| REGARDS SUR ... L'ASIE DU SUD-EST : CAMBODGE, LAOS, VIETNAM | |
Un grand nombre de contributeurs ont participé à la réalisation de ce dossier. L’Agence universitaire de la francophonie (AUF) a fourni l’ensemble des données chiffrées (statistiques, carte, programmes …) sur le dispositif des classes bilingues mis en place il y a une douzaine d’années. Deux articles, de l’AUF et de l’Ambassade de France au Cambodge, examinent les nouveaux enjeux du projet qui lui succède : VALOFRASE. Une contribution de l’Organisation internationale de la francophonie, quant à elle, examine le rôle du Centre régional francophone pour l’Asie et le Pacifique (CREFAP) dans cette nouvelle configuration. De hauts responsables éducatifs du Cambodge, Laos et Vietnam exposent, dans des entretiens, leurs points de vue sur la situation actuelle et les perspectives nouvelles d'enseignement bilingue. Enfin, un universitaire, M. Daniel Weissberg, dresse un panorama de l’avenir du français en Asie.
Le projet VALOFRASE
- Du bilinguisme à l'interlinguisme,
par Patrick Chardenet
- Le projet Valofrase, par Louis Arsac
L'enseignement bilingue
en Asie du Sud-Est
- Douze ans de « Classes bilingues »
- Un état des lieux
- La validation des compétences linguistiques
et scientifiques des élèves et leur accès dans l'enseignement
supérieur
- Carte des classes bilingues en Asie du Sud-Est
Le centre régional francophone pour l'Asie et le Pacifique (CREFAP) : un centre de formation et d'expertise pour le français
LE CENTRE RÉGIONAL FRANCOPHONE POUR L'ASIE ET LE PACIFIQUE (CREFAP) : UN CENTRE DE FORMATION ET D'EXPERTISE POUR LE FRANÇAIS M. Stéphan PLUMAT, Directeur du Bureau régional pour l’Asie et le Pacifique, Organisation internationale de la Francophonie En créant, en 1993, le Centre régional francophone pour l’Asie et le Pacifique (CREFAP) avec le Ministère vietnamien de l’Éducation et de la Formation, l’Agence de la Francophonie, voulait marquer la priorité qu’elle accordait à la promotion de l’enseignement du français sous toutes ses formes dans la région. D’emblée, à une époque où le principal problème était le nombre de professeurs de français et en français, le Centre a développé une offre de formation essentiellement ciblée sur cette population. Les enseignants de disciplines non linguistiques appelés à intervenir dans les classes bilingues ont bénéficié d’actions spécifiques. Les plans de formation mis en œuvre ont permis de fournir rapidement les contingents de professeurs nécessaires au démarrage du programme bilingue. On peut affirmer, sans crainte de s’éloigner par trop de la vérité, que le lancement des classes bilingues a aussi eu comme effet induit de permettre au CREFAP de structurer ses premières actions et de se définir une première méthode de travail. Mais les temps changent et avec eux les besoins. Une fois la vitesse de croisière du programme bilingue atteinte, une réévaluation des besoins des professeurs de français et, au-delà, de l’enseignement du français, s’est naturellement imposée. Si au départ, les activités de formation continue des professeurs, ou plutôt de mise à niveau, étaient totalement justifiées pour lancer ou relancer la dynamique de l’enseignement du français dans une région qui découvrait ou redécouvrait la Francophonie – le Cambodge devient état membre de la Francophonie en 1993, le Laos l’est depuis 1991 et le Vietnam prépare le Sommet de 1997 – la nécessité d’étendre celles-ci à un nombre toujours plus grand de professeurs pour maintenir une croissance régulière du nombre d’apprenants à l’intérieur du système bilingue comme à l’extérieur, en vue d’atteindre la masse critique de locuteurs francophones nécessaire pour permettre à ces pays une participation pleine et entière au mouvement francophone, exigeait une réévaluation en profondeur de la stratégie. L’exercice effectué en 1999 a mis deux éléments en évidence. D’abord, la nécessité de s’adresser aussi et surtout aux formateurs de formateurs qui jusqu’à présent n’avaient pas été vraiment associés à cette relance de l’enseignement du français. Certes, ils formaient des enseignants, certains produisaient même des manuels ou animaient des actions de formation continue, mais force est de constater, aujourd’hui, que toutes ces compétences et les énergies qui les mobilisaient s’exprimaient de manière désordonnée, sans réel cadre stratégique adossé à une politique clairement exprimée d’enseignement des langues étrangères en général et du français en particulier. Le deuxième élément était corrélé au premier. S’il existait indéniablement dans la région des linguistes et philologues dotés d’une solide formation académique, il leurs manquait en général les compétences nécessaires pour leurs permettre de devenir les cadres et les animateurs pédagogiques dont le système avait besoin pour se développer