ACTUALITE DE L'ENSEIGNEMENT BILINGUE  

ENSEIGNEMENT BILINGUE DE DISCIPLINES SCIENTIFIQUES

Un stage de formation a eu lieu à Murcie (Espagne) les 8, 9 et 10 février 2006, concernant l’enseignement en deux langues des mathématiques, physique/chimie et biologie, organisé par la « Consejería de Educación » de Murcie et les Services culturels de l’Ambassade de France en Espagne.
Résolument centré sur les pratiques pédagogiques à mettre en œuvre dans les classes, ce stage a permis aux participants, tous enseignant les mathématiques et les sciences dans les nombreuses sections bilingues de la Communauté de Murcie, de s’entraîner à fabriquer des « préparations » d’unités didactiques en deux langues. Concrètement, dans la conduite des séquences pédagogiques, l’idée centrale de ce stage était, en effet, de se donner des repères, des règles et des balises pour croiser et alterner de manière pertinente les moments en Langue 1 et les moments en Langue 2, et de prendre en compte tout autant le volet des contenus que celui des méthodologies … En somme, comment gérer l’alternance des langues en classe ?
Il s’est donc agi d’une action de formation sous la forme de modeste « recherche-action », les participants acceptant d’expérimenter en classe les unités didactiques préparées en commun (en s’efforçant d’être attentifs aux quelques repères et hypothèses de travail formulés au cours du stage) et souhaitant naturellement se revoir pour échanger leurs observations.
Les recherches didactiques et la littérature pédagogique concernant l’enseignement de disciplines scientifiques en deux langues sont bien rares et nous ne pouvons qu’encourager ce type de stage (encadré à Murcie par l’ADEB) car la demande des professeurs de ces disciplines est forte.
Jean DUVERGER


FORMATION À L'ENSEIGNEMENT DES SCIENCES EN FRANÇAIS : INSTITUT DE FORMATION DES MAÎTRES EN ÉGYPTE

Entretien avec Max-André Humbert, attaché de coopération pour le français

Dans le cadre de la politique d'appui à l'enseignement des sciences en français dans les écoles francophones égyptiennes, le Service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade a suscité la création d'un Institut de formation des maîtres, sur le modèle des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM).

Comment est née cette idée ? Comment les autorités égyptiennes ont-elles réagi à cette proposition ?
La création de l’Institut universitaire de formation des professeurs (IUFP) au Caire s’est intégrée dans le plan gouvernemental égyptien qui vise à améliorer le niveau professionnel des enseignants. En Égypte, il n’y a rien de comparable à nos IUFM et les titulaires d’une licence de pédagogie peuvent être embauchés par des établissements scolaires dès leur sortie de l’université. Aussi une formation initiale complémentaire est-elle apparue indispensable pour un enseignement de qualité.
La grande originalité de l’IUFP est de proposer aux futurs professeurs francophones de la maternelle au secondaire, une formation d’un an qui associe la théorie (générale et disciplinaire) et la pratique. Deux fois par semaine, ces futurs enseignants interviennent devant les élèves, dans la classe d’un professeur-tuteur d’un établissement « bilingue francophone ». Ils reçoivent, en plus, quatre visites (formatives et certificative) d’un conseiller pédagogique du Centre français de culture et de coopération (CFCC). Enfin, un mémoire professionnel leur est demandé en fin d’année.
L’IUFP offre cette formation à des enseignants de français, de mathématiques et de sciences, car ce sont les matières enseignées en français dans ces établissements. Les autorités égyptiennes ont accueilli favorablement cette création qui renforce la coopération entre les deux pays dans un domaine où l’expertise française peut apporter une formation indispensable qui manque.

Quand a été créé cet Institut ?
En septembre 2004.

Décrivez-nous le montage administratif et financier. Quels sont vos partenaires pour ce projet ?
Il y a trois partenaires : le CFCC du Caire, l’IUFM de Paris, l’université d’Hélouan, au Caire.
L’université d’Hélouan fournit des enseignants - dont le responsable de l’IUFP -, les locaux, elle participe à la rédaction des référentiels de formation et délivre le diplôme national de pédagogie qui sanctionne la réussite à la formation.
L’IUFM de Paris participe à la rédaction des référentiels de formation, envoie des experts (missions) pour assurer une partie des formations dispensées, organise des stages de formation en France pour les professeurs universitaires égyptiens et pour les futurs lauréats.
Le CFCC fournit un coordonnateur, les conseillers pédagogiques et finance totalement le projet : missions, stages, visites en France, vacations des universitaires égyptiens et des professeurs-tuteurs en établissements.
Ce projet est « programmé » pour trois ans. Ce sera ensuite à l’Égypte de le reprendre à son compte et de le faire évoluer comme elle l’entend dans le cadre de sa réforme de l’enseignement en l’étendant peut-être à d’autres disciplines et en assurant une formation pratique à l’ensemble des enseignants.

Combien d'enseignants sont formés chaque année ?
Une cinquantaine la première année (2004-2005). La quasi-totalité des stagiaires ont été reçus. Pour l’année 2005-2006, il y a 80 candidats inscrits.

