REGARDS SUR ... L'ESPAGNE  

LES SECTIONS BILINGUES ESPAGNOL - FRANÇAIS EN ESPAGNE

par Fabienne Lallement, attachée de coopération éducative
Service culturel de l’ambassade de France en Espagne

Le développement des sections bilingues ou sections européennes s'inscrit dans le contexte des directives européennes recommandant aux États membres d'enseigner deux langues de l'Union Européenne dans les systèmes éducatifs, outre la langue nationale.

Les sections bilingues ou européennes en Espagne constituent une réponse adaptée à :

- la diversification linguistique et culturelle en Europe,
- la préparation de la mobilité étudiante et professionnelle,
- la participation aux programmes éducatifs européens,
- l'intensification des échanges scolaires et universitaires.

L’accord-cadre franco-espagnol
La signature d’un accord-cadre franco-espagnol à Madrid, le 16 mai 2005, par les deux ministres de l’Éducation pour le développement des dispositifs d’enseignement bilingue en langue française et en langue espagnole sur les deux territoires, constitue sans aucun doute la meilleure illustration de la volonté des autorités éducatives espagnoles et françaises de favoriser le plurilinguisme et la diversité culturelle. Cet accord-cadre, sept ans après les premières sections bilingues ouvertes en Andalousie, marque la reconnaissance officielle d’un dispositif souple et performant qui s’étend, année après année, sur la quasi-totalité du territoire espagnol.
À la rentrée scolaire 2006-2007, 14 communautés autonomes sur 17 accueilleront 15 000 élèves environ répartis au sein de plus de 140 sections bilingues.

L'expérience a débuté en septembre 1998 en Andalousie dans les écoles publiques, avec l'ouverture de classes bilingues en français dans les cycles primaire et en secondaire à Malaga et à Séville. À la rentrée 1999, alors même que l'Andalousie étendait son programme (Séville, Cadix), l'Aragon et La Galice ouvraient respectivement huit et deux sections bilingues. À la rentrée de septembre 2000, la communauté de Murcie démarrait à son tour ce programme bilingue dans trois établissements secondaires et l'Andalousie et la Galice l'étendaient à de nouvelles provinces. Le projet n’a cessé de se développer depuis. En septembre 2005, 10 communautés offraient un enseignement bilingue en langue française et 124 établissements scolaires accueillaient 12 000 élèves.

Il est nécessaire de préciser que le système éducatif espagnol est largement décentralisé et l’organisation des enseignements dépend à la fois du ministère de l’Éducation et des Consejerías de Educación au sein de chaque communauté. Les autorités éducatives régionales jouent un rôle important pour l’extension du dispositif.
Ce programme bénéficie aussi du soutien de la coopération française dans le cadre d’accords administratifs signés entre les Consejerías de Educación des Communautés autonomes et le Service culturel de l’ambassade de France en Espagne. L'aide que la partie française entend apporter à ces sections bilingues, qui fonctionnent dans des établissements espagnols et avec des enseignants espagnols, se manifeste généralement par un appui pour la formation pédagogique et par une intégration de ces classes dans un/des réseau(x) (régional, national, bilatéral, européen) d'échanges éducatifs.

Dispositif d’enseignement bilingue
Les sections bilingues "espagnol-français" sont des classes où l'enseignement est dispensé en deux langues : principalement en espagnol, bien sûr, mais aussi, pour partie, en français. Il ne s'agit pas seulement d'un enseignement DE français, mais aussi d'un enseignement EN français, le français étant langue d'apprentissage, langue véhiculaire.

Les objectifs, les programmes et contenus sont ceux des instances officielles espagnoles, et les professeurs sont toujours des nationaux. Les établissements qui accueillent une section bilingue reçoivent généralement un assistant de langue française mis à disposition par le ministère espagnol de l’Éducation ou les Consejerías de Educación des Communautés.

