FICHE
DE TRAVAIL / ENSEIGNANT
- Qu’appelle-t-on
“ analyse pré-pédagogique des textes ” ?
“ Tout texte destiné à être utilisé
dans un cours de langue nécessite une analyse préalable
par l’enseignant. On l’appellera analyse pré-pédagogique,
car elle concourt à la préparation de l’acte pédagogique
[...].
Dans le domaine particulier de la compréhension de l’écrit,
l’analyse pré-pédagogique a deux objectifs principaux
:
- d’une part, elle constitue pour l’enseignant un moyen
d’investigation des fonctionnements d’un texte à
différents niveaux (lors d’un cours, il doit, en effet,
pouvoir répondre aux demandes pas toujours prévisibles
des apprenants) ;
- d’autre part, elle doit permettre à l’enseignant
d’imaginer des stratégies pédagogiques pour aider
les apprenants à accéder au(x) sens d’un texte (techniques
de repérages, découverte d’indices, tactiques de
vérification par exemple).
L’analyse pré-pédagogique
consiste à poser sur le document plusieurs regards successifs
afin de trouver l’angle d’attaque pédagogiquement
le plus efficace pour entrer dans le texte. Elle doit donc tenir compte
des particularités de chaque groupe d’apprenants, de leurs
motivations et de leurs besoins ».
Extrait de Situations
d’écrit, S. Morand, Paris, CLE International,
1979, p. 74 (ouvrage formateur, qui conserve toute son actualité).
- Fiche d’analyse pré-pédagogique
du dépliant Versailles
1. Approche
sociolinguistique
Nature, date et origine du document
Il s’agit d’un dépliant, en date du mois de mars,
issu de l’Office du tourisme de la ville de Versailles en France
(situer Versailles sur la carte de l'Ile-de-France, et cette région
sur la carte de France)
Emetteur
(s) du dépliant
Vraisemblablement, un rédacteur (ou un groupe de rédacteurs)
de l’Office du tourisme
Récepteur(s)
(lecteurs)
Tout visiteur, français ou étranger, qui se présente
à l’Office de tourisme ou qui le trouve à l’entrée
du Château
Statut
du message
Ce dépliant est un document semi-officiel qui a l’aval
de l’Office du tourisme et les conférencières dont
on cite les noms au verso sont reconnues comme professionnelles (cf.
la Caisse Nationale des Monuments historiques)
Variété
de langue
Texte rédigé en français standard apparemment.
Lexique : quelques termes spécifiques [le passé médiéval,
Louis XIV (chiffres romains), conférencières agréées],
les noms de monuments : le couvent de la reine, la cathédrale
Saint Louis, le quartier des ministères, la salle du congrès,
le théâtre Montansier, l’hôtel* de Madame de
Pompadour
Historique du mot hôtel
: à partir du latin «hospitalem» est né un
doublet, c’est-à-dire deux mots à partir d’un
seul. L’un a suivi l’évolution normale du latin au
français – hospitalem, hostalem, hostal, hostel, hôtel
- et l’autre a été inventé au 16e siècle, directement calqué sur le latin – hospital,
hôpital - Les deux termes ont peu à peu pris un sens spécialisé,
l’un désignant le lieu d’habitation réservé
aux voyageurs, l’autre celui réservé aux malades.
Mais l’hôtel a pris aussi, surtout à partir du 17e
siècle, le sens de résidence belle et confortable, construite
en ville par les aristocrates ou les grands bourgeois (voir, par exemple,
dans le quartier du Marais à Paris). On parle alors d'un hôtel
particulier.
Implicites
culturels
Qu’évoquent dans l’imaginaire de chacun le nom de
VERSAILLES : le château (et l’Histoire qui s’y rattache)
ou la ville et son image ?
Vers l’Histoire
Cette partie serait à développer dans un cours
orienté vers l’Histoire de France .
On rappelle le constructeur du Château, le Roi Louis XIV, puis
le roi Louis XV qui l’occupa le plus longtemps ; avec la vogue
de la reine Marie-Antoinette (cf. le film) le Trianon, le Hameau de
la Reine et son mari, le Roi Louis XVI, qui furent tous deux guillotinés
en 1793 !
Mais la Ville ? On en parle peu.
Dans tous les centres de documentation, chacun peut trouver un grand
nombre de documents audio, audio-visuels, écrits et iconiques
pour illustrer ce pan de la vie du temps de la monarchie à Versailles
et ses alentours.
Vers l’architecture et tous les arts et artisanats : Versailles,
reflet des arts et techniques de son temps (assèchement des marais,
système hydraulique, construction du château en pierre
d’Ile-de-France, construction des dépendances – écuries
par exemple dans la ville – ornementation intérieure et
extérieure du château, etc. Style des maisons de Versailles.
Leur utilité.
Vers la géopolitique
Versailles et Paris, les deux pôles de la monarchie et du gouvernement.
- L’installation du monarque à Versailles a-t-elle causé
des changements politiques sur le long terme ?
- En quoi le Château de Versailles, symbole de la monarchie absolue
et du génie français, fut-il une référence
pour les autres cours d’Europe durant les trois siècles
suivants ?
