REGARDS SUR ... LA RÉPUBLIQUE TCHÈQUE  

LES SECTIONS BILINGUES FRANCO-TCHÈQUES

par Franck Hivert, attaché de coopération pour le français et responsable du secteur de coopération linguistique et éducative

1. État des lieux

Les sections bilingues franco-tchèques ont été créées dans les années 1990 et 1991, à la demande du ministère tchèque de l’Éducation. Ces classes bilingues ont été ouvertes dans des lycées réputés de Prague, Brno, Olomouc et Tabor. À la rentrée 2005-2006, on y dénombre 841 élèves pour l’ensemble des quatre sections.
Les élèves sont recrutés sur concours. Celui-ci comprend une épreuve de mathématiques, de tchèque et des tests psychologiques. La connaissance du français n’est pas exigée pour s’y présenter.
Le cursus des sections bilingues est de six années (contre quatre pour le cursus tchèque). Les élèves sont recrutés après la classe de 7ème de l’enseignement fondamental (fin de 5ème française). Pendant les deux premières années, ils terminent leur scolarité obligatoire (9 ans) et apprennent le français à raison de neuf heures par semaine. Les quatre années suivantes, les mathématiques, la physique, la chimie, l’histoire et la géographie sont enseignées en français, sans oublier le français comme discipline qui devient progressivement langue seconde. En fin de cursus, onze heures par semaine sont réservées à des séminaires optionnels qui complètent les acquis des élèves en fonction des concours d’admission dans les établissements supérieurs tchèques.

L’enseignement dans ces sections bilingues exige des professeurs un très fort investissement. Un travail d’équipe est indispensable au sein de chacune des sections et entre celles-ci. Une cellule de coordination veille au respect des programmes afin que les élèves des quatre sections présentent un niveau homogène et satisfassent aux exigences de l’examen final. C’est pourquoi, chaque année, tous les élèves sont soumis à des tests identiques, dans les différentes matières enseignées en français.

2. Objectifs

Les lycées bilingues franco–tchèques ne proposent pas de formation purement linguistique, mais une formation à dominante scientifique, doublée d’un excellent niveau en langue française, tant à l’écrit qu’à l’oral. L’originalité de cette formation réside en une double approche pédagogique, « une tradition tchèque » privilégiant les apprentissages encyclopédiques et une approche française développant les stratégies d’argumentation. On peut aussi qualifier cet enseignement de biculturel.

3. Moyens

Les professeurs français des lycées bilingues sont actuellement au nombre de 8 (+ 4 lecteurs) et sont chargés d’enseigner leur discipline et d’assister leurs collègues tchèques dans les matières enseignées en français.
Cet enseignement spécifique requiert de la part des professeurs une compétence de haut niveau, c’est pourquoi la formation continue est essentielle. Des séminaires sont organisés sur place et la formation est complétée par des stages en France dits de «pratique accompagnée» pour les professeurs tchèques. Ils ont lieu dans des établissements scolaires jumelés avec nos quatre sections. Les enseignants tchèques débutant dans l’enseignement bilingue partent en formation initiale en France. Les sections sont dotées régulièrement en documentation pédagogique.

4. L’examen de fin d’études

La maturita bilingue est identique dans les quatre sections tchèques et sanctionne les mêmes études pour chaque niveau dans les disciplines enseignées en français. Cet examen concilie deux traditions :
- la tradition française évalue principalement le raisonnement à l’écrit et reste anonyme pour toutes les disciplines enseignées en français ;
- la tradition tchèque évalue à l’oral quelques disciplines au choix de l’élève ; on y privilégie le savoir encyclopédique.
À l’issue de la 5ème année d’études, les élèves passent les épreuves anticipées de tchèque et de français, écrites et orales. En 6ème année, tous les élèves passent une épreuve écrite en mathématiques et deux autres épreuves écrites qu’ils choisissent entre l’histoire, la géographie, la physique et la chimie. Toutes ces épreuves sont rédigées en français. Les candidats sont aussi examinés à l’oral dans deux matières, dans la langue de leur choix.
Le certificat de la maturita bilingue comporte 7 notes (4 pour la maturita tchèque).