Un enseignement de la langue française renforcé
L'enseignement de la langue française dans les différentes sections est renforcé ; par exemple, il est de deux à trois heures au niveau primaire, et de trois à quatre heures au niveau secondaire. À terme, il s'agit de mettre en place des activités, des thèmes et des projets conduits dans les deux langues avec des objectifs à la fois linguistiques et culturels. L'enseignement EN langue française (L2) est introduit le plus tôt possible dans le cursus scolaire. La langue française s’apprend, se renforce par l’enseignement des disciplines. Ainsi, pour le primaire, deux heures au moins sont consacrées à des enseignements-apprentissages en langue française, notamment pour l'étude de l'environnement, des arts plastiques, de l'éducation physique et au niveau secondaire et de la même façon, deux heures au moins de disciplines non linguistiques (histoire géographie, biologie, physique, etc.) sont assurées en langue française.

Une grande diversité et souplesse du dispositif
Le dispositif d’enseignement bilingue en Espagne est caractérisé par une souplesse importante et une grande diversité. Il peut débuter en première année d’école primaire, en troisième année ou bien en première année de l’enseignement secondaire. Il est appuyé sur des projets et établi en fonction des ressources humaines présentes dans les établissements. Les élèves peuvent ainsi être en contact avec plusieurs disciplines enseignées en langue française au cours de leur scolarité.

Une certification en fin de parcours
À l’issue de celle-ci (généralement à la fin de l’enseignement secondaire obligatoire), les élèves des sections bilingues passent le DELF scolaire (B1 ou B2). Les taux de réussite, proches de 100 %, attestent de la performance du système pour l’apprentissage du français. Le dispositif évolue d’ailleurs au fil des années et les questions pour son amélioration sont constamment présentes dans les rencontres nationales et régionales. La réflexion pour la mise en place d’une certification binationale (bachibac) à l’étude entre les deux ministères de l’Éducation devrait aussi à terme avoir un impact non négligeable pour un certain nombre de sections.

Madrid, le 20 juin 2006


NOUVELLES PERSPECTIVES POUR LES SECTIONS BILINGUES DANS LES SIX COMMUNAUTÉS AUTONOMES DU NORD DE L'ESPAGNE

par Adelino Braz, attaché de coopération pour le français
Service culturel de l’ambassade de France en Espagne

Signature d’accords de coopération éducative
Le programme des sections bilingues dans les communautés autonomes du nord de l’Espagne connaît, depuis septembre 2005, un nouvel essor. En effet, le renforcement de la coopération éducative a permis d’étendre l’enseignement bilingue à l’ensemble des six Communautés autonomes du nord de l’Espagne, à savoir, les Asturies, la Cantabrie, la Galice, La Rioja, la Navarre et le Pays Basque. Bien que la position du français soit encore modeste, cela montre un intérêt explicite pour la promotion et le développement du français comme langue de communication et d’apprentissage. Preuve en est la signature d’accords de coopération éducative avec les différentes Consejerías de Educación.

Consolidation des sections bilingues et ouvertures vers les académies en France
Cette nouvelle perspective s’est inscrite dans une double dynamique : d’abord, il s’agissait de consolider les sections linguistiques déjà en place, en contribuant à la formation des enseignants d’une part, et en renforçant, d’autre part, les échanges avec les académies en France. Relativement au premier point, des formations axées sur la méthodologie de l’enseignement bilingue ont été menées en Galice, qui dispose de 16 sections dans le secondaire, en Asturies, qui regroupe 3 sections et en Cantabrie qui compte actuellement 8 sections dans le secondaire et 28 établissements du primaire qui anticipent le français comme deuxième langue étrangère obligatoire.

Cette action s’est révélée déterminante dans la mesure où les enseignants de disciplines non linguistiques, confrontés le plus souvent à un manque de repères pédagogiques, ont pu ainsi mettre en pratique dans leur classe, de nouvelles stratégies d’apprentissage : assurer une juste alternance des langues selon des critères rigoureux afin d’éviter l’arbitraire, mettre en place une collaboration constitutive avec le professeur de langues, cerner les exigences de la méthodologie française, utiliser les recours du multimédia aussi bien pour l’apprentissage de la matière en français que pour la pratique spécifique de la langue. À cela, il convient d’ajouter les actions de formation pour la préparation du DELF scolaire, destinés aux enseignants, afin de cibler les cours sur les exigences de cet examen.

Concernant le deuxième point, signalons la convention entre la Consejería de Educación de Cantabrie et l’académie de Rennes signée en octobre 2005, et celle entre la Consejería de Educación de la Principauté des Asturies et l’académie de Besançon, signée juin 2006. Ces initiatives offrent ainsi les conditions nécessaires pour établir des actions de coopération ayant pour objectif la formation et l’échange d’enseignants.

