COMMENT
PROCÉDER EN SECTION BILINGUE FACE À DES ÉLÈVES
DÉBUTANTS EN FRANÇAIS ?
PROPOSITIONS PÉDAGOGIQUES ET MÉTHODOLOGIQUES POUR
FACILITER LA PRISE DE CONTACT
Communication présentée
aux Journées du Programme régional de formation, Saragosse,
5 et 6 septembre 2005 : "Enseigner en Section bilingue"
par Pilar Buj, professeure
de sciences sociales en français du Collège - Lycée
Pilar Lorengar - Saragosse
La discipline non linguistique dans le
premier cycle de l’enseignement secondaire obligatoire en Espagne
À qui est destiné l’enseignement bilingue ?
En Espagne, les Sections bilingues
n’ont pas été mises en œuvre simultanément
ni dans les mêmes circonstances selon les communautés
autonomes. Pour prendre un exemple concret, dans la communauté
autonome d’Aragon, l’enseignement bilingue commence au
premier cycle de l’enseignement secondaire obligatoire. Cet
apprentissage s’adresse aux élèves âgés
de 12 ans, sans aucune connaissance préalable en français.
Il existe quelques exceptions, mais elles sont trop rares pour être
significatives. Nos élèves sont donc débutants
en français.
D’après la législation
aragonaise, les effectifs dans les groupes bilingues doivent être
limités, (quinze élèves environ), ce qui dans
un premier temps facilite le travail en classe. Mais ces groupes ne
sont pas homogènes car le caractère public des établissements
ne permet pas d’établir un profil précis pour
entrer en Section bilingue ; tout élève qui le désire
a le droit de s’y inscrire. Malgré l’absence de
quota, les candidats sont informés au préalable des
spécificités de cette offre d’enseignement. Avant
de commencer, il convient que parents et élèves sachent
précisément en quoi consiste la Section bilingue. D’une
part, nous avons besoin que les parents se sentent impliqués
dans le travail éducatif et nous assurent de leur collaboration.
D’autre part, l’élève doit avoir conscience
du travail supplémentaire qu'on exigera de lui ; il aura plus
d’heures de cours (deux heures supplémentaires de français)
et devra étudier l’une des matières au programme,
la discipline non linguistique, en partie en français. Bien
entendu, nous ne manquons pas de leur dire, qu’en échange,
ils auront la chance d’apprendre
une langue et de s’instruire dans cette langue.
Comment organiser la première
prise de contact ?
Les professeurs de la Section bilingue,
aussi bien les enseignants de français que ceux de disciplines
non linguistiques, doivent accorder une attention particulière
à la première prise de contact avec les élèves.
Nous avons à l’esprit qu’ils passent de l’école
primaire au collège, ce qui signifie une adaptation à
de nombreux changements : plusieurs enseignants, de nouveaux camarades,
un emploi du temps aux horaires variables auxquels s’ajoute
ce qui est spécifique au programme bilingue. Lors de cette
première entrevue, nous découvrons leurs attentes, leurs
motivations, l’idée qu’ils se font de l’enseignement
bilingue, etc. Il nous arrive d’être surpris par certaines
de leurs réponses.
À partir de là, nous leur expliquons les aspects les
plus importants du travail que nous allons réaliser ensemble.
Nous insistons sur le rythme qui est progressif, sur le fait que la
discipline non linguistique n’est pas plus difficile qu’une
autre, et que, en outre, nous allons bénéficier du soutien
du professeur de français. Certes, ils auront un petit surcroît
de travail mais eu égard aux nombreux avantages qu’ils
en tireront, le jeu en vaut la chandelle. Pour résumer, nous
devons mettre en avant ce que le projet a d’intéressant,
d’accessible et même d’amusant. En agissant ainsi,
nous constatons que les élèves concernés répondent
avec enthousiasme.
Parfois certains élèves
de la Section bilingue ne parviennent pas à suivre le rythme
des cours, pour diverses raisons : démotivation, difficultés
dans l’apprentissage de la langue par exemple. Il faut identifier
dès que possible ces élèves en difficulté
et leur assurer un suivi individualisé. Si l’ensemble
des enseignants le juge opportun, il peut leur être conseillé
de quitter la Section. Le tuteur est chargé de parler à
l’élève et à sa famille, puisque c’est
aux parents de demander l’abandon du Programme. À l’inverse,
lorsque des élèves désirent faire partie de la
Section bilingue, ils doivent d’abord obtenir l’avis favorable
du tuteur et l’accord de leurs parents. Ensuite, le département
de français de l’établissement fournit du matériel
pédagogique d’appui et en septembre, avant la rentrée,
les élèves passent des tests de niveaux.