2. Approche
linguistique et discursive
• Marques formelles d’énonciation
cf. le cadre formel de l’énonciation caractérisé
par la Présence ou l’absence de l’émetteur
(ENONCIATEUR) et/ou du récepteur (ENONCIATAIRE) du message, de
marques de lieu (ICI) ou de temps (MAINTENANT)
a)
Indices (ou marques) de la présence
de l’émetteur du message (énonciateur)
Une seule marque nos (fin du 1er
paragraphe)
NB. Le rédacteur par l’emploi de ce nos
révèle qu’il est français.
b) Indices
de la présence du récepteur du message (énonciataire)
quatre marques ( les 2 pronoms personnels VOUS et les 2 terminaisons
de seconde personne –EZ) : (la ville) vous (paraîtra), promenez-vous,
découvrez
c) Lieu
d’énonciation
Versailles (car le lecteur du dépliant est à Versailles,
sur place, ou dans un lieu proche de la ville et du château).
Le dépliant se lit une fois arrivé à destination.
d) Moment
d’énonciation
Celui de la visite à Versailles
• Modalités :
Définition
Pour Charles BALLY, linguiste français du début du XXe siècle, la modalité
est « la forme linguistique d’un jugement intellectuel,
d’un jugement affectif ou d’une volonté qu’un
sujet pensant énonce à propos d’une perception ou
d’une représentation de son esprit », ce qui lui
permet de poser un rapport entre le dictum,
contenu représenté, et le modus,
ce qui en est dit.
a) Modalité
de l’obligation
On trouve au recto du document deux occurrences (ou emplois) dans le
même paragraphe, de la modalité déontique,
celle de l’obligation, repérables à l’emploi
de deux impératifs à la seconde personne ; ils signalent,
dans ce contexte, et sous une forme atténuée, plutôt
un conseil, une recommandation ;
on pourra reformuler par « nous
vous conseillons de vous promener dans les bosquets et le parc, puis
ensuite n’oubliez pas de découvrir la ville »
b) Modalités
“ appréciatives ” (qui ont rapport avec l’appréciation,
la valorisation, positive ou négative)
Valorisation positive
- au moyen de termes rendus positifs grâce au contexte :
VERSAILLES, VILLE d’ART ET VILLE ROYALE (renforcé par l’emploi
de lettres capitales
Ville d’Art et d’Histoire)
- au moyen d’un superlatif
Elle est l’œuvre d’un de nos plus grands rois
- ou encore au moyen d’un terme intrinsèquement positif,
le verbe « admirer »
Après avoir admiré le Château.
Renforcement
de la valorisation au moyen d’un tour de renforcement fondé
sur la matrice suivante :
Versailles n’est pas uniquement le synonyme du Château.
C’est aussi une Ville d’Art et d’Histoire.
Un effet de dévalorisation
/revalorisation
La ville de Versailles est « dévaluée » (ligne
4) par le terme « neuve » qui, dans ce contexte, apparaît
comme négatif et par la phrase qui développe cette dépréciation
« elle n’a pas de passé médiéval ».
Le connecteur «mais » vient heureusement revaloriser positivement
la ville : « mais elle est l’œuvre d’un de nos
plus grands rois ».
•
Traces de reformulation
Au recto, toute la partie du document rédigée en italiques,
est une reformulation sous une forme développée du titre
:
VERSAILLES : VILLE D’ART ET D’HISTOIRE
Le verso est la reformulation des deux premiers mots du titre
VISITES - CONFERENCES
•
Actes de parole
L’intention de communication passe par les Actes de parole (AP)
FAIRE RESTER
PERSUADER de visiter non seulement le Château mais aussi la Ville
royale.
3. Approche typographique, syntaxique,
textuelle
• Mise en valeur typographique
(caractères gras, italiques, parenthèses, etc.)
Elle est étudiée en même temps que les modalités
appréciatives
Elle montre que la typographie fait partie à part entière
de l’accès au sens dans un message écrit
(ordre du scriptural)
• Répétition
de termes, effet d’insistance
Cf. modalités appréciatives
Ville : 3 fois
Ville d’Art : 2 fois
Ville Royale : 1 fois
Elle est l’œuvre d’un de nos plus grands rois : 1 fois
Ville d’Histoire : 1 fois
•
Reprises anaphoriques (cf. la cohésion ou cohérence
textuelle)
Fonctionnement simple par reprise du référent VERSAILLES,
au moyen de Ville (et ses variantes : Ville d’art et d’Histoire,
Ville d’Art, etc.) et au moyen du pronom elle.
• Constructions
récurrentes
Le tour de renforcement est fréquent dans le discours du tourisme
; il a été signalé au cours du repérage
des modalités appréciatives.
•
Types de textes
Unité ou mixité textuelle ?
Ce dépliant est informatif : liste des conférences au
verso, adresse de l’Office du tourisme au recto et au verso, énumération
des particularités de la Ville …
Mais quelle est l’intention de communication de l’énonciateur
en énumérant les particularités de la Ville de
Versailles même, ainsi que les conseils donnés À
quoi cela sert-il ? Et pourquoi ces italiques qui attirent le regard
du lecteur ?
Cela sert à persuader le visiteur de parcourir la Ville, de voir
ses richesses architecturales et historiques et de dépenser un
peu d’argent sur place ! On est donc en face d’un texte
qui relève aussi d’une certaine forme du type argumentatif.
On pourrait le gloser (reformuler) ainsi :
Certes, vous venez à Versailles pour voir le Château et
son parc et vous avez raison. C’est admirable. Mais pourtant vous
auriez tort de quitter Versailles sans visiter la ville. Elle le mérite,
bien qu’elle ne soit pas une cité médiévale,
mais une cité du XVIIe siècle « seulement
». Nos conférencières agréées sont
à votre service !