Introduction du programme des sections bilingues en Navarre, dans La Rioja et au Pays basque

Ensuite, le second mouvement consistait à introduire le programme des sections bilingues dans les Communautés autonomes là où il n’existait pas, et plus précisément en Navarre, dans La Rioja et dans le Pays basque. Pour cela, il s’est révélé fort utile, de travailler en amont auprès des différents chefs de service s’occupant de la réglementation et de l’innovation pédagogique afin d’expertiser les besoins et d’adapter le projet aux profils linguistiques de ces systèmes éducatifs. Ainsi, en Navarre le plan d’action se décompose en deux étapes : renforcer l’enseignement du français et l’orienter sur une voie interdisciplinaire pendant les deux premières années du secondaire afin que les élèves puissent par la suite, à savoir lors des deux années suivantes, apprendre le français comme langue de communication de disciplines non linguistiques.

Dans La Rioja, le but poursuivi est de soutenir et de renforcer le « Projet d’innovation linguistique » qui intègre la langue étrangère au contenu disciplinaire. Sur le plan du français, ce programme comprend deux modèles A et B, le premier, qui est majoritaire, se limitant à utiliser le français en classe comme outil de communication extra scolaire, et le second comme langue d’enseignement. Sur ce point, la priorité est de permettre d’opérer le passage des sections suivant un modèle A vers un modèle B, et de développer et renforcer les sections du modèle B.

Enfin, dans le Pays basque, la difficulté était de pouvoir introduire le français dans un système bilingue, avec l’euskera et le castillan, qui favorisait en plus l’apprentissage de l’anglais. Cela dit, cette difficulté s’est transformée en atout pour deux motifs : d’une part, l’expérience du plurilinguisme est une réalité pour les enseignants et les élèves, et d’autre part, les autorités éducatives considèrent que le français est la troisième langue du Pays basque. Afin de pouvoir mener à bien ce projet, un travail d’information et de présentation des sections linguistiques a été mené auprès des directeurs d’établissements, des enseignants ainsi que des parents d’élèves, travail qui a trouvé un accueil très favorable et qui a permis de répondre aux différentes objections.

Il faut donc reconnaître qu’il existe actuellement un contexte favorable à la promotion du français dans les Communautés autonomes du nord de l’Espagne, contexte qui s’explique par deux raisons majeures : le programme des sections bilingues ou trilingues se présente comme une innovation pédagogique, aussi bien pour l’enseignement des disciplines que pour l’enseignement des langues ; la mobilité européenne est une priorité commune à tous les systèmes éducatifs et à ce titre, elle ne peut être assurée que par un enseignement axé sur le plurilinguisme.


FORMATION DES ENSEIGNANTS DES SECTIONS BILINGUES DE LA COMMUNIDAD DE MADRID. MAI 2006-2007

par Carmen Macías, Asesora secciones lingüisticas de Comunidad de Madrid et Dominique Miquel-Ortega, attaché de coopération pour le français, Institut français de Madrid

1 - Le contexte

Dans le cadre de sa politique éducative qui vise à étendre et promouvoir l’enseignement bilingue, la Communauté de Madrid a décidé d’implanter des sections bilingues français - espagnol au collège, dans douze établissements de la Communauté autonome. Cette implantation sera effective en septembre 2006.
L’Ambassade de France s’est engagée à suivre le projet dans son ensemble, notamment en accompagnant la formation des professeurs concernés. Un partenariat étroit s’est donc engagé avec la Consejería et a permis de mettre en place une réelle collaboration binationale, de co-construction, allant ainsi bien au-delà d’un simple partenariat institutionnel.