Comment enseigner une discipline
dans une langue que l’élève ne connaît pas
?
L’une des premières
difficultés que nous rencontrons, nous les professeurs de disciplines
non linguistiques, est de devoir enseigner l’ensemble des contenus
du programme didactique défini par les enseignants de français
et, qui plus est, d’en assurer une
partie en français.
Dans la mesure où nos élèves du premier cycle
font leurs premiers pas en français, nous devons nécessairement
commencer par exposer en langue espagnole les concepts de la discipline.
Une fois ces notions acquises, nous présentons aux élèves
celles qui seront travaillées en langue française. Ainsi,
après un aperçu global, nous choisissons les concepts
les plus adaptés à la fois aux spécificités
de la classe et à l’importance du thème. Suite
à cette sélection, nous élaborons le matériel
pédagogique en français. À partir des objectifs
que nous nous sommes fixés, nous adaptons les contenus (qui
dans le premier cycle ne doivent pas être excessifs) pour les
rendre accessibles et éviter de décourager les élèves.
Pour la première séance,
il est pratique et simple de préparer des fiches
de travail à l’intention des élèves,
dans lesquelles nous pouvons faire figurer :
- le vocabulaire spécifique du thème,
- quelques définitions concises,
- des images ou dessins qui aident à la compréhension
du texte et facilitent l’expression orale,
- des explications simples qui mettent en évidence les concepts
essentiels, en évitant dans la mesure du possible d’utiliser
des constructions grammaticales trop longues ou complexes,
- des lectures faciles qui renforcent la compréhension écrite.
On pourra peu à peu choisir
des textes plus riches et plus complexes, mais en privilégiant
toujours une approche progressive.
Quel matériel utiliser
?
Avec les années d’expérience
au sein de la Section bilingue, nous avons constaté que pour
préparer le matériel pédagogique et les activités,
il est bénéfique :
- d’acquérir les manuels scolaires utilisés en
France, afin d’être au plus près du langage scientifique
des différentes disciplines,
- de s’inspirer des cahiers d’exercices, manuels, livres
de lecture, activités etc. destinés aux élèves
français plus jeunes, parce qu’ils utilisent un langage
simple, plus adapté aux connaissances linguistiques de nos
élèves,
- d’exploiter Internet, qui est devenu une source très
précieuse pour obtenir des informations sur toutes les disciplines
que nous enseignons.
Enfin, il est également
très utile d’établir un calendrier de travail
qui nous aide à équilibrer l’utilisation des deux
langues. Nous répartissons à l’aide d’une
grille les contenus du thème en fonction des langues, nous
quantifions le nombre de sessions dédiées à chacune,
etc.
Comment évaluer le processus
d’apprentissage ?
Ce sont les activités elles-mêmes
qui permettent de vérifier si les objectifs proposés
ont bien été atteints et si les élèves
ont bien retenus les contenus. En outre, si l’élève
est capable de répondre aux questions et de faire correctement
les exercices et les contrôles simples en français, il
prendra conscience de ses progrès et se sentira stimulé.
Parmi ces activités, on peut citer :
- chercher l’intrus
- compléter les phrases en utilisant les bons termes
- souligner la phrase exacte
- reconstituer les paires de mots entre deux colonnes
- faire des associations d’idées
- répondre par vrai ou faux
- élaborer des définitions simples en utilisant le langage
scientifique (distinct du langage courant qui lui est utilisé
en cours de français).
Confrontés au large éventail
d’activités que nous pouvons proposer et aux contraintes
de temps que nous avons, la coordination avec les professeurs de français
nous est indispensable. Ces derniers peuvent nous faciliter le travail,
apporter des idées et renforcer l’aspect linguistique
de la DNL dans leurs cours de langue française.
Il faut souligner que nous nous sommes toujours sentis épaulés
par nos collègues professeurs de français et que le
moteur de la Section bilingue est précisément ce travail
d’équipe. Sans cette étroite collaboration, notre
tâche n’aurait aucun sens.