Comment est assurée la formation linguistique des enseignants ?
Cette formation s’adresse à des enseignants francophones. Le test de français qu’ils passent avant l’inscription montre leur véritable niveau linguistique. Des cours de remédiation, pour ceux qui en ont besoin, sont assurés par le CFCC.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
Il y a les différences de niveau de compétences en langue, mais aussi une très grande hétérogénéité des enseignants scientifiques qui ont suivi des parcours universitaires différents et à qui on demandera d’enseigner toutes les sciences.
Notre effort porte surtout sur la didactique des disciplines ; une rapide remise à niveau pour les connaissances scientifiques est cependant nécessaire, car l’une ne va pas sans l’autre.

Comment jugez-vous cette expérience ?
La formation des enseignants n’existe pas vraiment en Égypte. L’expertise française propose là une formation initiale originale et tout à fait adaptée au terrain. Compte tenu des multiples demandes et réactions des participants, il apparaît évident qu’elle correspond à un besoin très fort. Au bout de la troisième année de fonctionnement de l’IUFP, un bilan sera fait.

Un enseignement des sciences en français vous paraît-il judicieux dans le contexte de l'Égypte ? Est-il bien accepté ?
Enseigner les sciences en français permet, évidemment, de pratiquer la langue et d’enrichir son vocabulaire en termes spécifiques ; c’est aussi une opportunité pour proposer une didactique nouvelle de la discipline, telle qu’elle est pratiquée en France : ainsi, la « main à la pâte », démarche expérimentale est une méthode qui permet un apprentissage adapté au monde actuel ; c’est ainsi que l’on forme un esprit curieux, capable de proposer des explications scientifiques aux multiples questions qu’un citoyen peut se poser. Cette façon d’aborder les problèmes scientifiques en classe est de plus en plus acceptée, même s’il y a encore des freins très puissants dans le système éducatif.

L'enseignement des sciences physiques, des mathématiques et des sciences de la vie et de la terre est-il très différent de celui prodigué en France ?
Oui. En Égypte, l’enseignement est essentiellement transmissif, sous-tendu par une évaluation qui ne juge que par l’exhaustivité des connaissances. Ce système, qui n’est pas sans justification, montre cependant ses limites et le Ministère cherche les voies de la réforme. L’IUFP peut être une de ces voies.

Avez-vous des informations sur les carrières des anciens élèves des écoles francophones ?
Une partie intègre nos filières d’enseignement supérieur qui délivrent des diplômes validés par des universités françaises. Il y a aussi la nouvelle Université française d’Égypte qui a été créée notamment pour eux.


EMILANGUES, SITE D'APPUI POUR LES SECTIONS EUROPÉENNES OU DE LANGUES ORIENTALES EN FRANCE

Le site « Emilangues », désormais accessible au public, a pour ambition de fédérer les pratiques des enseignants en leur offrant des espaces d’échange, des ressources et des suggestions pédagogiques.

Développé, autour de sept langues (allemand, anglais, chinois, espagnol, italien, portugais, russe) et de trois disciplines non linguistiques (histoire - géographie, hôtellerie, sciences de la vie et de la terre), le site EMILANGUES couvre un large éventail de secteurs. Outre la publication d’actualités liées aux dispositifs de type « EMILE », il fournit des informations réglementaires et statistiques, il propose des parcours de formation ; il suggère des stratégies et recense des instruments susceptibles d’aider les enseignants à construire des projets d’échange et de favoriser ainsi l’ouverture internationale des établissements scolaires.

EMILANGUES comporte également des ressources pédagogiques variées et riches de propositions stimulantes. Il offre enfin, grâce à la rubrique « Le coin des … », un espace de mutualisation pour les idées et les pratiques que les professeurs des sections bilingues sont cordialement invités à utiliser et à enrichir de leurs conseils et de leur expérience.

Coordonnateur : François Giraudeau
Responsable de l’enseignement du second degré, Pôle langues étrangères, CIEP


À LIRE

Jean Duverger fait le point sur les rencontres de l’enseignement bilingue francophone en Europe dans le numéro de janvier-février 2006 de la revue Le français dans le monde. Sous le titre, « Les sections bilingues francophones en Europe se portent bien », il rend compte de l’ensemble de la manifestation.

Dans le dernier numéro du Français dans le monde de mars-avril 2006, Marisa Cavalli, professeur-chercheur à l'Institut régional de recherche éducative du Val d'Aoste en Italie, propose pour l’enseignement bi/plurilingue des pistes d’intégration au niveau des pratiques de classe et des méthodologies d’enseignement.

L’enseignement d’une matière intégré à une langue étrangère (EMILE) en Europe
Eurydice, janvier 2006, 80 p.
L’enseignement de disciplines non linguistiques dans une langue étrangère est pratiqué depuis plusieurs décennies ; certaines matières au programme sont enseignées dans une langue autre que celle du programme ordinaire, que ce soit une langue étrangère, une langue régionale ou minoritaire, voire une seconde langue nationale. Le rapport d’Eurydice s’intéresse à ce type d’enseignement, baptisé enseignement EMILE, dans 30 pays européens, essentiellement aux niveaux primaire et secondaire : le statut de cet enseignement, les langues cibles et son organisation. Il est notamment question des critères de recrutement des enseignants dispensant ces cours, de leur formation initiale et continue, des projets pilotes existants, des débats suscités et des obstacles à lever pour étendre leur diffusion. Il existe également un descriptif par pays.