Dans un premier temps, il a été décidé de concevoir une formation initiale comprenant deux volets : d’une part, la formation linguistique des enseignants des disciplines non linguistiques (DNL), et d’autre part, la formation méthodologique pour l’ensemble des enseignants des sections bilingues.
Pour le premier volet, l’Institut français et la Communauté de Madrid collaborent à la formation en langue des professeurs de DNL ayant besoin d’améliorer ou d’actualiser leurs compétences en français. Des cours, qui ont fait l’objet d’un accord financier entre les deux institutions, ont déjà débuté et continueront tout au long de l’année scolaire 2006-2007.
Pour le second volet, un stage d’une semaine destiné aux quarante professeurs de DNL (histoire géographie, technologie, sciences de la vie et de la terre, musique, EPS, arts plastiques) et aux dix-sept professeurs de français s’est déroulé du 29 mai au 2 juin 2006 au Centro Regional de Formación e Innovación de la Comunidad de Madrid, Las Acacias.
L’enjeu était d’introduire une problématique méthodologique de l’enseignement bilingue qui prenne en compte les objectifs de chacun, tout en construisant la nécessaire articulation entre les différents acteurs de diverses disciplines et cultures pédagogiques, afin que chacun puisse identifier et intégrer son rôle dans une perspective systémique.

Pour réaliser cette formation, il nous a semblé intéressant de tirer partie des ressources locales dont nous disposions sur place. C’est pourquoi nous avons sollicité la collaboration du Lycée français de Madrid, et des enseignants espagnols des DNL d’autres provinces déjà engagées dans les projets bilingues depuis plusieurs années.

2- Le montage de la formation

La structure de base du projet de formation comprenait :

1. Visites de classe et rencontres avec les enseignants du Lycée français de Madrid, pour un contact avec la discipline dans l’enseignement français. L’idée n’était pas de modéliser, car le schéma d’enseignement ne sera jamais le même, mais de rechercher des informations et des ressources. Ce qui pourrait peut-être se prolonger par la suite, par un travail commun entre enseignants français et espagnols de la même discipline.

2. Introduction au Français sur Objectif Spécifique (FOS) pour les enseignants de français

3. Visite du Centre de Documentation et Information (CDI) du lycée, rencontre avec un libraire français, exposition de matériel sélectionné afin de donner des orientations sur les ressources existantes et aider à l’élaboration d’un choix réfléchi d’acquisitions d’ouvrages et de matériel par les établissements.

4. Conférences introductives sur le bilinguisme et témoignage d’une enseignante sur son expérience en Andalousie : ressources, articulation, obstacles et satisfactions.

5. Partage d’expériences (par DNL) avec les collègues de province.
Les professeurs de français ont assisté à cet atelier avec des consignes d’adaptation à la préparation d’un cours de FOS.

Le principe général de l’organisation était d’alterner le travail par regroupement disciplinaire (le FOS étant considéré comme une discipline) et les temps de rencontre, de partage, et de construction de valeurs communes à l’ensemble des participants. L’organisation spatio-temporelle s’est faite de la façon suivante :

 
lundi
mardi
jeudi
vendredi
Professeurs de DNL Observation de classes au lycée français de Madrid
groupe 1
Observation de classes au lycée français de Madrid
groupe 2
Suite des échanges d’expériences (par regroupement disciplinaires) avec les enseignants espagnols des autres provinces impliqués dans les sections bilingues depuis plusieurs années.

Observation de classes au lycée français de Madrid
groupe 3

Professeurs de Français Français sur Objectifs Spécifiques, par JM. Mangiante Français sur Objectifs Spécifiques, par JM. Mangiante    

Tronc commun

       

Le mercredi, ont eu lieu :

- la conférence d’ouverture de Jean Duverger sur l’enseignement bilingue : généralités, principes et méthodes,
- la conférence de Fabiola Santisteban : articulation, ressources et démarches,
- des échanges d’expériences avec les enseignants espagnols des autres provinces impliqués dans les sections bilingues depuis plusieurs années.

3 - Suite, mais non fin

La lecture des évaluations anonymes, nous montre un indice de satisfaction en général très élevé, la moyenne se situant entre 9/10 et 10/10 pour les différents items dans 75 % des questionnaires remplis.

Il ressort également que la plupart des enseignants demandent une suite à ces rencontres sous des formes assez précisément exprimées :

- une continuité en FOS pour les enseignants de français, afin notamment de mettre en pratique l’élaboration du matériel et des séquences de cours avec l’aide d’un spécialiste ;
- pour les professeurs de DNL, un besoin d’intégrer des groupes de travail par discipline pour mutualiser les pratiques et les ressources et élaborer du matériel didactique.