et se réguler. Il apparaissait aussi nécessaire de renforcer, autour du dispositif bilingue, la qualité et la diversité de l’offre de français et de sortir, il faut bien le dire, de la logique de substitution qui jusque là prévalait dans le secteur. C’est pour répondre à ces nécessités de coordination, de renforcement des compétences en ingénierie de la formation et de diversification de l’offre de français au sein des systèmes éducatifs qu’en 2000, l’Agence intergouvernementale de la Francophonie aujourd’hui devenue l’Organisation internationale de la Francophonie a demandé à son Bureau régional pour l’Asie et le Pacifique d’entreprendre une rénovation du CREFAP qui, dans le même temps a été confirmé comme l’unité régionale opérationnelle de l’Organisation pour les matières éducatives. Cette mutation entreprise sur la base d’une réflexion régionale, collégiale et multilatérale aboutie l’année précédente, a débouché sur un centre qui, très vite s’est imposé comme une plate-forme multilatérale, multipartenariale et régionale de coordination, de réflexion et de promotion de ce que l’on peut nommer l’ingénierie de la formation ou, si l’on préfère, une ingénierie de la formation. Son public, ses bénéficiaires sont devenus désormais, les formateurs de formateurs d’une part qui étroitement associés aux activités du centre en sont également devenus des acteurs, et les cadres du système éducatif, indispensables pour garantir à la langue française la place qui lui revient dans les programmes d’enseignement. Ses partenaires tant des coopérations bilatérales que multilatérales francophones ont vite perçu les avantages qu’ils pouvaient tirer de cette nouvelle structure dotée d’une triple légitimité : institutionnelle, académique et éthique. A titre d’exemple on peut souligner le rôle, que certains qualifient de déterminant, joué par le CREFAP dans l’expérimentation réussie au Vietnam de l’enseignement du français deuxième langue vivante étrangère pour lequel, à la demande de la coopération bilatérale française et du Ministère vietnamien de l’Éducation et de la Formation, il a joué non seulement le rôle de maître d’œuvre mais, dans une certaine mesure celui de maître d’ouvrage et certainement celui de partenaire plein et entier du projet. À partir de là, le CREFAP s’est forgé un modèle d’action et d’intervention qui au fil des années a fait ses preuves et donné plusieurs résultats avérés parmi lesquels, l’expérimentation mentionnée plus haut, la mise en réseau, à l’échelle régionale, des formateurs de formateurs et des établissements de formation, la reconnaissance internationale d’un séminaire régional de recherche action en didactique du français langue étrangère, la mise en place au Cambodge, au Laos et au Vietnam, de groupes d’experts mandaté par les ministères de l’Éducation pour définir, mettre en œuvre et piloter l’enseignement du français. Plus qu’un centre de référence le CREFAP est devenu avant tout une communauté régionale, réunissant non seulement les experts locaux, mais aussi ceux des coopérations bilatérales et multilatérales francophones, dans laquelle chacun peut venir puiser les références techniques et professionnelles dont il a besoin tout en l’enrichissant de ses compétences et de ses expériences. Le Centre a atteint ces résultats en suivant dès le début de sa mutation les principes qui aujourd’hui constituent d’ailleurs les piliers de l’action multilatérale francophone et qui sont : la subsidiarité, la pertinence, le partenariat, l’intégration et la mesurabilité. Aujourd’hui parce qu’en s’appuyant sur une méthode, une culture et des réseaux éprouvés il joue un rôle avéré de fédérateur régional, le CREFAP peut constituer, à n’en pas douter, le point d’appui sur lequel pourrait se poser le levier que veut être le projet de valorisation du français en Asie du Sud-Est pour notre langue commune. |
Entretien
avec Son Excellence Monsieur Neang Muth, Conseiller du Ministre de l’Éducation,
de la Jeunesse et des Sports du Royaume du Cambodge Quelles
mesures sont mises en œuvre par votre Ministère pour assurer
l'appropriation du programme? Parlez-nous
du plan national que vous avez coordonné pour préparer
le futur projet « valorisation du français en Asie du Sud-Est
». ************** Entretien
avec M. Khamhoung Saklokham, directeur de l’enseignement général Comment
jugez-vous les résultats du programme des « Classes bilingues
» ? Quelles
sont les mesures que votre ministère envisage pour l’appropriation
des « Classes bilingues » ? Pouvez-vous
nous parler du plan national concernant la mise en place du nouveau
projet ? Enfin, la mise en place d’une
coordination plus effective pour l’enseignement de la LV1 est
également une priorité du futur projet. Une restructuration
de l’enseignement au sein de 36 établissements secondaires
