitent la compréhension, le dialogue.» « Étudier une discipline non linguistique en français permet non seulement de se familiariser très tôt avec du vocabulaire spécifique, de découvrir l’histoire et la culture françaises et francophones, mais également, et surtout, de comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule « vision des choses » - une vision allemande – mais que l’histoire, la politique… peuvent être abordées de différentes manières. Se familiariser dès son plus jeune âge avec du matériel pédagogique provenant d’un autre pays (nous utilisions des manuels français) ouvre de nouvelles perspectives, aiguise le regard, l’attention et l’écoute vis-à-vis des autres cultures.» |