Nous sommes conscients que l’évaluation à chaud, ou « évaluation du show » n’est pas suffisante pour mesurer la portée d'un tel dispositif. C’est maintenant sur la durée qu’il faudra évaluer le transfert et la construction de compétences.
Par contre, nous sommes en mesure d’affirmer qu’un engagement institutionnel fort dans la formation, en terme de moyens et de procédures, ne peut qu’accroître les chances de réussite d’un projet. Les conditions ici semblent réunies.

Madrid, le 14 juin 2006


CARTE DES SECTIONS BILINGUES EN ESPAGNE
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LA « DOUBLETTE » : UN OUTIL AU SERVICE DE L'APPRENTISSAGE DANS UN CONTEXTE BILINGUE

par Agnès Carnel, inspectrice de l’Éducation nationale en résidence à Madrid, AEFE

Le réseau ibérique des établissements français est composé de 24 établissements, sur deux pays : Espagne et Portugal. Ils accueillent de 7 % d’élèves français ou binationaux à Bilbao à 56 % à Palma de Majorque.
Cet ensemble fonctionne en réseau grâce à des textes institutionnels, à un plan régional de formation et à un enjeu commun : assurer à chaque élève, quelle que soit son origine linguistique, les meilleures chances de réussite scolaire en s’appuyant sur le développement de compétences multilingues.

Langues enseignées, langues d’enseignement
Les élèves bénéficient d’un enseignement en/du français de 24 heures aux cycles 1 et 2 et de 23 heures au cycle 3. Enseignement dispensé par des titulaires français ou des recrutés locaux qui sont chargés de mettre en œuvre les programmes français.
L’espagnol et le portugais sont enseignés et sont vecteurs d’enseignement pendant trois heures aux cycles 1 et 2 et quatre heures au cycle 3. Ces heures, dites de lengua, sont dispensées par des professeurs recrutés localement.
Le catalan est également enseigné à Barcelone et aux Baléares à raison d’1 h 30 par semaine.
De plus, l’anglais est enseigné 1 h 30 par semaine, au cycle 3, dans tous les établissements, pour certaines écoles depuis la rentrée 2005.
Il ne s’agit donc pas d’un enseignement bilingue à parité horaire, mais d’un enseignement dans un contexte bi ou plurilingue. L’espagnol ou le portugais restent majoritairement les langues utilisées en récréation, elles sont langues d’immersion pour les élèves francophones ou étrangers tiers. Le français est langue maternelle pour moins d’un tiers des élèves et langue de scolarisation pour tous.
Cette organisation des langues est conforme à la circulaire de l’AEFE de 2004 : l’enseignement des langues vivantes dans les établissements à programme français.

La doublette : un outil au service du bilinguisme
12 ans d’existence en péninsule ibérique
Jean Duverger, à la fin des années 1980, pendant sa mission d’inspecteur en Espagne, a permis une réflexion sur l’articulation des apprentissages dans les deux langues. En 1992, on assiste à une harmonisation des horaires de langues sur l’ensemble de la péninsule. En 1994, des travaux en doublettes apparaissent ; les horaires sont institutionnalisés en 1998.

Un contrat didactique particulier
- pendant une heure par semaine (prise sur les heures de lengua) les élèves bénéficient d’un enseignement en doublette, c’est-à-dire en présence des deux enseignants : français et espagnol ou français et portugais ;
- les deux enseignants sont le plus souvent bilingues, mais quand ils interviennent ensemble ils respectent le principe : un locuteur, une langue.
- les élèves « apprennent une seule fois » en utilisant la langue de leur choix ou celle de leur interlocuteur.

Les doublettes peuvent être conduites dans tous les domaines, dans toutes les disciplines de l’école primaire et dans tous les cycles.

Les objectifs

Parmi d’autres pratiques de classe, la doublette permet de :
- affirmer l’égalité de statut des langues et cultures,
- assurer un bilinguisme serein, non conflictuel,
- veiller la conscience métalinguistique de l’élève,
- verbaliser pour apprendre,
- favoriser le travail d’équipe bilingue des enseignants.

La doublette est donc un outil pour :

- prendre en compte les cultures présentes dans la classe : similitudes et différences,
- observer les langues à l’oral et à l’écrit : expliciter les ressemblances et les différences ; analyser les interférences,
- Apprendre et organiser des savoirs dans les langues présentes dans la classe,
- Permettre aux élèves de montrer leur compréhension des situations, leurs savoirs notionnels (DNL) et linguistiques ,
- Faire travailler et réfléchir des enseignants ensemble,
- Évaluer les acquis des élèves en associant deux regards.