(collège et lycées) est envisagée avec la mise
à disposition de matériel plus récent et des méthodes
plus attractives. **************
Comment
jugez-vous les résultats de 12 ans de « Classes bilingues
» ? Quelles
mesures sont mises en œuvre par votre Ministère pour assurer
l’appropriation du programme ? Parlez-nous
du plan national que vous avez coordonné pour préparer
le futur projet « valorisation du français en Asie »
? Sur l’axe formation et recherche,
le plan a mis en évidence des acquis mais aussi des lacunes quant
à la formation initiale et continue des enseignants. Il s’agira
d’harmoniser les formations, les décloisonner, mutualiser
les compétences et ressources, relier recherche et formation,
et ce tant au niveau national que régional pour une meilleure
efficacité et une meilleure efficience. La formation devra se
faire selon un plan bien réfléchi et couvrir l’ensemble
des enseignants tout en dispensant un tronc commun et des formations
spécifiques dont chaque type d’enseignant a besoin. Elle
doit se faire non seulement au Vietnam mais aussi en Francophonie. D’autres actions pour rendre plus visible la francophonie et donner plus de motivations aux apprenants ont été prévues. Bref, ce plan vise à renforcer l’enseignement du français et par là la francophonie au Vietnam. Dans un contexte où le français doit faire face à la concurrence féroce de l’anglais, sa réalisation demande des efforts énormes des acteurs et partenaires concernés. Sans une coopération étroite et efficace, sans une poursuite de soutien méthodologique, technique et financier des partenaires francophones, ce plan aurait du mal à aboutir. Hanoi, le 12 février 2006 |
Par Daniel Weissberg, professeur
de géographie à l’Université de Toulouse
II - Le Mirail
Géopolitique
et représentations du français en Asie Avec ses deux langues officielles,
hindi et anglais, ses dih-huit langues nationales, l’Inde est
spontanément et organiquement plurilingue. S’il s’avère
que près de 10% des nationaux ont une maîtrise suffisante
de l’anglais pour assurer leur bonne insertion dans l’économie-société-monde
contemporaine, le français est de fait la « quatrième
langue », première langue étrangère enseignée
avec près de 350 000 apprenants dont 60 000 dans le supérieur.
Deux associations de professeurs de français s’efforcent
de mener à bien la vie associative autour de colloques, formations
continues et publications. Elles sont particulièrement actives
sur la côte Ouest (Mumbai, Goa) et autour de Pondichéry
et Chennai (Madras) où les héritages de la présence
française et des congrégations restent encore notables. Politiques
linguistiques et ingénierie du français La didactique à l’épreuve des cultures En Asie, l’apprentissage des langues en général, et celui du français en particulier, se fait en environnement socioculturel familier, mais forcément difficile, car la fonction identitaire qui signe l’appartenance à la nouvelle communauté linguistique exigerait un positionnement culturel au moins partiellement exogène. Dans ces conditions, en dehors de la situation non équivoque que constitue l’adhésion volontariste et contextuelle de certains apprenants à une langue/culture seconde et étrangère, la reproduction de modèles pédagogiques nationaux, la mise en œuvre de méthodes livresques et magistrales constituent autant de freins didactiques. L’avenir du français en Asie ne repose-il pas dès lors sur la capacité de ses vecteurs (institutions, entreprises, opérateurs linguistiques, enseignants, etc…) à assimiler et diffuser un modèle cognitif d’approche communicative faisant la part belle aux attendus de la diversité culturelle et valorisant l’enseignement du français et en français de disciplines non linguistiques. ? L’enseignement bilingue, miracle ou mirage ? Mis en œuvre dans l’enseignement primaire et secondaire du Vietnam (1994) puis du Laos et du Cambodge en suivant, décliné dans sa version proprement universitaire des filières universitaires francophones dans les mêmes pays, l’enseignement bilingue vise à créer les conditions d’accessibilité à l’univers de la formation linguistique et scientifique francophone avec un éveil précoce et continu au plurilinguisme et l’ouverture sur la culture « du dehors ». La réussite est indéniable en termes de diplômation et d’intégration universitaire et les lieux de formation initiés, établissements scolaires et universitaires, sont des points d’ancrage de l’action francophone. Décliné également, mais à une moindre ampleur, dans des établissements chinois ou thaïlandais, le système ne saurait être un modèle que dans le cadre d’appropriations nationales. Le peut-il quand les décentralisations et les dérégulations des systèmes éducatifs en cours en Asie renouvellent singulièrement les paramètres de pilotage des politiques linguistiques? The future of french in
Asia? |