FORMATION
À L'ENSEIGNEMENT DES SCIENCES EN FRANÇAIS : INSTITUT DE
FORMATION DES MAÎTRES EN ÉGYPTE
Entretien
avec Max-André Humbert, attaché de coopération
pour le français
Dans le cadre de la politique d'appui à l'enseignement des sciences
en français dans les écoles francophones égyptiennes,
le Service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade
a suscité la création d'un Institut de formation des maîtres,
sur le modèle des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres
(IUFM).
Comment est née cette idée
? Comment les autorités égyptiennes ont-elles réagi
à cette proposition ?
La création de l’Institut universitaire de formation des
professeurs (IUFP) au Caire s’est intégrée dans
le plan gouvernemental égyptien qui vise à améliorer
le niveau professionnel des enseignants. En Égypte, il n’y
a rien de comparable à nos IUFM et les titulaires d’une
licence de pédagogie peuvent être embauchés par
des établissements scolaires dès leur sortie de l’université.
Aussi une formation initiale complémentaire est-elle apparue
indispensable pour un enseignement de qualité.
La grande originalité de l’IUFP est de proposer aux futurs
professeurs francophones de la maternelle au secondaire, une formation
d’un an qui associe la théorie (générale
et disciplinaire) et la pratique. Deux fois par semaine, ces futurs
enseignants interviennent devant les élèves, dans la classe
d’un professeur-tuteur d’un établissement «
bilingue francophone ». Ils reçoivent, en plus, quatre
visites (formatives et certificative) d’un conseiller pédagogique
du Centre français de culture et de coopération (CFCC).
Enfin, un mémoire professionnel leur est demandé en fin
d’année.
L’IUFP offre cette formation à des enseignants de français,
de mathématiques et de sciences, car ce sont les matières
enseignées en français dans ces établissements.
Les autorités égyptiennes ont accueilli favorablement
cette création qui renforce la coopération entre les deux
pays dans un domaine où l’expertise française peut
apporter une formation indispensable qui manque.
Quand
a été créé cet Institut ?
En septembre 2004.
Décrivez-nous
le montage administratif et financier. Quels sont vos partenaires pour
ce projet ?
Il y a trois partenaires : le CFCC du Caire, l’IUFM de Paris,
l’université d’Hélouan, au Caire.
L’université d’Hélouan fournit des enseignants
- dont le responsable de l’IUFP -, les locaux, elle participe
à la rédaction des référentiels de formation
et délivre le diplôme national de pédagogie qui
sanctionne la réussite à la formation.
L’IUFM de Paris participe à la rédaction des référentiels
de formation, envoie des experts (missions) pour assurer une partie
des formations dispensées, organise des stages de formation en
France pour les professeurs universitaires égyptiens et pour
les futurs lauréats.
Le CFCC fournit un coordonnateur, les conseillers pédagogiques
et finance totalement le projet : missions, stages, visites en France,
vacations des universitaires égyptiens et des professeurs-tuteurs
en établissements.
Ce projet est « programmé » pour trois ans. Ce sera
ensuite à l’Égypte de le reprendre à son
compte et de le faire évoluer comme elle l’entend dans
le cadre de sa réforme de l’enseignement en l’étendant
peut-être à d’autres disciplines et en assurant une
formation pratique à l’ensemble des enseignants.
Combien
d'enseignants sont formés chaque année ?
Une cinquantaine la première année (2004-2005). La quasi-totalité
des stagiaires ont été reçus. Pour l’année
2005-2006, il y a 80 candidats inscrits.
Comment
est assurée la formation linguistique des enseignants ?
Cette formation s’adresse à des enseignants francophones.
Le test de français qu’ils passent avant l’inscription
montre leur véritable niveau linguistique. Des cours de remédiation,
pour ceux qui en ont besoin, sont assurés par le CFCC.
Quelles
sont les difficultés que vous rencontrez ?
Il y a les différences de niveau de compétences en langue,
mais aussi une très grande hétérogénéité
des enseignants scientifiques qui ont suivi des parcours universitaires
différents et à qui on demandera d’enseigner toutes
les sciences.
Notre effort porte surtout sur la didactique des disciplines ; une rapide
remise à niveau pour les connaissances scientifiques est cependant
nécessaire, car l’une ne va pas sans l’autre.
Comment
jugez-vous cette expérience ?
La formation des enseignants n’existe pas vraiment en Égypte.
L’expertise française propose là une formation initiale
originale et tout à fait adaptée au terrain. Compte tenu
des multiples demandes et réactions des participants, il apparaît
évident qu’elle correspond à un besoin très
fort. Au bout de la troisième année de fonctionnement
de l’IUFP, un bilan sera fait.
Un
enseignement des sciences en français vous paraît-il judicieux
dans le contexte de l'Égypte ? Est-il bien accepté ?
Enseigner les sciences en français permet, évidemment,
de pratiquer la langue et d’enrichir son vocabulaire en termes
spécifiques ; c’est aussi une opportunité pour proposer
une didactique nouvelle de la discipline, telle qu’elle est pratiquée
en France : ainsi, la « main à la pâte », démarche
expérimentale est une méthode qui permet un apprentissage
adapté au monde actuel ; c’est ainsi que l’on forme
un esprit curieux, capable de proposer des explications scientifiques
aux multiples questions qu’un citoyen peut se poser. Cette façon
d’aborder les problèmes scientifiques en classe est de
plus en plus acceptée, même s’il y a encore des freins
très puissants dans le système éducatif.
L'enseignement
des sciences physiques, des mathématiques et des sciences de
la vie et de la terre est-il très différent de celui prodigué
en France ?
Oui. En Égypte, l’enseignement est essentiellement transmissif,
sous-tendu par une évaluation qui ne juge que par l’exhaustivité
des connaissances. Ce système, qui n’est pas sans justification,
montre cependant ses limites et le Ministère cherche les voies
de la réforme. L’IUFP peut être une de ces voies.
Avez-vous des informations
sur les carrières des anciens élèves des écoles
francophones ?
Une partie intègre nos filières d’enseignement supérieur
qui délivrent des diplômes validés par des universités
françaises. Il y a aussi la nouvelle Université française
d’Égypte qui a été créée notamment
pour eux.