Des exemples d’activités pédagogiques

Classe maternelle : Moyenne section (4-5 ans) / Grande section (5-6 ans) dans le domaine du langage
Une enseignante lit un album de littérature dans une langue (L. A). L’autre enseignante demande aux élèves de raconter cet album (L. B). Cela permet de mesurer le degré de compréhension de la L. A et la maîtrise du langage d’évocation en L. B. Selon le degré de maîtrise des langues, on peut inciter des enfants à utiliser la langue seconde et leur montrer qu’ils peuvent aussi réussir dans cette langue.

Cycle 2 : CE1 (6-7ans) dans le domaine des mathématiques
Problème de partage de 67 euros en 4 boîtes avec au minimum 12 euros dans chaque boîte.
L’explication se fait en français, un enfant est invité à la formuler en espagnol, ce qui permet de revenir sur « au minimum » qui n’était pas compris. Recherche par groupes dans l’une et l’autre langue, les enseignants aident à la verbalisation et à l’écrit, chacun dans sa langue.
Mise en commun des recherches : le choix de la langue d’expression est laissé aux élèves. On remarque que certains élèves choisissent le français, même si c’est plus difficile pour eux. L’enjeu (apprendre le français) est ainsi affirmé par certains élèves.
On retient des formulations dans les deux langues. On vérifie la compréhension de la situation mathématique et on étaye les élèves qui éprouvent des difficultés. On favorise l’acquisition de vocabulaire spécifique et on montre qu’on apprend « une seule fois » et qu’on peut exprimer le savoir dans l’une ou l’autre langue.

Cycle 3 : CM1 (9-10 ans) dans le domaine « maîtrise de la langue »
Fabriquer des mots-valises et les définir.
Des propositions, retenues la semaine précédente, sont écrites au tableau. Les élèves sont invités à les valider. Moment pertinent qui permet de comparer les deux langues sur les plans phonétique et orthographique. Il s'agit de ne conserver que des mots-valises écrits en français ou en espagnol. On travaille ainsi sur les interférences.
Pour la définition, les critères sont rappelés : ne pas utiliser le mot à définir, utiliser une structure relative. Dans les deux langues, ces critères existent.
Les deux enseignants accompagnent l’activité des groupes, chacun dans sa langue de référence.
Mise en commun : ils écrivent les propositions au tableau, ce qui permet l’observation des deux langues, les échanges et l’enrichissement des définitions.

D’autres activités en doublette
Cycle 1 : accueillir des petits le matin ; trier des objets par couleur ; préparer les fêtes de Noël.
Cycle 2 : construire un imagier bilingue en cherchant des mots dans des documents dans les deux langues. On observe que les lettres ne font pas toujours le même « bruit » ; classer des animaux selon la façon dont ils naissent ; jouer à des jeux traditionnels.
Cycle 3 : répondre à un questionnaire en choisissant la langue pour distinguer l’évaluation du savoir de celle de la maîtrise de la langue ; comparer en géographie Madrid et Paris ; le Moyen Age en Espagne et en France ; découvrir deux versions d’un même texte ; trouver des similitudes entre deux oeuvres.

Un contrat pédagogique
Les enseignants comme les élèves disent le plaisir éprouvé lors du travail en doublette : « c’est très amusant et c’est bien de parler les deux langues parce qu’on apprend plus ».
Au-delà du plaisir, la doublette prend toute son efficacité quand les enseignants ont clairement défini les objectifs et les contenus notionnels et linguistiques.
Au-delà de la séance hebdomadaire, il s’agit d’utiliser les apports de la doublette pour créer des attitudes chez les enseignants. L’enseignant est le référent linguistique d’une langue et il assure une vigilance linguistique, bienveillante et constructive, dans le quotidien de la classe.
Au-delà de la classe, un travail d’équipe est nécessaire pour assurer cohérence, continuité et évaluation des apprentissages.
Au-delà de l’équipe, il s’agit d’expliquer aux familles la cohérence de ces dispositifs « intégrés » et l’efficacité pédagogique qui peut en résulter pour leurs enfants.