5. Perspectives pour les élèves

Il s’agit d’une formation exigeante, d’un enseignement d’excellence et les résultats sont à la hauteur des objectifs. 95 % des élèves des sections bilingues qui souhaitent poursuivre des études supérieures réussissent aux examens d’entrée obligatoires dans les établissements d’enseignement supérieur tchèques (la moyenne nationale est de 50 %). Leur choix se porte plus particulièrement sur le droit, l’économie, le commerce, les sciences politiques, la médecine et les lettres. Ceci confirme le bien-fondé de la conception du cursus bilingue franco-tchèque qui tend à former des jeunes aptes à devenir des spécialistes francophones dans les domaines les plus divers.

L’existence de filières francophones dans six universités du pays offre à ces jeunes bacheliers la possibilité de poursuivre dans l’enseignement supérieur leur parcours d’excellence dans les domaines de la gestion, de l’économie, du droit, de l’administration publique et des sciences sociales (études européennes). Les six filières rassemblent 220 étudiants tchèques par an, dont une petite centaine se voit chaque année attribuer un diplôme universitaire français, en complément du diplôme tchèque de « magister ».

Les 1 100 anciens élèves des sections bilingues ont créé l’association BILINGUA. Dans leur pays intégré à l’Union européenne, ils sont des partenaires précieux de la France et à l’issue de leurs études supérieures, ils sont amenés à occuper des postes à responsabilités au niveau national, tant dans l’administration que dans les entreprises.


NOUVEAU PROGRAMME DE COOPÉRATION BILATÉRALE FRANCO-TCHÈQUE EN MATIÈRE D'ÉDUCATION, 2004-2006 : ARTICLES 9 ET 10

Article 9

1. La partie tchèque veillera à soutenir les classes des lycées tchèques de Prague, Brno, Olomouc et Tabor qui dispensent en langue française jusqu’à la maturita - bilingue, outre l’enseignement de la langue et de la littérature françaises, l’enseignement des mathématiques, de la physique, de la chimie, de l’histoire et de la géographie.

2. La partie tchèque s’emploiera à faciliter les conditions de séjour des enseignants recrutés et proposés par la partie française. Ces derniers seront chargés d’horaires d’enseignement ainsi que de la formation pédagogique des enseignants tchèques francophones affectés dans ces sections. La partie française apportera son soutien pédagogique aux établissements mentionnés dans le paragraphe 1.

3. Les deux parties reconnaissent l’importance de ces sections et se déclarent disposées à soutenir la formation initiale et continue des enseignants tchèques de toutes les disciplines enseignées en français.

4. La partie tchèque reconnaîtra l’épreuve de français de la maturita bilingue obtenue par les élèves tchèques des lycées mentionnés dans le paragraphe 1 comme une équivalence du niveau 3 de compétence linguistique du français figurant dans la liste des épreuves de langue du Ministère de l´Education, de la Jeunesse et des Sports de la République tchèque, relative à la qualification linguistique des fonctionnaires dans l’administration de la République tchèque.

5. La partie tchèque prendra en compte la spécificité des sections bilingues et des besoins pédagogiques et financiers nécessaires à leur développement.

6. Les deux parties se félicitent de la qualité des résultats obtenus par les sections bilingues depuis leur mise en place, dus notamment à l’excellence du dispositif des certifications, et souhaite en conséquence que la maturita bilingue soit maintenue dans sa forme et son contenu spécifique actuel.

Article 10

1. La partie française assurera, en liaison avec la partie tchèque, le suivi pédagogique de l’enseignement des disciplines qui sont enseignées en français et la formation continue des enseignants tchèques effectuée en République tchèque et en République française.

2. La partie française délivrera, jusqu´en 2004, aux élèves titulaires du diplôme final des sections bilingues francophones mentionnées à l'article 9 une attestation de compétence linguistique qui leur permettra d’accéder à l'enseignement supérieur français, dès lors que ces élèves auront eu accès à une université en République tchèque.

