Quelques activités réalisées par des assistants

  • Réalisation d’un recueil de nouvelles bilingues

    Avant de partir en tant qu'assistante de français à Bogota, je ne savais pas ce qu'était « le jour des petites bougies », je n'avais jamais rencontré de « vendeur de minutes » ni mangé de changua. Contrairement aux idées reçues, Bogota est une mine de trésors à ciel ouvert que les étudiants de l'Université Pédagogique Nationale nous proposent de découvrir à travers leur recueil de nouvelles.
    Tout a commencé par une poignée de mots griffonnés sur un papier, à bord d'un bus qui menait à l'université. Cela faisait déjà quelques mois que j'y enseignais le français et j'avais remarqué que certains étudiants avaient des difficultés à l'écrit. Grâce au Master « Métiers de l'écriture et de la création littéraire » de l'Université Toulouse Jean Jaurès, j'avais collectionné des outils, clefs et autres petits secrets capables de faire écrire les plus timides… il était temps de les sortir de ma valise !
    Les affiches annonçant mon atelier d'écriture créative en français avait attiré douze étudiants, effectif idéal pour ce genre d'activité. Mon objectif était d'aborder la langue de manière ludique, de jouer avec les mots avec détente et plaisir. Je me suis d'abord beaucoup inspirée de l'OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) et de sa merveilleuse boîte à idées. Ensuite, j'ai proposé à mes apprenants de « raconter Bogota », avec leurs propres mots. Je ne le savais pas encore, mais c'était le début d'une merveilleuse aventure.
    L'université a dû fermer ses portes à plusieurs reprises à cause des violentes manifestations qui secouaient la capitale mais rien n'a arrêté notre motivation. Certains étudiants devaient travailler pour subvenir aux besoins de leur famille mais tous ont trouvé le temps d'écrire. Nos ateliers avaient parfois lieu dans des cafés ou des parcs, tôt le matin sous les étoiles ou le soir, à la lueur de bougies. Le cireur de chaussures, la mère de famille, le conteur et tous les autres personnages nés sous leur plume nous accompagnaient partout. Le vent soufflait très fort sur les pages du calendrier et il restait peu de temps avant mon départ pour Paris. Ce fut pour nous un vrai défi d'écrire ce livre dans les temps !
    BACATÁ est né au bout de trois mois et des poussières. Il regroupe dix-sept nouvelles bilingues (français-espagnol) et il est habillé d'une carte géographique de Bogota divisée horizontalement par des lettres et verticalement par des chiffres. Chaque nouvelle a une combinaison (exemple : H-3) qui indique où le lecteur doit situer le livre sur la carte afin de trouver l'illustration et le glossaire correspondants ; un remarquable travail signé Camilo Baquero Burgos, David Blanco Parra et Inti Guevara. Cette dernière est la directrice de « Volcán Ediciones », maison d'édition colombienne qui a récemment publié notre livre à hauteur de 500 exemplaires.
    Je tiens à préciser que BACATÁ n'aurait jamais vu le jour sans le soutien de l'Alliance Française, de l'Ambassade de France et de l'Institut Français de Bogota. Je remercie également le Département de Langues de l'Université Pédagogique Nationale, l'ICETEX et le CIEP grâce auxquels j'ai pu mettre en place ce projet.
    BACATÁ est un livre voyageur. Alors que plusieurs exemplaires ont déjà trouvé refuge dans des bibliothèques colombiennes, quelques-uns viennent tout juste de traverser l'Océan Atlantique !
    Julie Imbert - Toulouse, lundi 30 novembre 2015.