3. Suite à l’adhésion de la République tchèque à l’Union Européenne en 2004, les attestations mentionnées dans le paragraphe 2 seront adaptées en conséquence de l’article 5 du décret n° 2000-457 du 23 mai 2000. La partie française proposera de faire évoluer ces attestations conformément au cadre européen de référence.


L'ENSEIGNEMENT DES SCIENCES PHYSIQUES ET CHIMIQUES DANS LES SECTIONS BILINGUES, FRANCO-TCHÈQUES ET FRANCO-SLOVAQUES

par Denis Gehin, professeur de Sciences physiques et chimiques et coordinateur pour la Chimie. Section bilingue de Tabor

Depuis leur création au début des années 90, les programmes de physique et de chimie des sections bilingues sont la synthèse et la somme des enseignements français, slovaque et tchèque les plus poussés.

À l’origine, une commission composée d’enseignants, de représentants des ministères de l’éducation slovaque, tchèque et française (Inspection générale de l’Éducation nationale) a construit les bases des programmes bilingues. Ces sections sont à dominante scientifique marquée. Un principe directeur a été rapidement agréé : respecter la cohérence et l’attractivité des programmes français qui sont développés prioritairement les quatre dernières années de la formation, afin de mobiliser l’intérêt des élèves jusqu’à la maturita. La plupart des ajouts et compléments, nécessaires pour satisfaire aux contenus des programmes tchèques et slovaques, sont enseignés la dernière ou les deux dernières années du cursus*.
La rénovation des programmes a été finalisée en septembre 2004 lors d’un séminaire réunissant l’ensemble des professeurs de physique et de chimie de Slovaquie et de République tchèque (21 professeurs) et l’expertise était assurée par un inspecteur général de l’Éducation nationale. Pour l’enseignement de ces deux disciplines, les ambassades de Prague et de Bratislava ont doté les élèves de manuels qui correspondent aux programmes français actuels. Nous travaillons aujourd’hui avec des manuels français de Seconde (programme 2000), de Première S (programme 2001) et de Terminale S (programme 2001).

En mai 2004, un séminaire avait rassemblé l’ensemble des professeurs concernés pour élaborer l’essentiel de l’architecture des nouveaux programmes. Le séminaire de septembre 2004 a donc été principalement consacré à l’examen, chapitre par chapitre et année après année, des nouveaux programmes de physique et de chimie, en veillant à leur contenu, à leur cohérence et à leur « faisabilité » dans les conditions d’enseignement des deux Républiques (surtout en ce qui concerne les Travaux Pratiques). En effet, nous avons pu constater la variété des situations concrètes d’enseignement en fonction des moyens disponibles dans les établissements : les salles, les laboratoires, les équipements et produits nécessaires aux activités expérimentales. Les moyens à disposition des enseignants les conduisent à sélectionner, pour chaque niveau d’enseignement, les Travaux Pratiques réalisables dans une progression de travail adaptée. Les programmes tiennent compte de ces contraintes.
Les nouveaux programmes sont largement basés sur les contenus et les progressions des nouveaux programmes français, complétés en fin de parcours par des chapitres propres aux programmes tchèques ou slovaques. Ainsi conçus, ils sont très satisfaisants et présentent, de l’avis de tous les enseignants, un intérêt renforcé pour les élèves.
L’idéal serait que nos programmes continuent à servir de référence et de sources d’inspiration et d’innovation pour l’enseignement des deux disciplines dans les sections classiques (c’est-à-dire en langue maternelle) des lycées tchèques et slovaques.

Pour conclure, soulignons qu’un tel travail est rendu possible grâce à l’excellente coordination de l’enseignement de la physique et de la chimie dans ces sections, entre les professeurs des deux Républiques et avec l’appui indispensable des Services de coopération et d’action culturelle (SCAC) des deux ambassades. Les échanges permanents à l’aide du courrier électronique, la coordination et la formation continue des enseignants est assurée grâce à un ou deux séminaires annuels rassemblant l’ensemble des enseignants de physique et de chimie. L’équipe pédagogique franco-tchèco-slovaque, au grand complet, élabore des sujets communs pour l’examen de la maturita pour tous les élèves des sections bilingues. Une originalité de plus, par rapport au système tchèque ou slovaque classique, la correction des copies est centralisée et anonyme.

* Cursus de 6 ans en république tchèque : 2 ans du programme tchèque pour finir la scolarité obligatoire (9 ans, fin du collège) et de FLE intensif. Ensuite 4 ans sous forme de DNL. Le cursus est de 5 ans en Slovaquie.


ENSEIGNER EN SECTION BILINGUE : UNE PÉDAGOGIE TOUJOURS EN MOUVEMENT
CHRONIQUE DES DEUX INNOVATIONS EN RÉPUBLIQUE TCHÈQUE ET EN SLOVAQUIE

par Catherine Brière de la Hosseraye, professeure à la section bilingue du Lycée Jan Néruda de Prague et coordinatrice du français pour les sections bilingues tchèques et slovaques

Etre élève des sections bilingues en République tchèque et en Slovaquie, c’est plus que viser un niveau d’excellence en français langue étrangère. Bien sûr les élèves sont-ils bilingues à la fin de leurs six années au lycée mais surtout ils sont biculturels, s’étant formés à l’aide des cadres de pensée d’une culture étrangère. En effet concrètement, ce sont les programmes et les manuels français qui servent de base à l’apprentissage des élèves, non seulement en français mais dans toutes les matières.

La dissertation au programme des sections bilingues
Plus particulièrement dans l’enseignement de la littérature française en français, l’accent est-il mis dès l’équivalent de la classe de seconde, comme il l’est dans les programmes de lycée en France, sur la maîtrise de l’argumentation. C’est pour nos élèves une découverte et même un choc, car l’enseignement de la littérature tchèque ou slovaque, orienté vers l’histoire littéraire, n’envisage pas de lecture méthodique des textes ni d’apprentissage de la dissertation. Cette divergence de l’enseignement de la littérature, vécue comme une difficulté au début par les élèves, se révèle petit à petit un enrichissement pour eux. Si l’analyse des procédés stylistiques ou la mise en pratique de l’argumentation sont donc d’abord vécus dans la douleur, il est intéressant de voir comment les élèves, d’abord rétifs à la « méthode française », finissent par se l’approprier pour en reconnaître l’utilité. Néanmoins, pour que la difficulté initiale puisse être dépassée, il nous est apparu nécessaire d’aider nos élèves, en les aidant par exemple à acquérir des références culturelles pour étayer leurs thèses et arguments. Ainsi, la méthode de la dissertation n’est plus perçue comme une enveloppe rigide privée de contenu.

Une « mini-réforme » de la maturita de français
En 2003, nous avons décidé d’une « mini-réforme » de la préparation à la maturita de français, équivalent de l’épreuve anticipée de français (EAF), en introduisant des thèmes d’étude en même temps que l’apprentissage méthodologique. Les quatre heures de l’épreuve écrite sont donc désormais mises à profit pour un travail de réflexion à partir d’exemples puisés dans une culture réelle. Par exemple, les élèves se sont vu proposer l’an dernier les thèmes de l’enfance, du bonheur, du voyage et les copies du bac ont prouvé l’intérêt de cette nouvelle approche. Quand en France en 2002, la réforme de l’EAF avait introduit un sujet d’invention pour remplacer l’étude du texte argumentatif suivi d’une production argumentée des élèves, il ne nous avait pas paru opportun de suivre ce changement, inadapté au profil d’élèves étrangers. L’exemple de cette «mini-réforme» montre l’attitude nécessaire d’une section bilingue face aux positions du pays-partenaire, dans notre cas la France : innover oui mais sans jamais oublier les besoins et les capacités des élèves concernés.

Une préparation à l’oral innovante
Quant à l’oral du bac, son déroulement se calquant exactement sur celui de l’EAF, nous avons pu l’année dernière tenter une expérience de bilinguisme sur le terrain. En effet, lors d’une session d’oraux blancs du Lycée français de Prague, des élèves volontaires de notre lycée ont été invités à «jouer le jeu». Ils présentaient leurs textes, comme le faisaient les élèves français, mesurant ainsi leur niveau de bilinguisme. Cette initiative du Lycée français, dont le projet pédagogique est l’ouverture sur le pays d’accueil, a été un succès et va être organisée cette année à plus grande échelle, s’enrichissant d’une préparation à l’oral plus large, grâce à l’intervention d’une musicothérapeute française. Celle-ci travaille avec la méthode Feldenkrais, méthode pratiquée par les acteurs et les chanteurs et visant à prendre conscience de son corps et de sa respiration, afin d’en avoir une maîtrise optimale pour mieux gérer le stress et favoriser la communication orale (travail sur la posture, le placement de la voix, l’articulation, etc.). Cette expérience originale nous est permise grâce au financement de l’Institut français et à la collaboration avec le Lycée français, qui fonctionne comme un moteur stimulant pour notre établissement. Qui plus est, la session de préparation aux oraux du bac de français a eu lieu à l’Institut français, autre acteur essentiel du «triangle du bilinguisme» à Prague. Ces occasions de réunir des élèves des deux établissements sont à multiplier et même à développer avec d’autres sections de République tchèque. Un autre projet est d’organiser un concours d’éloquence qui pourrait faire participer les élèves du Lycée français et ceux des différentes sections. Toutes ces initiatives, comme le Festivadlo qui réunit déjà des troupes théâtrales bilingues d’Europe, sont autant d’occasions de faire sortir l’enseignement bilingue de l’école pour en faire une expérience de vie et de rencontres.

Enseigner en section bilingue relève donc d’un défi : se conformer avec le plus de fidélité possible au modèle français et en même temps oser s’en démarquer pour s’adapter aux élèves, et donc innover. En effet, si le cursus des sections bilingues de République tchèque a été formalisé, il n’est pas pour autant figé dans ses statuts originels. Il est sans cesse soumis à une réflexion pédagogique, et toute innovation est soutenue avant d’être avalisée par les formateurs français qui interviennent chaque année sous forme de stage. Mais le bilinguisme se nourrissant de la confrontation de deux cultures n’est-il pas par sa nature lié à une dynamisante contradiction, tiraillé qu’il est entre la soumission à un modèle de référence et la liberté d’une inventivité toujours pleine d’originalité ?


UNE EXPÉRIENCE DE THÉÂTRE DANS LES SECTIONS BILINGUES

Par Valérie Hamelin, professeure de Lettres Modernes et de FLE et animatrice Théâtre au Lycée Slave d’Olomouc

Le théâtre en milieu scolaire concourt à la formation de nos élèves : d’une part par l’accroissement de leur compétence de production et de compréhension grâce à un vocabulaire riche emprunté à des situations réelles ou réalistes, à la distinction concrète entre les différents registres de langue (familier, courant, soutenu ; français oral/écrit) et les registres sérieux ou plaisants d’un texte (lyrique, élégiaque, épique, tragique, pathétique, réaliste, fantastique ; comique, satirique, ironique, parodique, burlesque, héroï-comique). La pratique du théâtre familiarise aussi les élèves aux finalités d’une œuvre, aux effets de sonorités …
D’autre part, en leur donnant une voix, le théâtre les fait toucher à la vraie lecture, compétence souvent maladroitement maîtrisée. Ils voient combien les mots, la ponctuation, l’implicite sont importants. Et ils sont alors capables de faire en classe ou lors de l’Épreuve Anticipée de Français (EAF), une lecture à haute et intelligible voix. « Mettre le ton » c’est rendre son sens à l’œuvre, son souffle vital.
Ensuite, de part l’acquisition d’un lexique plus riche, d’une maîtrise plus sûre de la lecture, les élèves gagnent en confiance. Les jeunes acteurs sont souvent des élèves sérieux mais extrêmement timides. Cette aventure théâtrale va leur donner confiance en eux. Ils prendront la parole en classe de façon plus spontanée, leurs exposés devant les autres seront des exposés dignes de ce nom. Cette aisance dans la parole, cette aisance à l’oral est sans doute la compétence la plus rapidement visible. Cette libération de la parole les conforte dans leur apprentissage, leur permet d’être actif et réceptif au cours et de passer l’EAF avec succès. Leur débit de parole se fait plus fluide, leurs tournures langagières plus authentiques.
Enfin, il est bon de rappeler que faire du théâtre développe une compétence majeure : l’esprit critique. L’art en général, le théâtre en particulier aident à penser et à changer le monde. Le théâtre en milieu scolaire, qui plus est en FLE, permet donc une ouverture d’esprit. Se confronter aux textes contemporains français (tels que ceux de J.Y. Picq, J.P Siméon, X. Durringer, Y. Réza, J.C Grumberg, S. Lebeau, F. du Chaxel, H. Blutsch, O. Py, R. Guérin, D. Bonal …), c’est entrer dans un monde nouveau, accepter un nouveau point de vue, voir la société autrement. En entrant dans ces textes, les élèves s’approprient ainsi une capacité à raisonner, compétence indispensable à notre exigence éducative de former de jeunes citoyens.
Alors proposer le théâtre en milieu scolaire répond bien à notre mission éducative puisque cet art concourt à accroître les bagages linguistique, rhétorique, civique et culturel de nos élèves et leur permet d’être au cœur de leur apprentissage.

Que ce soit lors des ateliers hebdomadaires, lors des répétitions, lors des spectacles (Rumeurs de Jean-Michel Ribes, Commémoration des commémorations de Jean-Claude Grumberg, pièces jouées en 2004 ; Des Lettres au pied d’un arbre, de Angel Norzagaray pièce jouée en 2005), lors des festivals (en 2005 participation à la Semaine Européenne de la Francophonie à Vienne, participation au dixième festival Pantomimes, Rencontre Européenne de Théâtre en milieu scolaire à Orthez ; participation au Festivadlo de Brno), le jeune comédien «apprend» et partage. Pour Ödön von Horváth : « Le théâtre, massivement, mieux sans doute qu’aucune autre forme d’art, se charge d’imaginer pour le spectateur. C’est la tâche pédagogique noble du théâtre qui ne mourra pas, car les gens continueront à vouloir apprendre ».*
Pour toutes ces raisons, et beaucoup d’autres, le Lycée Slave d’Olomouc a décidé de faire une place au théâtre dans le cursus des élèves. Pour en savoir plus sur les activités de notre troupe Les Tréteaux d’Olomouc, je vous invite à consulter notre site fraîchement créé par une jeune comédienne du groupe, Markéta Machacíková.
Je souhaite à beaucoup d’entre vous de vous lancer dans l’aventure théâtrale, véritable pendant à notre métier.

* Ödön von Horvath, Gebrauchsanweisung (An das Publikum) (1935), traduction Henri Christophe, Actes Sud- Papiers


LISTE DES ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES À SECTIONS BILINGUES

LES CLASSES BILINGUES EN CHIFFRES

Au-delà de la scolarité obligatoire, de neuf ans, dans les écoles fondamentales, on peut entrer au lycée sur concours. Les meilleurs élèves venant de la 7ème classe des écoles fondamentales peuvent faire leurs études en six ans dans la section bilingue. Le corps enseignant est composé d’enseignants tchèques et français. Les établissements scolaires sont publics et les études gratuites.

Établissement scolaire

Date de création

Nombre d'élèves 2005/2006
Gymnázium Matyáše Lercha
Brno Septembre 1990
267
Slovanské Gymnázium
Septembre 1990
244
Lycée Jan Neruda de Prague
Olomouc Septembre 1990
184
Gymnázium Pierra de Coubertina
Tábor Septembre 1991
167